Après avoir fait paraître son premier livre, Ce que je cherche, en 2024, le député européen et président du Rassemblement national (RN), Jordan Bardella revient avec un nouvel ouvrage, intitulé Ce que veulent les Français (Paris, Fayard). Il explique dans le prologue que le livre en question est le résultat de presque une année passée à rencontrer les Français, de milieux très différents, à les écouter, et à comprendre les problèmes qui se posent à eux. « Ces pages, écrit-il, ne sont pas seulement des témoignages dans lesquels beaucoup pourront se reconnaître. Elles sont le fruit d’un état des lieux, le journal intime d’un pays mêlant colère sourde, lassitude et incompréhension » (p. 17). Une démarche qui montre bien en quoi Jordan Bardella s’oppose frontalement à ceux que les « souverainistes » appellent aujourd’hui les « élites mondialisées », adeptes de l’ingénierie sociale, qui croient pouvoir fabriquer les solutions ayant vocation à s’appliquer à la société tout entière. Or, écrit l’auteur, « si la France tient debout, c’est grâce à son peuple et à lui seul » (p. 18). Une phrase dans laquelle on déplorera l’importance trop grande accordée selon nous à la notion collective de « peuple » – travers dans lequel tombent nombre de « souverainistes », insuffisamment sensibles au concept de l’ « individu » -, mais qui résonne toutefois positivement dès lors qu’on l’entend sous l’angle de l’opposition entre l’État et la société : en effet, si la France tient debout, c’est déjà grâce à la société civile, à sa vitalité (et ce malgré le fardeau des excès de fiscalité et de réglementations !), et non du fait de l’action étatique.
On notera ainsi dans le livre plusieurs constats justes, en particulier dans le domaine économique et fiscal, tels que les suivants :
- « Le coût du travail, la hausse des factures d’énergie ou les taxes étouffent la motivation dans un pays devenu un enfer fiscal » (p. 234).
- « Le coût du travail est devenu l’un des fardeaux les plus lourds pour les entrepreneurs. (…) Ce niveau de pesanteur rend difficiles les augmentations de salaire que beaucoup de chefs d’entreprise aimeraient accorder à leurs employés méritants » (ibid.).
- « L’entrepreneuriat n’est pas réservé aux héritiers ou à une élite ; c’est l’horizon atteignable de ceux qui osent persévérer et veulent croire en leurs ambitions » (p. 237).
Jordan Bardella a selon nous également raison lorsqu’il dénonce (comme bien d’autres l’ont fait depuis longtemps) l’angélisme judiciaire fondé sur la « culture de l’excuse », qui se traduit par des peines souvent dérisoires compte tenu de la gravité des faits reconnus, voire par une non-application des peines. Nous ne cessons de dire que l’État, dans une société libre, doit se désengager des activités qu’il ne sait pas gérer, mais qu’il doit en revanche jouer pleinement son rôle dans les limites du régalien (police, justice, armée). Jordan Bardella s’indigne ainsi avec raison de ce que les policiers fassent de plus en plus l’objet de refus d’obtempérer et de la violence quotidienne qu’ils doivent subir (p. 123). « C’est une révolte contre l’uniforme, contre ceux qui le portent et contre la République qu’il représente », écrit-il (ibid.).
Mais d’autres passages du livre nous laissent davantage sceptiques. Ainsi, une possible adhésion de l’Ukraine – le « grenier de l’Europe » – à l’Union européenne aurait pour effet délétère, nous dit l’auteur, de faire « voler en éclats la politique agricole commune (PAC), les fonds européens versés à nos agriculteurs » (p. 84). Si Jordan Bardella connaissait mieux les textes fondateurs de la pensée libérale, il saurait que des politiques de subventions comme la PAC sont forcément payées par… le consommateur-contribuable. Il n’y a donc pas lieu de s’en prendre comme le fait Jordan Bardella à la « valse des accords de libre-échange (…) : Canada, États-Unis, Nouvelle-Zélande, Chili… » (p. 84). L’auteur souligne en outre que l’accord commercial entre l’UE et les pays du Mercosur (Brésil, Argentine, Paraguay, Uruguay) n’est pas sans poser de difficultés dans la mesure où « en ouvrant massivement nos marchés à des importations de viande bovine, de volaille, de sucre ou de soja produits à bas coûts et à raison de normes bien moins drastiques que celles imposées aux entrepreneurs européens, l’Union européenne jette en pâture nos filières » (p. 85). Mais le problème n’est-il pas justement que notre État impose bien trop de normes à nos agriculteurs ? La solution aux problèmes que soulève Jordan Bardella n’est-elle pas la déréglementation plutôt que le protectionnisme et la subvention ?
