Le pape Léon XIV ne mesure pas sa peine. En même temps qu’il a annoncé sa venue en France en septembre 2026, il publie une nouvelle encyclique sur l’IA ce 25 mai et il a reçu en audience le 16 mai dernier les responsables d’institutions bancaires qu’il a exhortés à renouer avec leur vocation sociale et humaine : « Ce ne sont pas les capitaux qui entrent en premier lieu dans une banque, mais des personnes », a-t-il rappelé, soulignant que derrière les chiffres se trouvent « des femmes et des hommes, des familles qui ont besoin d’aide ».
Malheureusement, malgré de grandes qualités de prudence, discernement et pondération par rapport à son prédécesseur, le pape Léon XIV semble encore méconnaître les vertus et nécessités de l’économie de marché.
Le rôle des banques
Certes, l’évêque de Rome a reconnu le rôle historique des banques et des établissements de crédit dans le développement économique italien. « Vos institutions financières ont favorisé, de différentes manières, un partage et une redistribution équitables des richesses entre les individus, les entreprises et les institutions », a-t-il déclaré. Non sans raison d’ailleurs il a adressé une mise en garde contre les dérives possibles d’une logique d’accumulation individuelle et contre le risque que les outils numériques effacent les relations humaines.
Le rôle du pape est bien en effet de rappeler à chaque chrétien, à chaque personne, banquier ou non, le devoir d’être animé dans sa vie, professionnelle ou autre, par le désir de « faire le bien ». Pour autant il n’est pas de confondre économie et charité.
Le successeur de Pierre s’inspire de Oeconomicae et pecuniariae quaestiones, (Considérations pour un discernement éthique sur certains aspects du système économique et financier actuel) publié en 2018, qui déjà tendait, observait jean-Philippe Feldaman, à la conclusion que le libre marché est dangereux et doit être encadré fermement par l’Etat pour répondre aux exigences du bien commun. Il plaide pour que les institutions bancaires gardent une vocation d’entraide et orientent leur « engagement vers une éthique de la solidarité ». « N’oubliez jamais la charité ; mieux encore, faites-en de plus en plus le critère directeur de vos choix stratégiques »,a conclu le Souverain pontife.
L’abus de bien commun
Il y a là une confusion ancienne entre justice et charité qui a introduit le socialisme. Le bien commun est l’ensemble des règles permettant de vivre ensemble, et particulièrement à chaque homme de vivre selon ses fins dans le respect des autres. La règle d’or de toutes les grandes religions le requiert et notamment la Bible dans le Livre de Tobie: « Ce que tu serais fâché qu’on te fît, prends garde de jamais le faire à autrui. » (4, 16). C’est une règle négative, « ne fais pas », où se fonde la justice qui veille à ce qu’aucun n’empiète sur les biens d’autrui. La justice rend à chacun ce qui lui est dû. Saint Augustin enseignait que dans tous les contrats de droit, il faut respecter la maxime commune : « Ne fais pas à autrui ce que tu ne voudrais pas qu’on te fasse » (De Ordine 2, 8, 25). C’est le principe sur lequel repose l’Etat de droit et la liberté.
Une autre règle a été introduite par la Bible (Deutéronome 19,18) et surtout par le Christ pour demander à chacun d’aimer son prochain comme soi-même et de faire pour lui ce qu’on souhaiterait pour soi-même : « Tout ce que vous voulez que les hommes fassent pour vous, faites le vous-même pour eux » (Matthieu 7,22). C’est une exigence de comportement personnel pour suivre le Christ dans la foi, pas pour vivre en société. C’est la charité, pas la justice, la préoccupation du bien pas du juste.
La solidarité ou la charité dénaturée
A partir du XVIIIème siècle plus encore que précédemment, les hommes ont voulu que le bien devienne préoccupation sociale et bientôt obligatoire. Ils ont alors transformé la charité en bienfaisance et en ont investi l’Etat. Ainsi est né le socialisme qui aujourd’hui rend la charité publique et obligatoire sous le nom de solidarité qui déguise celui de l’impôt. C’est ce que remarquait Frédéric Bastiat en 1850 : « On ne veut pas seulement que la Loi soit juste ; on veut encore qu’elle soit philanthropique. On ne se contente pas qu’elle garantisse à chaque citoyen le libre et inoffensif exercice de ses facultés, appliquées à son développement physique, intellectuel et moral ; on exige d’elle qu’elle répande directement sur la nation le bien-être, l’instruction et la moralité. C’est le côté séduisant du Socialisme ».
