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mardi 14 avril 2026

La filière automobile française va-t-elle rejoindre le charbon et l’acier dans la série des souvenirs industriels ?

Temps de lecture : 3 minutes

L’État poursuit son offensive idéologique pour les « mobilités douces » et contre le moteur thermique, il pousse coûte que coûte les Français vers l’électrique. Sur le terrain cependant, la réalité fait de la résistance : nos concitoyens restent massivement attachés à l’automobile mais les véhicules électriques, trop chers, peinent à convaincre. Dans le même temps, l’industrie automobile française, étranglée par des décennies de décisions politiques déconnectées et par une concurrence chinoise dopée aux subventions, s’enfonce dans un déclin entamé au début des années 2000.

Le 14 novembre dernier, à quatre mois des municipales, un sondage Vérian réalisé pour le compte de L’Opinion et de la Fondation Jean-Jaurès a confirmé que l’automobile demeure le mode de déplacement privilégié par une écrasante majorité de Français ; mais que, malgré de fortes incitations et un matraquage permanent de l’État, seuls 21 % des sondés n’ayant pas encore de voiture songeaient à acheter une électrique ou hybride rechargeable : trop chères pour 62% d’entre eux et d’une trop faible autonomie pour 51%.

A court terme, et même s’il persiste – en opposition avec l’Allemagne – à défendre l’interdiction à la vente de véhicules thermiques à partir de 2035, le Gouvernement ne changera pas la donne : la filière automobile française n’est pas compétitive vis-à-vis de la Chine dans le domaine de l’électrique.

Un long et lent déclin depuis les années 2000

Depuis la crise du covid, 2019 étant l’année de référence, les ventes de véhicules neufs en France et en Europe ont largement baissé, passant, respectivement, de 2,2 et 16 millions à 1,7 et 13 millions en 2024. Un rapport du Sénat révèle que la production automobile française ne s’en est jamais remise et demeure inférieure de 40 % au chiffre de cette année-là, 19 000 emplois ayant été détruits. On voit, sur le graphique ci-dessous, repris par le Sénat, que l’hémorragie a en réalité commencé depuis bien plus longtemps, dans les années 2000.

 

 

Autrefois juste derrière l’Allemagne sur le podium des constructeurs européens, l’Hexagone est relégué en 5e position derrière maintenant de nombreux pays (République tchèque, Espagne, Slovaquie…). Les constructeurs français ne produisent plus que 25 % de leurs véhicules sur le sol national, contre 64 % en 2003. La France représentait 5,6 % de la production mondiale en 2000, ce n’était plus que 1,6 % en 2023, le déficit commercial d’import/export sectoriel atteignant 24,9 Mds€ la même année.

Interdiction à la vente des véhicules thermiques en 2035, le coup de grâce ?

En mars 2025, seuls 24,7 % des immatriculations sont des voitures électriques et des hybrides rechargeables, c’est-à-dire alimentées directement en électricité. Le reste, ce sont les hybrides non rechargeables (qui utilisent leur moteur thermique pour alimenter leur batterie électrique)  et les véhicules thermiques.

La part de véhicules électriques chinois est déjà de 25 % en Europe mais la Chine, grâce à son immense marché intérieur et aux subventions de l’État (255 Mds$ depuis 2010), a énormément investi. À l’heure actuelle, elle produit 62 % des véhicules électriques au niveau mondial et 78 % des batteries automobiles. En moyenne, les voitures électriques chinoises sont également 30 % moins chères  que leurs rivales européennes, soit une différence pouvant aller de 5.000 à 10 000€ à la vente.

La filière automobile, c’est en France 800 000 emplois (dont 330 000 directs), un tiers des investissements en R&D et la moitié des brevets, mais le déficit structurel de compétitivité qui affecte chez nous l’industrie des véhicules électriques menace 75 000 emplois d’ici 2030. A plus long terme, c’est toute la filière qui pourrait rejoindre le rayon des souvenirs industriels, laissant des régions entières sinistrées.

Face à un marché bouleversé, à une concurrence mondiale exacerbée et à une stratégie publique souvent guidée par le dogme plutôt que par le pragmatisme économique, la France semble s’être engagée dans une fuite en avant. L’interdiction programmée du thermique en 2035 apparaît moins comme un cap que comme une menace directe pour une filière déjà fragilisée, incapable de rivaliser avec la Chine. Revenir sur cette mesure nocive ne suffira pas : Paris et Bruxelles doivent cesser de vouloir régenter la vie des constructeurs français et européens. Ils doivent provoquer un choc de compétitivité, fiscal et de simplification normative, seul apte à les sauver.

