Les élections fédérales allemandes auront lieu le 24 septembre. C’est l’occasion de se pencher sur la situation de l’économie allemande, qui est un défi à la pensée économique dominante : alors que le keynésianisme affirme que la relance par le déficit budgétaire réduit le chômage, voici que l’Allemagne, avec un excédent budgétaire record, affiche un chômage au plus bas et une bonne croissance.
Les élections fédérales allemandes auront lieu le 24 septembre. C’est l’occasion de se pencher sur la situation de l’économie allemande, qui est un défi à la pensée économique dominante : alors que le keynésianisme affirme que la relance par le déficit budgétaire réduit le chômage, voici que l’Allemagne, avec un excédent budgétaire record, affiche un chômage au plus bas et une bonne croissance.
Des excédents budgétaires records
La situation budgétaire allemande a de quoi laisser rêveur le gouvernement français. Au moment où celui-ci cherche péniblement, à coup d’artifices ou de prélèvements obligatoires, comment limiter son déficit budgétaire à 3% du PIB cette année et le réduire à 2,7% en 2018, voici que l’Allemagne annonce des excédents budgétaires records. En 2016, l’ensemble des comptes publics (budget fédéral et ceux des Etats, des communes et des caisses de sécurité sociale) avaient terminé l’année avec un excédent de 23,7 milliards d’euros, (dont 7,7 milliards pour le seul budget fédéral), le plus important depuis la réunification. Cela représente 0,8% du PIB allemand. C’était la troisième année de suite que l’Allemagne dégageait un excédent.
En 2017, l’excédent sera plus élevé, puisque l’office fédéral des statistiques vient d’annoncer, pour le seul premier semestre, un excédent record pour l’ensemble des comptes public de 18,3 milliards Il est donc quasi certain que pour l’ensemble de l’année l’excédent de 2016 sera largement dépassé. Certes, les partis autres que la CDU critiquent (campagne électorale oblige) : le SPD, en bon parti social-démocrate, propose avant tout d’accroitre les dépenses publiques, mais, associé au gouvernement actuel et plus sensible aux réalités économiques que ses homologues français, il exclut de revenir au déficit budgétaire. La CDU d’Angela Merkel se félicite de la situation et propose certaines baisses d’impôts, limitées, tout en conservant un excédent, tandis que les libéraux du FDP proposent 30 milliards de baisse d’impôts pour la prochaine législature, ce qui ne pourrait qu’encourager l’offre et la croissance.
Pour des keynésiens cela devrait amener chômage et récession
La théorie keynésienne, largement répandue dans la classe politique française, devrait conduire ses adeptes à se désoler de cette situation. Pour eux, un excédent budgétaire freine l’activité et accroit le chômage, tandis que la relance, par le déficit budgétaire et la hausse des dépenses publiques, devrait booster la croissance et l’emploi. Avec un excédent budgétaire de près de 1% du PIB, l’Allemagne devrait être en récession, avec un chômage élevé, tandis que la France, avec 3% de déficit, devrait avoir une croissance record et un chômage au plus bas. Et cela d’autant plus qu’il ne s’agit pas d’un accident d’une année, mais que l’Allemagne n’a cessé de réduire son déficit, puis de le faire disparaitre au profit d’un excédent depuis 4 ans, tandis qu’en France, il faut remonter à 1974 pour avoir un budget excédentaire. Avec 43 ans de déficits ininterrompus, la France est le bon élève de la classe keynésienne.
Mais la croissance est soutenue
La réalité est à l’opposé de ces illusions. Le PIB par habitant, base 100 en 2000, est en 2016 à 118,3 en Allemagne (plus que la moyenne de l’OCDE, à 116,5), contre 107,8 en France. L’OCDE a publié le 28 août les chiffres trimestriels de croissance. Le PIB a augmenté en France de 0,5% au premier trimestre 2017 et également de 0,5% au second trimestre. Les chiffres correspondants en Allemagne sont de 0,7% et 0,6%. Sur un an, la hausse est de 1,8% en France et de 2,1% en Allemagne.
Et le chômage au plus bas
L’écart est plus impressionnant en matière de chômage. Selon les derniers résultats de l’OCDE (communiqué du 11 juillet ; prochains résultats le 12 septembre), ce qui permet des comparaisons homogènes, le taux de chômage est tombé à 3,9% de la population active en Allemagne contre 9,6% en France ! L’écart se passe de commentaires. De plus le taux d’emploi pour les 15-64 ans est de 74,9% en Allemagne contre 64,3% en France. Comme quoi, être plus nombreux (en part relative) à vouloir travailler n’aggrave pas le chômage, au contraire, ce qui devrait calmer les ardeurs des malthusiens. D’ailleurs, le taux d’activité des plus jeunes (15-24 ans) est de 28,3% seulement en France contre 45,9% en Allemagne ; dans certains cas, entrer plus vite sur le marché du travail, au lieu de faire des études sans débouchés, est une meilleure protection contre le chômage.
D’autres points de comparaison seraient accablants, comme le commerce extérieur : 34,3 milliards de déficit commercial au premier semestre 2017 en France contre 121,2 milliards d’excédent en Allemagne. Bien entendu, les esprits chagrins diront, comme vient de le soutenir un quotidien français, que certains emplois allemands sont précaires ou atypiques ; mais vaut-il mieux un emploi, parfois moins bien payé, qui conduira, l’expérience aidant, à un meilleur emploi, ou, comme en France, être au chômage (parce que les emplois sont bien payés, mais qu’à ce tarif-là les entreprises ne peuvent pas embaucher) ou encore survivre avec des emplois aidés, qui ruinent le contribuable et pénalisent toute l’économie ?
La comparaison avec la France démontre l’échec du keynésianisme
Les bons résultats allemands ont de nombreux facteurs explicatifs, à commencer par les courageuses, mais efficaces, réformes du marché du travail, ou encore par des taux de prélèvements obligatoires et de dépenses publiques bien inférieurs aux nôtres Mais ils démontrent deux choses : d’abord, que ce n’est pas par la facilité et le laxisme qu’on surmonte les difficultés (et en matière de difficultés, l’Allemagne en a connu plus que la France, à commencer par le coût faramineux de la réunification) ; ensuite que les thèses, souvent présentes en France chez les hommes politiques, de l’efficacité de la relance keynésiennes par les dépenses publiques et les déficits sont, au mieux, des fantasmes, au pire, le prétexte à l’étatisation de l’économie.
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