La loi du marché a ses propres vertus qui ont permis au monde de sortir de la grande pauvreté ou végétaient 80% de la population avant que la liberté ouvre les voies de la prospérité. L’économie de marché n’est pas faite pour donner, mais pour favoriser les échanges qui enrichissent toutes les parties qui y participent. Elle n’empêche pas que ses acteurs aient de la bienveillance personnelle, à condition de ne pas détruire le mécanisme du marché, ce qui causerait de biens plus grands dommages comme l’ont vécu et le vivent encore toutes les sociétés meurtries par le collectivisme. La loi n’est pas faite pour être la pâle imitation de la charité, chacune est dans son ordre et celui de la loi est nécessaire quand celui de la charité est souhaitable. C’est parce que la loi est imparfaite, implacable, qu’il est bon d’y adjoindre le regard des hommes, de permettre le pardon, d’y laisser l’ouverture du don au-delà de toute réciprocité.
La charité ne saurait pour autant guider les choix stratégiques d’une entreprise. Les entrepreneurs doivent être justes. C’est encore mieux s’ils savent aussi être bienveillants à l’égard des personnes sans remettre en cause la juste stratégie de l’entreprise. Le souci de l’entreprise les y pousse d’ailleurs. C’est ce que disait autrement Frédéric Ozanam dans sa merveilleuse histoire de la civilisation : « L’ordre de la société repose sur deux vertus : justice et charité. Mais la justice suppose déjà beaucoup d’amour ; car il faut beaucoup aimer l’homme pour respecter son droit qui borne notre droit et sa liberté qui gêne notre liberté. Cependant la justice a des limites ; la charité n’en connaît pas. »
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12 réponses
Les libéraux confondent économie et prédation. C’est donc une réaction inversement disproportionnées qui se justifie.
La charité est une valeur cardinale dans la Bible. Laquelle a procuré une stabilité à l’Occident qui lui a permis de prospérer.
Les lois du marché somme toute très récentes, ne sont qu’une étape. Mais il y a eu fuite des cerveaux théorisée par la la Royal Society britannique dès 1963.
Aujourd’hui le doigt est manifestement un horizon indépassable.
prédation? non pas vraiment.. ce qui s’en rapproche un peu est la concurrence.. mais on ne détruit pas un concurrent. Mais surtout quelle est votre vision de l’économie ? . pour un libéral c’est » juste » l’ensemble des échanges volontaires entre individus …
La bible est « insuffisante à décrire la condition humaine d’ailleurs.
La Bible, lue depuis son centre, Jésus-Christ, appelle la condition humaine à vivre de la Grâce en vue du Royaume de Dieu. Un petit retour au Paradis avant la chute, mais sans la chute.
La « charité » c’est l’amour… L’amour ne se commande pas, sinon il est une forme dévoyée et pervertie… voyez la prostitution. L’économie décrit ce qui se passe quand il y a des échanges entre les gens, et montre que plus il y a ces échanges, plus chacun cherche son intérêt, sans volonté de nuire au voisin, plus il y a « inégale répartition des bienfaits », mais quand ces principes ne sont plus respectés, alors il y a « égale distribution de la misère ». Les « lois du marché » sont aussi anciennes que le premier échange, donc que le premier homme, et sont descriptives, libre à vous de penser que vous savez mieux, mais ce sera aussi à vous d’assumer la misère qui en découlera (probablement). Là encore, le doigt, la lune…
Les catholiques disposent d’un des plus éminents économistes de l’histoire mondiale : Frédéric Bastiat, qui était catholique fervent et qui est enterré à Saint-Louis-des-Français à Rome… Bastiat a traité toutes les questions économiques chères à la doctrine romaine bien avant le Saint-Siège… par exemple la destination commune des biens naturels, la morale et l’intérêt, ou encore la charité dans et par-dessus le marché. etc. Bref, je vous recommande la lecture de Bastiat, par exemple « justice et fraternité ». … Par ailleurs, contrairement à ce que vous prétendez, les lois du marché sont naturelles et antérieures aux lois positives. Je vous invite à vous plonger dans la scolastique catholique et le droit naturel. Comme disait Hayek, « le capitalisme doit plus aux Jésuites qu’aux Calvinistes ». Il est un peu comique que l’église romaine, qui est largement à l’origine de la mise à jour des principes capitalistes, ignore son propre héritage intellectuel !
