Professeur émérite d’histoire contemporaine à l’université Paris-Nanterre et spécialiste de la France de la première moitié du XIXe siècle, Francis Démier vient de faire paraître un ouvrage relatif à la lutte entre les protectionnistes et les libre-échangistes sur la période du grand XIXe siècle, précisément du traité franco-anglais de 1786 à la veille de la Première Guerre mondiale.
Les seize chapitres strictement chronologiques du livre se lisent aisément et ce, en dépit d’un style sans relief. Nous pouvons résumer la thèse de l’auteur en le paraphrasant de la manière suivante : « L’enjeu réel des débats qui ont défini jusqu’à aujourd’hui les frontières douanières de la France est celui de la construction d’une nation. Le choix du protectionnisme au XIXe siècle n’a pas constitué un obstacle à la construction d’une société libérale car aucun pays, Angleterre exceptée, n’a été plus loin dans le démantèlement des cadres règlementaires de l’économie de l’Ancien Régime. Loin d’avoir constitué un obstacle à la métamorphose de la société française, la protection d’un marché national définie dans le droit fil des valeurs de 1789 en a été une des conditions essentielles parce qu’elle créait un « juste » espace dans lequel les producteurs acceptaient de prendre les risques du marché. Le libre commerce n’était pas un idéal rejeté, mais il ne devait pas porter atteinte à une « identité de la France » qui s’était dessinée lors de la période révolutionnaire. La protection du marché hexagonal était aussi celle des équilibres de l’ensemble de la société. L’objectif était de lier le développement du pays à l’organisation d’un marché national cohérent et protégé, capable de conjuguer, sans contradiction, le culte de la liberté et celui de ses limites. Le protectionnisme devait guider la politique économique de la France du XIXe siècle, un protectionnisme qui n’avait rien à voir avec le nationalisme contemporain : la plus grande liberté dans l’espace national et la plus grande protection aux frontières ».
Le lecteur non averti trouvera dans cet ouvrage substantiel une synthèse commode et accessible de la question protectionniste de la fin du XVIIIe siècle au début du XXe. Le lecteur averti, lui, n’y trouvera sans doute pas grand-chose dans la mesure où l’auteur reprend des sources bien connues, si bien que son intérêt primordial tient aux thèses, fort contestables, développées par Francis Démier. Les indications bibliographiques, même en notes de bas de page, sont pour la plupart dénuées d’originalité[1].
Revenons sur l’un des leitmotive de l’ouvrage : la politique économique de la France présenterait la plus grande liberté économique dans l’espace national et la plus grande protection aux frontières. De là, le titre de l’ouvrage : la « nation », qui préoccupe tant l’auteur, serait la « frontière du libéralisme ». Or, ce constat est inexact. Il n’y a jamais eu de libéralisme à l’intérieur des frontières françaises pour la simple et bonne raison que l’unité de la nation, chère à Francis Démier, s’est construite de manière centralisée et dirigiste depuis l’Ancien Régime.
L’appréciation que porte l’auteur sur les différents traités de commerce, parfois abusivement qualifiés de traités de libre-échange, apparaît elle-même discutable.
Même si le récit que fait Francis Démier de cette France libre à l’intérieur et forte à l’extérieure n’est pas la pure réalité historique, quel beau projet que de rebâtir la France en la retissant de l’intérieur plutôt qu’en la définissant en termes de rapports de force avec d’autres régions du monde.
Il n’est de forteresse plus imprenable que celle qui est si forte en elle-même qu’elle peut ignorer jusqu’à l’existence de périls extérieurs, qui ne l’attaqueraient qu’en vain.
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Une réponse
Même si le récit que fait Francis Démier de cette France libre à l’intérieur et forte à l’extérieure n’est pas la pure réalité historique, quel beau projet que de rebâtir la France en la retissant de l’intérieur plutôt qu’en la définissant en termes de rapports de force avec d’autres régions du monde.
Il n’est de forteresse plus imprenable que celle qui est si forte en elle-même qu’elle peut ignorer jusqu’à l’existence de périls extérieurs, qui ne l’attaqueraient qu’en vain.