La politique abandonne. Le rôle des gouvernants et représentants du peuple est de diriger la cité, d’en préserver l’avenir, d’en favoriser les conditions du développement. Mais M. Lecornu et son ministre des Finances n’ont plus d’idées. Ils n’en appellent pas aux parlementaires qui n’en ont plus non plus. Les masques tombent, l’imposture est révélée. On élit des représentants pour qu’ils dessinent une politique et qu’ils gouvernent, mais ils reconnaissent désormais qu’ils ne savent plus le faire et qu’il faut s’en remettre à des technocrates.
Bercy a désigné un quatuor d’experts pour faire le boulot à la place du gouvernement. Il lui demande d’analyser « l’évolution probable des finances publiques entre 2027 et 2030 » et de « proposer des scénarios de redressement des comptes en 2027 » avec « des cibles de déficit souhaitable pour l’an prochain » et les efforts budgétaires à consentir et répartir à cet effet.
La France technocratique
Les experts ne sont pas tous entièrement mauvais, mais ils sont tous du sérail de l’Etat, nourris au lait étatique, ils ont grandi dans le moule conformiste de l’Etat providence. Certes, Xavier Jaravel a publié des thèses intéressantes sur l’innovation. Mais il est devenu président délégué du Conseil d’analyse économique, un « machin » placé auprès du Premier ministre et il publie ses chroniques dans Libération. Le second expert, Xavier Ragot, ancien conseiller du ministre Arnaud Montebourg, est président d’un autre « machin » du même ordre, l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE) de filiation néokeynesienne, voire pire. Il a souhaité la mise en place de la monnaie hélicoptère par la BCE ! Jean-Luc Tavernier, inspecteur général des Finances, a été un homme d’appareils, directeur général de l’INSEE jusqu’à, peu après, avoir été directeur de la Prévision et de l’Analyse économique. Enfin, Natacha Valla, une économiste naviguant sans cesse entre secteur public et secteur privé, a été nommée en 2022 présidente du Conseil national de la productivité par le premier ministre Jean Castex.
Ils ont tous des fonctions dans lesquelles ils doivent concourir, en premier lieu, à observer et proposer des solutions économiques pour la France. Mais le gouvernement en fait de nouveau astrologues. Il attend de ces Nostradamus qu’ils lui donnent les clés qu’il ne trouve pas ! Pauvre France qui s’en remet aux pratiques antiques dont on sait la vanité, la vacuité et le danger. Car les économistes ne sont pas des astrologues comme le rappelait déjà John Kenneth Galbraith (cf. l’article de Jean-Marc Daniel). Et la politique est devenue plus sage lorsqu’elle a cessé de croire à l’astrologie pour déterminer le sort de ses batailles.
Le roi est nu
Le gouvernement sait bien qu’il commet une erreur. Mais il est acculé par sa propre incapacité. Il demande alors à ses experts-astrologues de ne pas aller trop loin dans les pistes budgétaires qu’ils dessinent pour ne pas déborder sur la politique. Leur « mission n’a pas vocation à se substituer aux travaux du gouvernement, mais bien à avancer en parallèle pour apporter un éclairage supplémentaire », dit Bercy. « On ne leur demandera pas de nous documenter les mesures d’économies concrètes. »
La politique est donc désarmée, elle avoue son impuissance. Le roi est nu comme l’empereur du conte d’Andersen qui n’avait de souci que de sa vêture au détriment des affaires du royaume. Il accepte l’offre de deux escrocs qui se vantent d’être capables de lui tisser la plus belle étoffe possible en forme de vêtements « invisibles aux yeux de ceux qui ne convenaient pas à leurs fonctions ou qui étaient simplement idiots ». Quand l’empereur essaie ses vêtements, ni lui ni ses conseillers ne voient rien et craignant d’être idiots se taisent. Le jour de la parade, l’empereur sort nu, se croyant habillé. Chacun fait semblant de voir les admirables habits neufs de l’empereur, jusqu’à ce qu’un petit enfant dans la foule s’exclame qu’il est nu.
Sans attendre la candeur des enfants pour révéler au gouvernement sa nudité, nous lui suggérons d’écouter l’IREF qui a décrit bien des possibilités de réduire les dépenses et de sortir du piège de la dette, des impôts et des normes surnuméraires.
Des économies sont possibles partout dans les agences et autres dépendances de l’Etat, dans la fonction publique surchargée faute de pouvoir licencier ceux qu’elle paye sans qu’ils travaillent, dans les hôpitaux embarrassés de personnel administratif, dans les écoles publiques plus de 50% plus coûteuses que les écoles privées, dans les subventions incontrôlées aux associations, dans la réduction des aides à l’immobilier (1,5md€ au titre du seul Pinel en 2025, 9,7 Md€ au titre du programme 135 Urbanisme, territoires et amélioration de l’habitat ), dans la culture qui crache sur la main de l’Etat qui lui distribue l’argent public… On peut en trouver encore en réduisant drastiquement la politique de la ville inefficace, en privatisant l’audiovisuel public (4Md€ par an), en permettant à ceux qui le souhaitent de s’assurer pour la maladie, le chômage, la retraite…, en remettant en cause l’Etat nounou qui empile des normes encombrantes et dévastatrices pour occuper ses agents à empêcher la France de tourner rond.
Nous n’avons pas besoin d’astrologues mais d’intelligence politique.
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