Bastiat évoque la philanthropie. Et c’est bien cette dernière qu’il ne faut pas confondre avec la charité. Cette dernière c’est d’aider les pauvres, la philanthropie sert à les sortir de la pauvreté.
St Bernard au XIIème siècle puis St François de Sales au XVIIème, influents faiseurs de Papes épris de charité aimaient à répéter que « L’enfer est pavé de bonnes intentions » au point qu’il faut parfois choquer les bonnes âmes à l’altruisme naïf pour éviter le désastre.
En matière économique les maîtres à penser seraient bien inspirés de distinguer la redistribution spontanée par le libre commerce vertueux de la redistribution par la spoliation aux apparences charitables.
la raison d être du entreprise est de faire du business en dégageant du cash sinon c est la disparition
Tout le reste releve de la philosophie de bazar
Si seulement les gens n’étaient pas avides de l’argent et de la vertu des autres !Laissons les entreprises amasser le plus grand profit possible si cela se fait sans nuire directement à quiconque. Une fois ce profit (le plus grand possible) entre les mains de ceux qui l’ont rendu possible (partage à négocier entre employés et actionnaires), c’est à ces gens, des individus, des personnes, libres et responsables, de vouloir, chacun, faire le bien, aider les pauvres (mais seulement ceux qu’on juge méritants, et sûrement en échange d’efforts dans la direction que l’on pense la meilleure).
Vouloir introduire l’État ou quelque autre institution dans cette relation de création puis distribution/consommation de richesse, c’est d’abord violer la liberté des acteurs sus-mentionnés, introduire des biais, empêcher les mécanismes de correction rapides des erreurs qu’il y a forcément dans l’activité humaine. Bref, demander à l’État de guider ou controller ou dominer la charité, c’est demander à des aveugles loin de la route de piloter une voiture… Ca peut marcher ponctuellement, mal mais un peu, seulement à long terme c’est forcément une catastrophe. Qu’on mettra sur le dos de la voiture ou des gens qui étaient dedans.
N’est-il pas comique et regrettable à la fois que l’église romaine, qui dispose d’un des plus éminents économistes en la personne de Frédéric Bastiat, ignore son propre héritage intellectuel ? … Ce pape Léon est certes moins égaré intellectuellement que son prédécesseur François… mais enfin, il serait bon que l’église romaine renouât avec sa grande tradition jus-naturaliste.
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12 réponses
Les libéraux confondent économie et prédation. C’est donc une réaction inversement disproportionnées qui se justifie.
La charité est une valeur cardinale dans la Bible. Laquelle a procuré une stabilité à l’Occident qui lui a permis de prospérer.
Les lois du marché somme toute très récentes, ne sont qu’une étape. Mais il y a eu fuite des cerveaux théorisée par la la Royal Society britannique dès 1963.
Aujourd’hui le doigt est manifestement un horizon indépassable.
Bien à vous
Les lois du marché existent depuis que les hommes font du commerce. Avant les états et les idéologies.
prédation? non pas vraiment.. ce qui s’en rapproche un peu est la concurrence.. mais on ne détruit pas un concurrent. Mais surtout quelle est votre vision de l’économie ? . pour un libéral c’est » juste » l’ensemble des échanges volontaires entre individus …
La bible est « insuffisante à décrire la condition humaine d’ailleurs.
La Bible, lue depuis son centre, Jésus-Christ, appelle la condition humaine à vivre de la Grâce en vue du Royaume de Dieu. Un petit retour au Paradis avant la chute, mais sans la chute.
