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jeudi 21 mai 2026

La mort d’Alex Pretti est indéfendable

Temps de lecture : 4 minutes

La mort d’Alex Pretti est un meurtre, c’est aussi triste et aussi simple que cela.

Les autorités américaines ont rapidement tenté de préempter le récit du drame, prétendant qu’un homme armé, un « domestic terrorist », s’était approché d’agents de la US Border Patrol(*) en pleine opération et qu’il avait utilisé son arme pour « causer un maximum de dégâts et massacrer les forces de l’ordre », d’où les tirs infligés en légitime défense à la victime afin de protéger les agents et les membres du public présents.

Malheureusement pour ce joli conte auto-justificateur, les vidéos publiées dans la foulée du drame racontent une tout autre histoire. Voir ici l’analyse réalisée par le Wall Street Journal.

Le samedi 24 janvier au matin, Alex Pretti, infirmier de 37 ans, arpente les rues de Minneapolis, son portable à la main, afin de filmer les opérations des agents de l’ICE et de la Border Patrol. Il n’est pas le seul à agir ainsi tant les violations à répétition de la Constitution par les 3 000 agents envoyés depuis décembre dernier dans le Minnesota par Donald Trump excèdent les habitants. Alors qu’il s’agit en principe de se débarrasser des migrants clandestins au CV criminel violent, on assiste de plus en plus à des irruptions fracassantes dans des locaux privés sans mandat judiciaire et à des arrestations sur leur lieu de travail de jardiniers ou de femmes de chambre sans casier judiciaire.

Donc le samedi 24 janvier, Alex Pretti filme des agents de la US Border Patrol. Loin de s’approcher intentionnellement des agents, il est suivi par l’un d’eux qui pousse une femme au sol. Il s’interpose entre l’agent et la femme afin de protéger cette dernière, son portable bien visible dans sa main droite et rien dans sa main gauche. D’autres agents s’approchent et plaquent Pretti au sol. À ce moment-là seulement, alors qu’ils effectuent une fouille, les agents découvrent l’arme que Pretti portait dans un étui sous sa veste – une arme pour laquelle il détient un permis parfaitement en règle. Un agent s’en empare, et c’est seulement alors que l’on entend la dizaine de tirs mortels.

Mais surtout, de façon plus essentielle, j’aimerais qu’on me dise quelle atteinte aux biens ou aux personnes Alex Pretti était en train de commettre ; quel danger il représentait pour les agents et le public ; quelle intention violente envers les forces de l’ordre il a manifestée ; et à quel moment il a saisi son arme et l’a « brandie » à la face des agents.

Il se peut qu’il ait gêné une opération de police, mais dans ce cas, alors qu’il était maintenu au sol par au moins cinq agents, pourquoi ne pouvait-il pas être arrêté, emmené en détention, pourvu d’un avocat, interrogé, présenté à un juge et ensuite condamné en conséquence de son éventuelle infraction ?

Il se peut qu’il soit un sympathisant du Parti démocrate ; il se peut même – je n’en sais rien – qu’il se reconnaisse dans les idées politiques très à gauche de Bernie Sanders ou du nouveau maire de New York Zohran Mamdani ; il se peut aussi qu’il milite pour un accueil non restreint des migrants. Et Dieu sait que seulement le quart de tout cela lui attirerait immédiatement les foudres de Donald Trump et du mouvement MAGA. Mais quel rapport avec les événements qui ont conduit à sa mort ? Depuis quand, au pays de la Déclaration d’indépendance ou dans tout pays sensible à l’État de droit, condamne-t-on une personne sur ses idées politiques et non pas uniquement sur les faits précis de l’infraction soumise à l’examen des juges ?

Il se peut, c’est du reste clairement le cas, que d’autres manifestants du Minnesota se livrent à des violences et des destructions. Mais depuis quand impute-t-on à un suspect des infractions qui ne sont pas les siennes par pur décalque d’atmosphère ?

Tout ceci est parfaitement indéfendable. La mort d’Alex Pretti est indéfendable.

Venant après la mort de Renée Good, tuée le 7 janvier 2026 à Minneapolis par des agents de l’ICE dans des circonstances peu claires qui ne donneront malheureusement pas lieu à une enquête, la séquence n’a pas joué en faveur de la popularité du président américain Donald Trump. Selon un sondage publié le 17 janvier, soit avant le décès d’Alex Pretti, 61 % des personnes interrogées se montraient hostiles aux méthodes employées par la police de l’immigration. Quant aux démocrates, ils menacent de ne pas voter le financement du ministère de la Sécurité intérieure (Homeland Security) dont le texte arrive au Congrès prochainement.

En ce mardi 27 janvier où j’écris, l’on apprend donc que Donald Trump semble s’engager sur la voie de la désescalade. Il a parlé au téléphone avec le gouverneur démocrate du Minnesota Tim Walz (ex-colistier de Kamala Harris), qualifiant l’échange de « très bonne conversation téléphonique » et soulignant que tous deux « semblent être sur la même longueur d’ondes ». Après les noms d’oiseaux qui ont volé abondamment de l’un à l’autre, il est maintenant question de coopération entre les deux hommes. À voir, d’un côté comme de l’autre.

