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vendredi 29 mai 2026

Jeff Bezos a bien mérité sa fortune

Temps de lecture : 2 minutes

Dans une tribune publiée le 26 mai dans le Wall Street Journal, Marian L. Tupy, membre du Cato Institute, explicite une idée formulée récemment par Jeff Bezos lors d’une interview : la valeur créée par ses entreprises pour la société serait bien supérieure à celle de ses dons philanthropiques. Pour l’auteur, les critiques visant la fortune du fondateur d’Amazon passent à côté de l’essentiel. Le véritable sujet n’est pas le montant de sa richesse, mais le temps qu’Amazon permet d’économiser à des centaines de millions de consommateurs.

L’auteur rappelle qu’Amazon ne s’est pas développé par la contrainte, mais parce que des millions de personnes ont volontairement choisi ses services. Les consommateurs utilisent la plateforme parce qu’elle réduit les déplacements, les délais, les coûts de recherche ou l’incertitude liée aux achats. Les vendeurs y trouvent un accès direct à la demande, tandis que les entreprises clientes d’Amazon Web Services peuvent louer de la puissance informatique à moindre coût au lieu d’investir dans leurs propres infrastructures.

La fortune de Bezos est spectaculaire parce qu’elle est visible, alors que la valeur créée par Amazon est diffuse, et donc plus difficile à mesurer. Une mère évitant un trajet pour acheter des couches, une petite entreprise réapprovisionnant ses stocks en quelques minutes, un client accédant à des biens indisponibles là où il vit représentent un gain de temps pour chacun d’entre eux, et le temps est une ressource limitée.

L’auteur propose alors un calcul inspiré des travaux de l’économiste et prix Nobel William Nordhaus, selon lequel les innovateurs ne captent qu’environ 2 % de la valeur qu’ils créent. Si la fortune de Bezos atteint 275 milliards de dollars, cela signifierait qu’Amazon aurait généré près de 13,8 trillions de dollars de valeur pour la société.

Marian Tupy essaie ensuite d’évaluer le gain de temps à échelle individuelle. Supposons qu’une heure de travail équivaut à 64 dollars. Les 13,8 trillions créés par Amazon correspondraient à plus de 215 milliards d’heures économisées. Si on rapporte cette somme aux 300 millions de clients sur 32 ans (Amazon a été fondée en 1994), le gain serait de 22 heures par personne et par an, soit un peu moins de quatre minutes par jour. La question n’est donc pas de savoir si Bezos possède trop d’argent, mais si Amazon permet à ses clients d’économiser du temps. Entre les achats en ligne, les comparaisons de prix, les avis et les délais de livraison, cette estimation est largement crédible.

Il existe aussi un autre point à prendre en compte : Amazon a poussé ses concurrents à se perfectionner. Walmart, Target, les chaînes de supermarchés, les magasins de bricolage, les entreprises de logistique et les détaillants en ligne ont réagi en améliorant la performance de leurs sites web, en offrant des livraisons plus rapides et une gamme de produits plus large. Même ceux qui n’apprécient pas Amazon bénéficient de l’amélioration de la concurrence, car Amazon tire les attentes des consommateurs vers le haut.

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