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dimanche 15 février 2026

Le magazine Marianne fait du libéralisme une bouillie doctrinale

Temps de lecture : 2 minutes

magazine Marianne

L’hebdomadaire souverainiste de gauche ne comprend absolument rien aux fondements du libéralisme et à ses courants.

De manière générale, quand la presse française parle du libéralisme, le libéral se trouve partagé entre deux réactions : soit le contentement que l’on s’intéresse à ses idées, soit le désagrément de les voir massacrées. Telle a encore été notre ressenti à la lecture de l’article sur deux pages intitulé « Les libéraux. Au nom de la liberté, du marché et de la propriété », dans le cadre de la série d’été de l’hebdomadaire Marianne (21 août) consacrée aux « nouvelles familles d’intellos ».

Pourtant, l’article commençait plutôt bien avec une grande photographie d’Ayn Rand, la philosophe et romancière américaine. Mais le chapô particulièrement confus nous a immédiatement refroidi : « Qu’ils soient progressistes ou conservateurs, européistes (sic) ou nationalistes, productivistes ou décroissants… Les libéraux actuels ne s’entendent sur rien. Mais tous ont en commun leur foi profonde dans les vertus du marché ». Des phrases dénuées de sens, contradictoires et relativistes. Si les membres d’un courant politique ne s’entendent sur rien, il n’y a plus de courant politique… Par surcroît, nous avons, entre autres, du mal à comprendre comment une personne pourrait prôner le libéralisme, à tout le moins dans sa dimension économique, tout en étant en faveur d’une « décroissance » !

L’encart de la seconde page confirme la superficialité et l’inintelligibilité de l’article. Au titre des « figures principales » se trouve d’abord « la marraine », Ayn Rand, alors même que de nombreux libéraux ne partagent nullement ses idées (demandez à la plupart des disciples de la pensée autrichienne, jamais citée dans l’article au demeurant, un point de détail !) ; puis au titre des « poulains » (il va de soi que L’Iref n’est pas mentionné) Agnès Verdier-Molinier, dont le think tank est gentiment qualifié d’« ultralibéral », Gaspard Koenig et Laetitia Strauch-Bonart, la « libérale-conservatrice ». Quant à « la maison d’édition » des libéraux, il s’agirait de « L’Observatoire »… parce qu’elle a notamment publié Jacques Attali !

Quant au fond, l’article nous explique que « les libéraux sont partout et nulle part », une « ambiguïté originelle ( ?!) ». On comprend mieux que Marianne ne comprenne rien quand on lit un peu plus loin qu’Emmanuel Macron incarnerait un « libéralisme pragmatique » en reconditionnant ainsi la fable d’un Macron libéral qui nous est contée depuis son émergence à la vie politique et particulièrement son accession à l’Elysée.

Nous ne pouvons pas, dans un espace aussi réduit qu’une pendule, démonter toutes les énormités de l’article, mais, après avoir lu que « certains libéraux, comme le décroissant Gaspard Koenig, dénoncent eux-mêmes les dérives d’un marché livré à la loi du plus fort », une rhétorique à la Jean-Luc Mélenchon (un autre libéral sans doute ?), que la journaliste prétende que « les plus radicaux s’inspirent de Murray Rothbard », ce qui n’est pas faux, pour défendre entre autres un « État réduit », nous laisse songeur puisque Rothbard était bien évidemment anarcho-capitaliste, et non pas libertarien, et qu’il plaidait en faveur de la suppression totale de l’Etat.

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9 réponses

  1. L’essence de la politesse est de jamais dire :
    – vous ne m’avez pas compris…
    Mais :
    – je me suis mal expliqué…

    Il va sans dire qu’entre Macron, Bastiat, Friedman, Rand, Rothbard, l’étendue des libéraux est si grande qu’en comparaison, je pourrais affirmer, sans crainte de la contradiction, qu’il n’y a qu’une feuille de papier à cigarette entre Bayrou et Mélenchon.

    De gros travaux de pédagogie sont donc nécessaires.

  2. Sur le même sujet :

    https://wow-media.fr/2025/08/20250822-wow/

    LE LIBÉRALISME : UNE RÉALITÉ UNIVERSELLE DEVENUE MANIPULATION PARTISANE

    Le libéralisme n’est pas une idéologie figée mais une grammaire de la vie collective. Sa vocation première est limpide : protéger l’individu contre l’arbitraire, contenir l’autorité, ouvrir un espace à l’initiative. Depuis les temps les plus anciens, il s’impose comme une constante de l’humanité : la liberté d’entreprendre, d’échanger, de créer est moins un choix politique qu’une inclination naturelle.

    Son paradoxe est permanent : il fonde la prospérité sur la liberté, mais exige un État assez fort pour garantir le droit. Trop faible, l’État bascule dans l’anarchie économique. Trop intrusif, il étouffe l’élan vital de l’innovation. Le libéralisme se tient dans cette zone fragile : libérer les forces productives tout en dessinant des frontières à ne pas franchir.