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14 réponses

  1. 75% des voitures électriques sont importées, et les 25% de voitures dites « françaises » ne sont françaises qu’à 35%!
    Donc les voitures électriques sont importées à 91% … et subventionnées par une prime de 5500 €. L’état subventionne donc la désindustrialistion avec nos impôts!
    La politique est vraiment devenue un refuge pour les imbeciles. Faut tout changer!

  2. Un objectif louable sur le principe mais stupide dans sa mise en application sur le plan énergétique, industriel et fiscal. Une gabegie sans nom et sans analyse sérieuse de la part d’un gouvernement toujours aussi pléthorique et toujours aux abois ainsi que d’une assemble nationale délirante. Cerise sur le gâteau un président de la République dont on est en droit de se demander si le sort de son peuple et le devenir de son pays l’intéresse le moins de monde.

  3. Les dirigeants européens écolo socialistes auront tout réussi. La décroissance est bien là, les Chinois finiront par prendre toutes les parts de marché et peut-être développeront ils un moteur Diesel fiable et économique.
    Ce n’est plus de la politique mais de la haute trahison !

  4. La Nomenklatura qui règne depuis plusieurs décennies et qui a su liquider l’industrie française , s’en prend à présent à l’agriculture avec l’appui des forcés de l’ordre avec une efficacité qui confine parfois à la cruauté (abattage de troupeaux de bovins, massacre de volailles,..) pour des raisons sanitaires contestables.
    Une efficacité cruelle qu’elle se prive sciemment d’utiliser pour des raisons sectaires et idéologiques à l’encontre des trafiquants d’êtres humains (flots migratoires, prostitution,..) et des trafiquants de drogue puisque cela la gênerait et lui ferait prendre des risques inutiles.
    Le sort de l’industrie automobile dans l’hexagone paraît donc largement compromis puisque nous sommes en bout de chaîne (environ un million de véhicules produits l’an dernier en France dont la conception et la finition laisse parfois à désirer : voir les problèmes des moteurs high tech de Peugeot/stellantis sous la présidence de l’illustre monsieur Tavares).
    Une industrie incapable à ce jour d’affronter la concurrence chinoise et de proposer un rapport qualité -prix équivalent..
    Même si la limite fixée par l’Europe en 2035 pour les moteurs thermiques est prorogée, cette mesure bénéficiera surtout aux berlines allemandes .
    Le gouvernement allemand lui a compris qu’il fallait soutenir son industrie.
    Et les instances européennes actuelles sont sous contrôle allemand, n’est ce pas ?
    Question: la desindustralisation massive d’un pays européen dont l’industrie a fait la richesse et la marginalisation de ses agriculteurs est elle un signe tangible de son affaissement inéluctable ?
    Bien sûr que non si l’on considère les résultats des élections successives et l’acceptation illimitée par la grande majorité du peuple de cet état de fait.

    1. Pour le « massacre des bovins et de la volaille », ce ne sont que des mesures sanitaires dans le cadre d’épizooties qu’il faut maitriser.
      Cela peut heurter les âmes sensibles mais c’est un moindre mal si l’on ne veut pas voir ces maladies se développer.
      Nous avons perdu les souvenir des abattages massifs de bovins lors des épisodes de fièvre aphteuse, début des années 70, et ceux liés à la brucellose, qui touchait de nombreux élevages. Grâce à ces mesures vigoureuses, la santé publique s’est notablement améliorée.
      Il faut le rappeler encore et encore.
      C’est une lutte permanente et n’est pas le fait d’un quelconque complot.