Il semblerait également que le patron de la US Border Patrol, Greg Bovino, ait été éloigné de Minneapolis. Certaines rumeurs de presse avancent même qu’il pourrait rentrer en Californie et prendre sa retraite. À nouveau, à voir.

Mais je pose la question : si l’on valorise plus que tout le respect des droits des individus, leur liberté d’expression, leur liberté de manifester, et, dans le cas des États-Unis, leur droit à porter une arme,  si l’on pense en outre que le pouvoir de l’État doit être limité, précisément pour empêcher l’État de glisser insensiblement vers l’autoritarisme et le totalitarisme que confère un pouvoir illimité, quel bien peut-on sérieusement attendre des méthodes de l’ICE ? Quel bien peut-on attendre de la glorification de la brutalité ? Quel bien peut-on attendre des procès d’intention ? Quel bien peut-on attendre des mensonges criminels de l’État ?

Si l’on accepte peu à peu de telles pratiques, tout doucement, sans même s’en rendre compte, aux motifs apparemment bénins, voire logiques, voire de bon sens, que l’on ne fait pas d’omelette sans casser des œufs et que la fin justifie les moyens, plus aucun citoyen ne sera à l’abri de l’arbitraire de l’État.


(*) Au sein du ministère de la Sécurité intérieure des États-Unis (Homeland Security), deux forces de l’ordre ont la charge de veiller conjointement à l’application des lois douanières et migratoires : l’ICE (Immigration and Customs Enforcement) et la US Border Patrol (police aux frontières).

Les points de vue exprimés dans les articles d’opinion sont strictement ceux de l’auteur et ne reflètent pas forcément ceux de la rédaction.

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23 réponses

  1. Et notre guignol de Washington D.C. veut envoyer une délégation de l’ICE à Milan pour les épreuves des J.O. d’hiver ! Non mais ! Quel culot et d’abord de quel droit ! ? Si j’étais une autorité milanaise, j’annoncerais que les épreuves concernées seraient annulées…

  2. Les Etats Unis ont toujours été un pays à extrêmement brutal. Ce qu’il se passe est malheureusement « business as usual » . Une population violente et un « service d’ordre » tout aussi violent. C’est sans doute lié à son histoire, laquelle est fort récente et terriblement cruelle. Chaque américain a dans la mémoire de ses ancêtres pas si lointains des histoires à faire dresser les cheveux sur la tête, qu’il soit d’extraction européenne, africaine, locale, ou sud américaine … Question : veulent ils changer de modèle ? Pas si sûr , la preuve par Trump , deux fois élu tout de même .

    1. La société américaine est une société qui est effectivement violente ( peut-être pas extrêmement. Le Mexique, c’est bien plus pire) c’est dans son ADN. Aux États-Unis ont hésite pas à régler ses comptes avec des armes à feu. Il y a eu 4 présidents assassinés et 5 tentatives d’assassinat dont deux contre Johnson. Trump en utilisant des milices policières comme c’est le cas dans le Minesota n’est pas une première. Les milices privées aux États-Unis ont existé depuis longtemps et sont à l’origine des gardes nationaux. Aucun homme politique ou président osera remettre en cause le deuxième amendement sur le droit au port d’arme. Même chez les démocrates. Ces derniers se limitent juste à rendre l’ accès aux armes moins faciles. Beaucoup de démocrates sont aussi des amateurs d’armes et beaucoup sont des chasseurs. Il y a aussi une frange conservatrice chez les démocrates qui sont pro-armes. Il y a aussi un lien historique entre les western et les démocrates. Les western ne reflètent pas vraiment ce qu’était le farwest. Les cow boys ( garçons éleveurs) étaient plutôt des amérindiens ou des noirs et non pas des John Wayne ou des Gary Cooper. Mais ces western reflétaient quand même une certaine réalité de cette Amérique et ses racines violentes.

      Pour vous répondre, le modèle américain ne changera pas. Il change de président pas de société. Un président n’a jamais de véritable popularité. Un peu plus de 50 % d’américains votent aux présidentielles. Et les taux de popularité descendent assez rapidement en général. Trump à beau être une anomalie de l’histoire des États-Unis, qu’une fois dehors de la Maison blanche qu’un autre le remplacera et que le model américain que Trump à quelque peu chamboulé reprendra. Pas tout de suite. Mais dans 10 sûrement.

      1. L’ICE n’est pas une milice mais la police de l’immigration. Obama a expulsé 3 millions de clandestins ce qui a causé 58 morts! Silence radio des démocrates à l’époque.

    2. Excusez-moi mais quand il y a biden et tous les mensonges sur son état de santé et l’état des USA sous son règne, il y a de quoi avoir peur. Trump n’est peut-être pas parfait mais à côté de toute cette gauchardise moraliste se considérant dans le camp du bien, je le préfère largement et sans hésitation.