    D’où sa plasticité contemporaine. Milei en Argentine le pousse jusqu’au rêve d’abolir l’État. Meloni en Italie l’associe au conservatisme identitaire. Modi en Inde l’instrumentalise comme levier de puissance nationale. Netanyahu en Israël l’adosse à la technologie et à la sécurité. Lee Kuan Yew, à Singapour, a prouvé qu’on pouvait être ultra-libéral économiquement tout en demeurant autoritaire politiquement. Autant de déclinaisons qui rappellent que le libéralisme n’est plus une doctrine monolithique mais une langue universelle, parlée avec des accents différents.

    Sur le plan économique, son apport est incontestable : propriété privée, concurrence, innovation, ouverture aux capitaux et aux échanges. Là où ces principes s’appliquent, la prospérité suit. Mais l’ambiguïté demeure : un marché peut enrichir sans démocratiser, moderniser tout en excluant, développer en concentrant le pouvoir. Singapour, la Chine, ou même l’Inde de Modi en offrent la démonstration.

    Le vrai problème, aujourd’hui, est sémantique. « Libéralisme » est devenu un mot fétiche ou un mot repoussoir, un instrument de polémique plus qu’un principe de pensée. L’étiquette brouille le fond. Or, confondre une philosophie de la liberté avec ses caricatures, c’est oublier son apport essentiel : limiter l’arbitraire, stimuler l’innovation, protéger l’individu. Derrière les détournements partisans, il reste une réalité économique et politique qui continue de structurer silencieusement le monde.

  3. LA LIBERTÉ, C’EST COMME LA GRAVITÉ : INCONTOURNABLE

    On peut la nier, la restreindre, l’ignorer. Mais on ne peut pas l’abolir.
    La liberté n’est pas une idéologie, c’est une réalité aussi fondamentale que la gravité. Les régimes peuvent la contraindre, comme on construit des murs ou des digues. Mais tôt ou tard, elle revient, irrésistible, comme une force naturelle.

    Le libéralisme c’est l’acceptation d’une évidence. Les individus pensent, échangent, inventent, entreprennent. On peut encadrer, réguler, orienter, mais on ne peut pas supprimer ce mouvement.
    Refuser la liberté, c’est comme vouloir abolir la gravité : on finit toujours par tomber.

    D’où sa longévité. Le libéralisme traverse les empires, les révolutions, les idéologies. Parce qu’il ne propose pas une utopie, mais une règle : contenir le pouvoir, protéger les droits, laisser agir les énergies humaines.

    Il est donc bien vain de mettre le mot « libéralisme » à toutes les sauces et d’accuser tel politique d’être libéral ou de critiquer l’UE de néolibéralisme.

    Le libéralisme n’est pas une option politique. C’est un fait naturel. Presque du bio !

  4. Un libéralisme bien pensé est un libéralisme en capacité de se réguler. Je crains qu’hélas ce ne soit pas le cas et que le citoyen consommateur restera la variable d’ajustement. Pour changer de paradigme, l’éducation, l’enseignement et le travail de chacun d’entre nous sont primordiales. La première relève de la volonté des parents, la deuxième de l’autorité de l’État, la troisième de la morale individuelle.

  5. Le libéral est surtout un épouvantail bien pratique (littéralement : un homme de paille) qu’on ressort à chaque fois qu’on en a besoin. Par conséquent, il ne faudrait surtout pas le définir trop précisément, ou essayer d’exhumer quelques obscurs penseurs de ce courant (Turgot pour les prémisses, Constant, Ricardo, Bastiat…), qui auraient en plus de défaut de battre en brèche l’idée que ce courant de pensée est étranger.
    À quiconque conspue le libéralisme, j’aime asséner l’article 1 de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen de 1789, texte d’inspiration et d’essence profondément libérale :
    « Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits. Les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l’utilité commune. »

  6. Cher Jean-Philippe,
    Si vous me permettez cette amicale familiarité ,depuis le temps que je vous lis , vous avez vraiment du talent pour dire avec élégance qu’article ne vaut pas plus cher que le contenu d’une poubelle.
    Laissons ces grands penseurs , que nous ne saurions prendre pour des panseurs , à leurs réflexions absurdes et poursuivons notre promotion de la liberté de faire et de penser dans le respect d’autrui.
    Merci de nous éclairer et de nous instruire ( eh oui souvent même) , nous restons dans l’attente de vous lire et d’échanger.

  7. La situation est confuse car les Français ne sont généralement libéraux que quand ça sert leurs intérêts personnels et pour rajouter à la confusion, le libéralisme sert souvent de faux nez à une droite ne pouvant assumer des idées généralement proscrites dans des pays évolués.

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