      1. Madame, Monsieur,
        Vous écrivez au sujet d’un complot, terme que vous êtes seul à employer.
        Vous qualifiez de  » mesures vigoureuses  » le nouvel abattage d’un cheptel de quatre vingt bovins vaccinés il y a un mois dont un seul , qui aurait pu être isolé, présentait des signes de dermatose nodulaire.
        Vous évoquez semble t’il avec regret les abattages de troupeaux d’il y a soixante ans lors des épidémies de fièvre aphteuse et il y a trente ans lors de la brucellose.
        Vous estimez qu’une personne qui cite des faits est une « âme sensible »afin de la decredibiliser.
        Vous invoquez l’argument suprême et massue de « la santé publique » , une « lutte permanente » pour justifier des mesures sanitaires irréversibles que vous approuvez sans réserve.
        Bien sûr vous ne réagissez pas, sans doute par bonté d’âme, sur le reste de mon commentaire.
        Que vous soyez un tenant farouche de l’ordre établi est un choix respectable que je ne remets pas en cause.
        Pour ce qui concerne ma modeste personne, je trouve assez normal que, dans une logique d’évolution, les moyens médicaux et vétérinaires de lutte contre les épizooties se soient améliorés depuis plusieurs décennies et que des procédures de quarantaine et autres soient instituées par exemple afin d’empêcher des mesures irréversibles d’abattage indifférencié.
        Souffrez Madame, Monsieur qu’un citoyen considère que la crise du Covid est principalement le fait des autorités françaises du fait des mesures autoritaires qu’elles ont imposées à l’ensemble de la population .
        Les mesures les plus sévères appliquées dans le monde, y compris dans les départements et territoires d’outre-mer au nom de la santé publique.
        Trouvez vous normal par exemple que des gendarmes pourchassaient des promeneurs seuls dans une forêt ou sur la plage d’une île Bretonne pour les mettre à l’amende (mais pas en sécurité) ?
        Je vous souhaite un agréable week-end.

  5. Parfaite analyse et désillusion des Français et européens face l’ILLUSION et AVEUGLEMENT des politiques INCOMPETENTS et LÂCHES.
    Et le petit MAC. s’enorgueillit uniquement de lui-même et de sa médiocrité et de son incompétence notoire. SAUVE QUI PEUT !

  6. Et tout cela pour rien!
    La décarbonation est une entreprise purement politique dont 90% de la planète se moque (« Le Sud » continue de se développer d’abord avec les énergies fossiles et n’a strictement aucune intention d’y renoncer) . A supposer que les calculs du GIEC soient justes ( ce qui est plus que douteux), l’impact de la France totalement décarbonée serait de l’ordre du centième de degré en 2100 !
    Mais le GIEC est sacralisé .
    L’hystérie climatique est un marqueur supposé progressiste qui hypnotise les lieux de pouvoir français et européens. Le monde académique, coincé par des financements politiquement orientés sur la seule « faute au CO2 » a perdu tout sens critique et ne se donne pas les moyens intellectuels de l’exercer tant il est prisonnier de la Doxa. A l’échelle mondiale, seuls des scientifiques expérimentés à la retraite exercent leur raison critique ….parce qu’ils sont libres . Voila où on en est !
    Les « élites » publiques se sont tellement engagées qu’elles donnent l’impression de ne plus pouvoir revenir en arrière , quels que soient les arguments …et il y en a, contrairement à ce qu’on veut faire croire par intimidation !
    Elles ne se posent aucune question et sont littéralement aveugles sur les conséquences d’une politique désastreuses dont tout le monde voit les prémices.
    A leur tête le Président Macron dont on peut se demander comment il perçoit la défense des intérêts de notre pays et de son avenir…..
    Cette « affaire » climatique relève en fait d’ un effondrement éthique et intellectuel majeur, une part de l’extinction des Lumières qui est à l’oeuvre aujourd’hui .

  7. Quand on est dirigés par des visionnaires de ce calibre, faut pas s’étonner du résultat. Par exemple au XX° siècle la France était leader des terres rares avec Rhône Poulenc, aujourd’hui on dépend à 100% des chinois! Cherchez l’erreur? Et tout le reste est à l’avenant. Les hybrides non rechargeables qui rechargent leurs batterie grâce au moteur thermique consomment en moyenne plus que le moteur thermique seul bien que dans certains cas particuliers d’utilisation la régénération électrique au freinage puisse faire légèrement baisser la consommation de carburant. C’est un dispositif purement administratif pour permettre à ces véhicules d’accéder sans restriction aux défuntes ZFE!

  8. On ne peut rien faire contre la bêtise et l’incompétence, sinon rappeler à nos dirigeants 1) que la voiture thermique à hydrogène est au point (Mercédès et BMW en ont même produit en série il y a qq années). 2)que la France est bien équipée pour produire de l’électricité en excédent et pour alimenter des électrolyseurs pendant les heures creuses.

  9. Rien à ajouter, tout est parfaitement clair. Il convient juste de se demander quand la raison prévaudra sur les élucubrations et les subventions aberrantes !

  10. La gauche fait tout pour couler le secteur automobile qui emploie énormément e monde en France. Ainsi d’ailleurs que le secteur agricole comme on a pu le constater!

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