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samedi 18 avril 2026

La Ville de Paris va-t-elle enfin se désendetter ?

Temps de lecture : 4 minutes

Les candidats à la mairie de Paris ont dévoilé leurs programmes. Si certains d’entre eux entendent prendre à bras le corps le problème de la dette abyssale, d’autres se réfugient dans le flou ou, pis, le déni.

Au 31 décembre 2025, la dette de la Ville de Paris s’établissait à 9,4 milliards d’euros. Il se confirmait que la gestion (si tant est qu’il y en ait eu une…) d’Anne Hidalgo avait été calamiteuse, en un mot socialiste. Logiquement, les propositions – et des propositions sérieuses – de désendettement devraient se trouver en tête des programmes des candidats aux prochaines élections municipales.

Combien de temps faudrait-il pour désendetter Paris ?

Courant janvier, la polémique sur la durée du désendettement de la capitale a été révélatrice. Reprenant des chiffres de la chambre régionale des comptes, Rachida Dati a parlé sur CNews d’une quarantaine d’années. La chambre régionale avait sorti le chiffre précis de 39,6 ans et ce, en intégrant la dette issue des loyers capitalisés (Le Figaro, 13 janvier 2026). Pas du tout ! a presque immédiatement rétorqué la municipalité sur son site. La durée du désendettement serait en réalité de 12,5 ans, « conformément aux taux prudentiels ». Ces derniers mots ne manquaient pas de piquant dans la mesure où le seuil d’alerte en cette matière est traditionnellement fixé à… 12 ans ! De son côté, le candidat Horizons-Renaissance, Pierre-Yves Bournazel, a fait un calcul simple : une dette de 9,4 milliards divisée par une épargne brute de 0,57 milliard en 2025 égale presque 16,5 années, loin du chiffre donné par sa concurrente de la droite et du centre, Rachida Dati, mais effectivement catastrophique : une municipalité « au bord de la faillite », disait-il ; « quasiment trois fois le niveau laissé au départ de Bertrand Delanoë » !

Que proposent les candidats pour tenter de réduire la dette ? On peut classer leurs programmes en trois types, du radical au mutique, qui recoupent plus ou moins les grands courants politiques.

Les programmes draconiens

Parmi les plus radicaux, Pierre-Yves Bournazel n’a pas hésité à adopter le chiffre, élevé, de 4 milliards d’économies sur la mandature. Il compte entre autres sur des recettes supplémentaires à hauteur de 3 milliards, issues non pas d’impôts nouveaux, comme on pourrait l’imaginer aisément, mais de la vente de 20.000 logements hors Paris.

Sarah Knafo, candidate de Reconquête, s’est aussi signalée par des propositions tranchées sur les questions de fiscalité et de dette locale, qu’elle  entend diviser par deux en dix ans, tout en diminuant de moitié la taxe foncière. A son programme, des baisses substantielles de subventions – et même l’arrêt de celles qui vont aux « associations politisées » –, une division par deux tout aussi radicale du nombre des fonctionnaires en une décennie, enfin des ventes tous azimuts de bâtiments et autres logements.

Les programmes modérés

Pour la commodité de l’exposé, nous regrouperons dans la même catégorie deux programmes très sensiblement différents, mais qui avancent des chiffres plus ou moins proches.

Rachida Dati souhaite que la dette ne progresse pas et que la fiscalité reste stable. Elle se réfère à des économies estimées à la louche entre 600 millions et un milliard d’euros sur la mandature, soit presque du simple au double. Dès la première année, elle compte réaliser 65 millions d’euros d’économies en réduisant (entre autres) les dépenses, les subventions et le train de vie de la municipalité, et en ne remplaçant qu’une partie des fonctionnaires qui partent à la retraite. Notons qu’elle désire que les agents fassent enfin 35 heures de travail par semaine, ce qui aurait du être le cas depuis la réforme Jospin-Aubry, mais ce que la maire actuelle de la capitale a refusé avec force démagogie et en usant de tous les subterfuges…

