Journal d'actualité libéral
|
jeudi 11 juin 2026

Le gouvernement confie la préparation du prochain budget à de nouveaux Nostradamus

Temps de lecture : 3 minutes

La politique abandonne. Le rôle des gouvernants et représentants du peuple est de diriger la cité, d’en préserver l’avenir, d’en favoriser les conditions du développement. Mais M. Lecornu et son ministre des Finances n’ont plus d’idées. Ils n’en appellent pas aux parlementaires qui n’en ont plus non plus. Les masques tombent, l’imposture est révélée. On élit des représentants pour qu’ils dessinent une politique et qu’ils gouvernent, mais ils reconnaissent désormais qu’ils ne savent plus le faire et qu’il faut s’en remettre à des technocrates.

Bercy a désigné un quatuor d’experts pour faire le boulot à la place du gouvernement. Il lui demande d’analyser « l’évolution probable des finances publiques entre 2027 et 2030 » et de « proposer des scénarios de redressement des comptes en 2027 » avec « des cibles de déficit souhaitable pour l’an prochain » et les efforts budgétaires à consentir et répartir à cet effet.

La France technocratique

Les experts ne sont pas tous entièrement mauvais, mais ils sont tous du sérail de l’Etat, nourris au lait étatique, ils ont grandi dans le moule conformiste de l’Etat providence. Certes, Xavier Jaravel a publié des thèses intéressantes sur l’innovation. Mais il est devenu président délégué du Conseil d’analyse économique, un « machin » placé auprès du Premier ministre et il publie ses chroniques dans Libération. Le second expert, Xavier Ragot, ancien conseiller du ministre Arnaud Montebourg, est président d’un autre « machin » du même ordre, l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE) de filiation néokeynesienne, voire pire. Il a souhaité la mise en place de la monnaie hélicoptère par la BCE ! Jean-Luc Tavernier, inspecteur général des Finances, a été un homme d’appareils, directeur général de l’INSEE jusqu’à, peu après, avoir été directeur de la Prévision et de l’Analyse économique. Enfin, Natacha Valla, une économiste naviguant sans cesse entre secteur public et secteur privé, a été nommée en 2022 présidente du Conseil national de la productivité par le premier ministre Jean Castex.

Ils ont tous des fonctions dans lesquelles ils doivent concourir, en premier lieu, à observer et proposer des solutions économiques pour la France. Mais le gouvernement en fait de nouveau astrologues. Il attend de ces Nostradamus qu’ils lui donnent les clés qu’il ne trouve pas ! Pauvre France qui s’en remet aux pratiques antiques dont on sait la vanité, la vacuité et le danger. Car les économistes ne sont pas des astrologues comme le rappelait déjà John Kenneth Galbraith (cf. l’article de Jean-Marc Daniel). Et la politique est devenue plus sage lorsqu’elle a cessé de croire à l’astrologie pour déterminer le sort de ses batailles.

Le roi est nu

Le gouvernement sait bien qu’il commet une erreur. Mais il est acculé par sa propre incapacité. Il demande alors à ses experts-astrologues de ne pas aller trop loin dans les pistes budgétaires qu’ils dessinent pour ne pas déborder sur la politique. Leur « mission n’a pas vocation à se substituer aux travaux du gouvernement, mais bien à avancer en parallèle pour apporter un éclairage supplémentaire », dit Bercy. « On ne leur demandera pas de nous documenter les mesures d’économies concrètes. »

La politique est donc désarmée, elle avoue son impuissance. Le roi est nu comme l’empereur du conte d’Andersen qui n’avait de souci que de sa vêture au détriment des affaires du royaume. Il accepte l’offre de deux escrocs qui se vantent d’être capables de lui tisser la plus belle étoffe possible en forme de vêtements « invisibles aux yeux de ceux qui ne convenaient pas à leurs fonctions ou qui étaient simplement idiots ». Quand l’empereur essaie ses vêtements, ni lui ni ses conseillers ne voient rien et craignant d’être idiots se taisent. Le jour de la parade, l’empereur sort nu, se croyant habillé. Chacun fait semblant de voir les admirables habits neufs de l’empereur, jusqu’à ce qu’un petit enfant dans la foule s’exclame qu’il est nu.

Sans attendre la candeur des enfants pour révéler au gouvernement sa nudité, nous lui suggérons d’écouter l’IREF qui a décrit bien des possibilités de réduire les dépenses et de sortir du piège de la dette, des impôts et des normes surnuméraires.