La « charité » c’est l’amour… L’amour ne se commande pas, sinon il est une forme dévoyée et pervertie… voyez la prostitution. L’économie décrit ce qui se passe quand il y a des échanges entre les gens, et montre que plus il y a ces échanges, plus chacun cherche son intérêt, sans volonté de nuire au voisin, plus il y a « inégale répartition des bienfaits », mais quand ces principes ne sont plus respectés, alors il y a « égale distribution de la misère ». Les « lois du marché » sont aussi anciennes que le premier échange, donc que le premier homme, et sont descriptives, libre à vous de penser que vous savez mieux, mais ce sera aussi à vous d’assumer la misère qui en découlera (probablement). Là encore, le doigt, la lune…
@ Vedun
Les catholiques disposent d’un des plus éminents économistes de l’histoire mondiale : Frédéric Bastiat, qui était catholique fervent et qui est enterré à Saint-Louis-des-Français à Rome… Bastiat a traité toutes les questions économiques chères à la doctrine romaine bien avant le Saint-Siège… par exemple la destination commune des biens naturels, la morale et l’intérêt, ou encore la charité dans et par-dessus le marché. etc. Bref, je vous recommande la lecture de Bastiat, par exemple « justice et fraternité ». … Par ailleurs, contrairement à ce que vous prétendez, les lois du marché sont naturelles et antérieures aux lois positives. Je vous invite à vous plonger dans la scolastique catholique et le droit naturel. Comme disait Hayek, « le capitalisme doit plus aux Jésuites qu’aux Calvinistes ». Il est un peu comique que l’église romaine, qui est largement à l’origine de la mise à jour des principes capitalistes, ignore son propre héritage intellectuel !
Le mieux est l’ennemi du bien…
Merci monsieur DELSOL
Bastiat évoque la philanthropie. Et c’est bien cette dernière qu’il ne faut pas confondre avec la charité. Cette dernière c’est d’aider les pauvres, la philanthropie sert à les sortir de la pauvreté.
St Bernard au XIIème siècle puis St François de Sales au XVIIème, influents faiseurs de Papes épris de charité aimaient à répéter que « L’enfer est pavé de bonnes intentions » au point qu’il faut parfois choquer les bonnes âmes à l’altruisme naïf pour éviter le désastre.
En matière économique les maîtres à penser seraient bien inspirés de distinguer la redistribution spontanée par le libre commerce vertueux de la redistribution par la spoliation aux apparences charitables.
la raison d être du entreprise est de faire du business en dégageant du cash sinon c est la disparition
Tout le reste releve de la philosophie de bazar
Si seulement les gens n’étaient pas avides de l’argent et de la vertu des autres !Laissons les entreprises amasser le plus grand profit possible si cela se fait sans nuire directement à quiconque. Une fois ce profit (le plus grand possible) entre les mains de ceux qui l’ont rendu possible (partage à négocier entre employés et actionnaires), c’est à ces gens, des individus, des personnes, libres et responsables, de vouloir, chacun, faire le bien, aider les pauvres (mais seulement ceux qu’on juge méritants, et sûrement en échange d’efforts dans la direction que l’on pense la meilleure).
Vouloir introduire l’État ou quelque autre institution dans cette relation de création puis distribution/consommation de richesse, c’est d’abord violer la liberté des acteurs sus-mentionnés, introduire des biais, empêcher les mécanismes de correction rapides des erreurs qu’il y a forcément dans l’activité humaine. Bref, demander à l’État de guider ou controller ou dominer la charité, c’est demander à des aveugles loin de la route de piloter une voiture… Ca peut marcher ponctuellement, mal mais un peu, seulement à long terme c’est forcément une catastrophe. Qu’on mettra sur le dos de la voiture ou des gens qui étaient dedans.
N’est-il pas comique et regrettable à la fois que l’église romaine, qui dispose d’un des plus éminents économistes en la personne de Frédéric Bastiat, ignore son propre héritage intellectuel ? … Ce pape Léon est certes moins égaré intellectuellement que son prédécesseur François… mais enfin, il serait bon que l’église romaine renouât avec sa grande tradition jus-naturaliste.