De son côté, le candidat de la gauche socialiste, écologiste et communiste, Emmanuel Grégoire, a prévu des économies de 400 à 500 millions d’euros sur la mandature, soit un chiffre proche de l’hypothèse basse de Rachida Dati. Mais son programme diffère du tout au tout, si ce n’est qu’il désire lui aussi que la taxe foncière n’augmente pas (comme l’avait promis Anne Hidalgo…). Il se réfère à 25 millions de dépenses de fonctionnement en baisse et à des économies sur le personnel chargé de la communication – l’armée mexicaine d’Anne Hidalgo –, mais l’ensemble est d’autant plus vaporeux qu’il repose sur des hypothèses hasardeuses – une augmentation de l’autofinancement des investissements, qui, en eux-mêmes, vont rester à un niveau très élevé de 1,5 ou 1,6 milliards d’euros chaque année. On ne voit pas dès lors comment il pourrait y avoir un milliard d’excédent budgétaire à la fin de la mandature ! En réalité, le programme Grégoire est dénué de tout sérieux. Comment pourrait-il en être autrement de la part d’un candidat comptable du bilan cataclysmique d’Anne Hidalgo ? Comment pourrait-il en être autrement de la part d’un candidat qui a osé déclarer que la dette ne servait qu’à investir et que le patrimoine des Parisiens avait de ce fait doublé ces dernières années (BFMTV, 15 février 2026) ?

Du flou au déni

Thierry Mariani, le candidat du Rassemblement National, est pour le moment inaudible. Il faut se rendre sur son site de campagne pour voir apparaître quelques vagues propositions : réduire de la taxe foncière ; « lancer un plan massif d’économie et commencer le désendettement dès le début du mandat ».

La palme d’or revient à Sophia Chikirou, candidate de La France insoumise, dont le programme « Le nouveau Paris populaire » formule, sur son site, six grands axes, dont aucun ne concerne les finances locales. On continuera donc de raser gratis aux frais des « riches » et puis, après tout, une dette – ce concept bourgeois –  ne s’efface-t-elle pas en un tournemain ?…

Espérons que les Parisiens finiront par comprendre que la fuite en avant avec toujours plus de dépenses, d’impôts et de dette est une politique irresponsable. Aux dernières nouvelles pourtant, les intentions de vote en faveur d’Emmanuel Grégoire dépassaient toujours 30 %, en tête de l’ensemble des candidats…

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9 réponses

  1. Paris est majoritairement habité par des locataires qui ne aient pas d’impôts locaux et bénéficient des infrastructures non financées. C’est donc un réservoir de votes pour les socialistes, communistes et verts…
    Face à cette irresponsabilité, c’est compliqué. Le principe de la gauche: disséminer les électeurs pour une cooptation et gagner les élections à n’importe quel prix; c’est ça la décadence qui nous attend également à l’échelle nationale puisque plus de la moitié des français ne paient plus d’impôts sur le revenu.

      1. Sans payer d’impôts sur le revenu moi-même, je n’ai jamais de ma vie voté socialiste, et je n’entends pas commencer de sitôt.

  2. Ahurissant que Grégoire fasse 30% alors qu’en tant que ex premier adjoint de Mme 2,7%, il est le 1 er responsable de son bilan catastrophique
    Qui peut donc bien voter pour lui ? Les bobos, LGBT, gauche caviar, les masos qui demandent encore plus d’impots ?
    A se demander si ces sondages sont tronqués pour influencer les électeurs

    1. E Grégoire peut compter sur de gros bataillon au sein des ministères, institutions culturelles, ONG, assos, assistés divers et variés, médias, avocats, universitaires…..

  3. Quand on voit le bilan de Hidalgo et que son successeur désigné est en tête des intentions de vote, on comprend que la culture socialiste de dépenser toujours plus est perçue positivement par beaucoup de nos compatriotes. Au niveau de l’Etat le déficit est essentiellement dû par nos dépenses sociales, mais au niveau d’une municipalité c’est juste de la mauvaise gestion et du clientélisme.

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