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mercredi 11 février 2026

Jordan Bardella veut rassurer les chefs d’entreprise

Temps de lecture : 3 minutes

Le président du Rassemblement National a bien du travail pour faire oublier l’ignorance économique de la très sociale Marine Le Pen…

Le Rassemblement National provoque deux inquiétudes majeures aux yeux des défenseurs des libertés : ses propositions qui dépassent la légitime sécurité attendue pour verser dans le tout sécuritaire ; l’incompétence économique qui n’a jamais tant sauté aux yeux que lors des deux débats entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen lors des élections présidentielles de 2017 et de 2022. Jordan Bardella, bombardé à la présidence du parti, souffre, lui, d’un procès différent, qui le rapproche de Laurent Wauquiez chez les Républicains : un manque criant de convictions. Ses circonvolutions à l’entre-deux tours des élections législatives de l’année dernière en ont témoigné. C’est donc avec le plus grand intérêt que nous avons pris connaissance de la lettre qu’il a adressée aux chefs d’entreprise de France  et qui a été dévoilée le 3 septembre.

L’objet de la lettre est de rassurer les patrons en leur expliquant en liminaire les raisons pour lesquelles le RN a décidé de ne pas accorder sa confiance à François Bayrou le 8 septembre prochain, à savoir le creusement de la dette publique et l’aggravation du déficit commercial. C’est là sans doute le point le plus faible de la lettre car on ne voit pas très bien pourquoi, naguère, le RN n’a pas censuré le gouvernement quand il en avait l’occasion et pourquoi aujourd’hui il entend subitement lui refuser la confiance et ce, alors même que les circonstances n’ont pas changé… De plus, Jordan Bardella concède que « l’incertitude politique fragilise la vie économique », tout en se défaussant de toute responsabilité à cet égard et en pointant le mauvais projet de budget en cours. En conséquence, il plaide pour un « retour aux urnes », même si les sondages qui prédisent un RN largement en tête lors de futures élections législatives ne lui donnent pas pour autant de majorité absolue, si bien que nous sommes loin de toute certitude politique…

Les dirigeants du RN savent parfaitement que leur programme économique n’a pas rassuré lors des dernières campagnes électorales 

Quoi qu’il en soit, le Président du RN entend marteler que son parti est un « garant de la stabilité économique » et il en veut pour preuve le « pacte de confiance » qu’il propose autour de cinq séries de mesures : « réduire la mauvaise dépense publique » à hauteur de plus de 100 milliards d’euros ; « alléger le fardeau normatif » ; « adopter une fiscalité de croissance » avec une baisse de 20 % des impôts de production ; « refaire de la France un paradis énergétique » avec une baisse des factures énergétiques (comment ?) et un soutien au nucléaire ; « accorder une priorité d’accès dans les marchés publics aux entreprises qui produisent en France ».

S’y ajoute en fait une sixième mesure, sur le « long terme » cette fois : la « création d’un fonds souverain » en mobilisant l’épargne des Français, « sur la base du volontariat » (point de différence avec Michel-Edouard Leclerc…), pour soutenir l’innovation, les PME et ETI, ainsi que (de manière floue) les « filières industrielles stratégiques ».

L’ambiguïté demeure à la fin de la lettre lorsque Jordan Bardella réitère son voeu d’une « économie solide », mais aussi sa « farouche volonté politique de défendre l’intérêt national », une phrase vague qui peut inquiéter. Le Président du RN conclut avec l’idée, elle bien venue, de « déverrouiller les contraintes ».

En substance, Jordan Bardella a entendu rassurer les chefs d’entreprise, mais il n’est pas certain qu’il rassure les libéraux. Certes, il confirme par son écrit que la musique qu’il joue sur le plan économique sonne de manière sensiblement différente de celle de Marine Le Pen Mais, nous en revenons au procès dont nous parlions en liminaire : s’agit-il de convictions, auquel cas le ralliement du parti d’Eric Ciotti au RN se justifierait, ou d’une simple tactique pour attirer le chaland, car les dirigeants du RN savent parfaitement que leur programme économique et social n’a pas rassuré lors des dernières campagnes électorales ?

Dans tous les cas, nous rappellerons que la liberté ne se limite pas au monde de l’entreprise. Elle se décline avant tout autour de l’individu, quelle que soit sa vie professionnelle. Et sur ce point, nous cherchons encore le programme du RN…

Illustration de couverture Jordan Bardella© Raphael ATTAL @BootEXE via Wikimedia Commons

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9 réponses

  1. je vous cite :  » l’incompétence économique qui n’a jamais tant sauté aux yeux que lors des deux débats entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen lors des élections présidentielles de 2017 et de 2022″ . Certes, mais il ne suffit pas d’être « meilleur » que l’autre lors du débat de l’entre deux tours pour avoir une garantie de résultats…On peut se demander si tout n’était pas que de l’esbrouffe de la part d’un beau parleur…? Auquel cas, à quoi sert ce débat ?

    1. Je partage totalement. Enterrer Marine LE PEN sur le sujet : oui mais pourquoi l’auteur de l’article n’ afflige pas également Macron d’incompétence crasse ? C’est visiblement du parti pris. Car sauf les faits nous démontrent qu’il a laminé notre pays à tous les niveaux.

  2. Le RN devrait surtout se débarrasser de l’emprise de la famille Le Pen. Et là, c’est plutôt mal parti, tant on ne voit guère émerger de successeurs crédibles dans ses rangs. A défaut le RN devra se fondre dans une large coalition de droite pour la future présidentielle, dont il ne serait pas nécessairement le leader.

  3. Ce qu’il faut au RN, c’est sortir de l’emprise Le Pen qui est franchement délétère : incompétence qui confine à la bêtise, inculture économique flagrante, socialisme-national, scories racistes et pétainistes, corruption, etc.
    Ce qu’il manque au RN, c’est une Giorgia Meloni, quelqu’un d’intelligent, courageux et charismatique capable de rallier de la compétence.
    J’apprécie beaucoup les intervention d’une Sarah Knafo, qui aurait tout intérêt à se décoller de Zemmour pour rejoindre les libéraux comme Lisnard.

  4. En dépit du changement de nom, le R.N. est et reste une entreprise familiale, totalement contrôlée par la famille LE PEN et associés ! L’application de son programme économique serait une catastrophe pour notre pays !
    Outre qu’il est bien jeune et inexpérimenté, s’il a la moindre velléité d’indépendance, Jordan BARDELLA « sautera » comme d’autres avant lui.
    Après avoir fait les frais de l’apprentissage d’un jeune président inexpérimenté et sûr de lui, il serait temps que notre pays choisisse une personnalité dont le niveau soit à la hauteur des enjeux !

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