Des économies sont possibles partout dans les agences et autres dépendances de l’Etat, dans la fonction publique surchargée faute de pouvoir licencier ceux qu’elle paye sans qu’ils travaillent, dans les hôpitaux embarrassés de personnel administratif, dans les écoles publiques plus de 50% plus coûteuses que les écoles privées, dans les subventions incontrôlées aux associations, dans la réduction des aides à l’immobilier (1,5md€ au titre du seul Pinel en 2025, 9,7 Md€ au titre du programme 135 Urbanisme, territoires et amélioration de l’habitat ), dans la culture qui crache sur la main de l’Etat qui lui distribue l’argent public… On peut en trouver encore en réduisant drastiquement la politique de la ville inefficace, en privatisant l’audiovisuel public (4Md€ par an), en permettant à ceux qui le souhaitent de s’assurer pour la maladie, le chômage, la retraite…, en remettant en cause l’Etat nounou qui empile des normes encombrantes et dévastatrices pour occuper ses agents à empêcher la France de tourner rond.

Nous n’avons pas besoin d’astrologues mais d’intelligence politique.

Recevez Contrepoints, le journal d'actualité libéral

Abonnez-vous gratuitement à notre journal d’actualité libéral. Recevez tous les matins une analyse libérale de l’actualité que vous ne trouverez nulle part ailleurs.


11 réponses

  1. Ces 4 technocrates sont clairement de goche et ardents supporters du quoiqu’il en coûte quoiqu’il arrive…..ils vont nous produire une grande liste de rustines qui ne serviront à rien
    Ce pseudo gouvernement ne fait strictement rien a part du buzz pour qu on ne l oublie pas comme son mentor le PR

  2. Cela rappelle la sortie du premier ministre Castex pendant la crise Covid : « nous avons obtenu l’autorisation du Conseil scientifique pour rouvrir les écoles. »
    De tous les maux qui rongent notre pays, l’irresponsabilité est le pire !

  3. « La démocratie c’est ce qu’il reste de la république quand on éteint les Lumières » (Régis Debray).

  4. On dirait que vous croyez encore à la bonne volonté du gouvernement. Vous faut-il les observations d’un enfant pour vous rendre compte que ce pays a été sciemment coulé par ses milieux les mieux éduqués, ou les mieux cooptés !

    Bien à vous

  5. Ils ne savent pas quoi faire et passent le relai à d’autres qui n’ont pas été élus pour cela et ne seront responsables de rien. Quand un pilote échoue, on le remplace, c’est tout, et pas par un clone

  6. Il vont nous pondre un déficit encore rapporté au PIB, bien sur, pour cacher le vrai désastre au peuple. C’est la combine classique, pour le budget actuel ils vous disent 5,1% du PIB, ce qui ne veut rien dire, pour cacher le vrai chiffre quie est: 45% des recettes…
    Autrement dit, pour que le budget soit en équilibre, vos impôts devrait augmenter de 45% ! On vous le cache, mais un jour il faudra bien le payer.

  7. L’Etat n’ayant pas le courage de reconnaitre ce qu’il faut faire ni moins encore celui de e décider s’en remet a des experts proclamés qui diront .
    Ce sera alors parole d’évangile qu’on appliquera mais en cas d’échec ou de réaction du peuple , ce ne sera p)as lui le responsable .
    Nous sommes désormais bien loin de la médiocrité , nous sommes tombés dans l’abime des escrocs

  8. Messieurs Xavier Jaravel, Xavier Ragot et Jean-Luc Tavernier, ainsi que Madame Natacha Valla, dans le domaine considéré, ne sont pas des experts ; ce sont des ultracrépidariens.
    Comme il n’aura pas échappé à votre sagacité, l’ultracrépidarianisme est dérivé de la locution latine « Sutor, ne supra crepidam », qui signifie littéralement « Cordonnier, pas plus haut que la chaussure ! » et qui équivaut à l’expression moderne « À chacun son métier, et les vaches seront bien gardées. »
    Le proverbe a pour origine une anecdote racontée par Pline l’Ancien : un cordonnier, entré dans l’atelier du peintre Apelle pour passer une commande, observe les œuvres du peintre et lui signale une erreur dans la représentation d’une sandale. Le peintre la corrige. Mais, lorsque le cordonnier émet d’autres critiques, le peintre lui répond : « Ne supra crepidam sutor judicaret » (« un cordonnier ne devrait pas émettre de jugement au-delà de la chaussure »).
    Moralité : consultons Sarah Knafo, magistrat à la Cour des Comptes, formée par Marie-France Garaud (1934-2024), et demandons-lui de rédiger « sous légende » un devis ; je suis prêt à le financer. Chiche ?

  9. Nous avions déjà des joueurs de bonneteau à la tête de l’Etat, maintenant ils vont être mis en musique par des joueurs de pipeau..

  10. « 1,5md€ au titre du seul Pinel en 2025, 9,7 Md€ au titre du programme 135 »: 1,5md€ = 1,5 millions, 9,7 Md€ = 9,7 milliards, c’est ça ? On s’y perd un peu. J’ai quand même l’impression que le Pinel, c’est 1,5 milliards.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *


Soutenez Contrepoints – Le média libéral de l’IREF

L’IREF (Institut de Recherches Économiques et Fiscales) est une association indépendante, sans but lucratif, financée uniquement par des dons privés.

Faites un don et soutenez un journal 100 % libre, libéral et sans subvention publique.