Dans le domaine industriel, Jordan Bardella dénonce une « absence de vision stratégique de l’État » (p. 204), notamment pour ce qui concerne la sidérurgie et l’industrie automobile. La fermeture des hauts-fourneaux de Florange en 2013 et la perte d’emplois industriels depuis 20 ans seraient dus à « une politique délibérée de désindustrialisation, de soumission à des dogmes européens et de démantèlement de notre souveraineté » (p. 203). Il vante au contraire les mérites de l’Inflation Reduction Act (IRA), par lequel les États-Unis ont consacré « plusieurs centaines de milliards de dollars pour soutenir leurs entreprises », tandis que « nos dirigeants professaient les dogmes archaïques d’un commerce libre et non faussé » (p. 204). Or ce n’est pas à l’État de dire quels sont les secteurs « essentiels » par rapport à ceux qui ne le seraient pas. Le marché sait mieux que l’État comment allouer ou réallouer les ressources en cas de restructuration. Il faut laisser les propriétaires d’entreprises, acteurs responsables, prendre les décisions d’investissements ou de réinvestissements et ne pas attendre de l’État qu’il fixe des priorités et définisse des secteurs jugés essentiels par la politique industrielle. Or Jordan Bardella écrit : « La France doit renouer avec une vision haute, une culture des grands projets et la capacité à penser à long terme, par-delà les échéances électorales » (p. 357).
L’auteur nous montre ainsi que s’il dresse un certain nombre de constats que font également les libéraux (sur les excès de fiscalités et de normes, par exemple), il conserve néanmoins une vision de l’économie qui, selon lui, devrait être soustraite à certains mécanismes du marché libre par un État stratège, protectionniste et interventionniste. Une vision donc très partiellement libérale de l’économie…
5 réponses
L’État « stratège, protectionniste et interventionniste », on sait ce que cela veut dire : pas grand chose. Ce sont des mots valise que tous les politiciens utilisent !
Ne pensez-vous pas que les mécanismes du marché libre présentent aussi des excès dangereux en mettant en concurrence des pays dont les niveaux de protection sociales, les niveaux de fiscalités, les niveaux de réglementation, les niveaux d’engagement écologiques sont tels qu’ils mettent en danger l’équilibre des pays plus vertueux et humanistes ?
N’est-ce pas là , la limite du libéralisme mondialiste dont on peut observer les conséquences dramatiques sur nos économies occidentales . L’interventionnisme d’un Etat ne devient-il pas alors la seule solution pour rétablir les équilibres ?
Etes vous vraiment pour la disparition de nos agriculteurs, après la fermeture de nos industries textiles, automobiles, et autres depuis 30 ans ?
N’avez-vous donc rien retenu de notre perte de compétitivité, de savoir faire, d’indépendance ? Ne voyez-vous pas notre déclin et la réussite éclatante de la Chine et de toute l’ Asie du Sud Est au détriment des Européens. Ne voyez-vous pas les conflits qui montent et la nécessité de s’en protéger ?
Chère Bernadette,
Sans doute n’avez-vous pas fait carrière dans le domaine économique. Le poids des charges, les pseudos redistributions via les subventionnements, les textes législatifs, réglementaires et normatifs alourdissent les coûts de production, minent l’enthousiasme des entrepreneurs et discréditent notre économie en rendant difficile de surcroît, ses nécessaires adaptations.
Sur notre terre, il y aura toujours plus d’idées et de créativité dans 65 millions de têtes aux parcours diversifiés que dans quelques centaines, toutes issues des mêmes cursus.
Et la concurrence à ce niveau, aura plus de chance de se faire à armes égales.
L’État ne saura jamais créer de richesses. Seule, la sphère privée, libre et entreprenante y parvenir.
Les agriculteurs comme d’autres aujourd’hui, biberonnés aux subventions, sont devenus les fonctionnaires de l’Europe et de l’interventionnisme d’État.
Quand nos parlementaires accepteront ils de ne gérer que notre cadre de vie, et notre sécurité, sans plus s’occuper d’économie ?
Quand les poules gauloises auront des dents!!!!
Vide sidéral et incohérence économiques sont les deux mamelles de la politique du RN, qui regroupe tellement de déçus de la gauche (les communistes qui se sont fait cambrioler) qu’il en est devenu (national)-socialiste…