  3. L’assassinat de la manifestante trumpienne au Capitol par un agent démocrate infiltré (FBI) n’a pas ému autant.

      1. Bizarre que vous osiez prétendre cela alors qu’il est si facile de vérifier sur internet. Elle s’appelait Ashli Babbitt et a été abattu sans sommation par un garde du Capitol. Les media se sont bien gardés d’en faire tout un plat comme pour les morts du Minesotta. Comme le dirait La Fontaine: selon que vous êtes de gauche ou de droite les jugements des media feront de vous un martyr ou un négligeable!

  4. Il y a déjà Libé pour des articles comme celui-ci.
    Faites donc le travail de maintien de l’ordre face à des foules d’antifas excités (pléonasme) à la place de l’ICE, si vous vous pensez plus doués et incapables de bavures

    1. Un bel homme de paille : le classique « si vous arrivez à faire mieux ». Le fait est, que oui, il est très facile de faire mieux que d’exécuter froidement un manifestant déjà à terre et maîtrisé. C’est même le boulot des forces de l’ordre que de garder la maîtrise de soi, ce pour quoi on les paye.

      Renvoyer la dénonciation du meurtre gratuit d’un homme à un combat de « gauche », c’est aussi ne rien comprendre au libéralisme, lequel prône que l’Etat est responsable et doit rendre des comptes à ses citoyens, non les abattre impunément.

  5. L’autre jour sur Cnew une chroniqueuse à trouvé  » le prétexte Obama  » et les 60 morts lié à ICE sous sa présidence et que pour Obama on ne dit évidement rien. J’ai fais une recherche sur Google IA et effectivement sous Obama il y a eu 56 morts ou victimes gravement blessés par les ICE. Mais les raisons sont à nuancer. Sous Obama ICE opérait uniquement à la frontière et non pas à l’intérieur du pays en pratiquantdes rafles et en ne tirant pas 9 balles sur des types immobiles au sol. Et pour finir Google IA m’apprend que le nombre de morts ou de victimes atteintes gravement sous les deux présidences Trump sont à peut près égale à ceux sous l’ère Obama. Effectivement aucune excuse n’est valable pour ces drames à Mineapolis. Et chercher des échappatoire sous Obama pour relativiser ce qui se passe à Mineapolis est aussi inacceptable.

    1. Oui, tout à fait. Reste que le deux poids-deux mesures est insupportable quand on compare les données factuelles. Mais Trump, il faut le reconnaître, ne sait pas tenir une attitude apaisante et cohérente, et il devrait s’inspirer des démocrates à ce propos, parce que les gens se fient plus aux paroles qu’aux actes en définitive.

  6. « Il se peut, c’est du reste clairement le cas, que d’autres manifestants du Minnesota se livrent à des violences et des destructions. Mais depuis quand impute-t-on à un suspect des infractions qui ne sont pas les siennes par pur décalque d’atmosphère ? »
    Depuis toujours madame, surtout quand l’atmosphère est tendue.
    C’est pourquoi, comme vous dites, « il vaut mieux ne pas aller à une manif contre les forces de l’ordre avec une arme sur soi », surtout une arme à feu.

    1. L’arme à feu n’a pas été le motif de l’interpellation de cet homme, puisqu’il ne l’a jamais brandie, et qu’il a été exécuté une fois qu’il ne l’avait plus en sa possession.

      L’ICE craignait quoi, qu’il l’utilise par télékinésie ?

  7. C’est toujours le 2 poids 2 mesures. Ceux qui approuvaient l’assassinat de Charlie Kirk condamnent cette bavure. Obama a expulsé 3 millions de clandestins provoquant la mort de 58 personnes. Silence de mort chez les gauchistes démocrates (pas démocrates pour un sous).

    1. Le bilan de Trump concernant les ICE sont quasiment pareils que ceux d’Obama. A la différence que sous Obama ICE opérait uniquement à la frontière. Obama ne les envoyait pas faire des rafles à l’intérieur du pays avec des assassinats de citoyens américains.

    2. Excusez-moi mais quand il y a biden et tous les mensonges sur son état de santé et l’état des USA sous son règne, il y a de quoi avoir peur. Trump n’est peut-être pas parfait mais à côté de toute cette gauchardise moraliste se considérant dans le camp du bien, je le préfère largement et sans hésitation.

  8. Alex Pretti savait parfaitement ce qui l’attendait et il l’a ignoré, tellement il était capturé par son idéologie ridicule. Il faisait partie des réseaux communistes anti-EU depuis des années et voulait, comme eux, la destruction du pays. Aucune marge de manœuvre pour ICE? Et la victime elle? Mourir pour défendre des immigrants illégaux et criminels est tellement stupide.

  9. Que de réactions émotionnelles et d’analyses simplistes. Les gens sérieux attendront de connaitre les résultats de l’enquête avant de prendre position hors de toute idéologie !!!

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