Journal d'actualité libéral
|
samedi 18 avril 2026

Le radicalisme écologique dans les écoles de commerce : gros dégâts en vue

Temps de lecture : 3 minutes

Nous avons récemment fait allusion, dans une de nos « pendules », à la manière dont évolue l’enseignement dispensé dans les écoles de commerce. Le sujet nous a semblé assez préoccupant pour revenir un peu plus en détail sur un aspect de cette évolution qui engage des pans entiers de notre avenir économique.

Morgane Daury-Fauveau, professeur de droit privé à l’université d’Amiens, vient de faire paraître en ligne une note sur les Grandes écoles de commerce : foyers du radicalisme écologique (Ceru, décembre 2025, 23 pages). Elle dresse un sombre tableau des lieux de notre formation d’excellence, minés par un enseignement pesant et biaisé de l’écologie. Une écologie « le plus souvent radicale, notoirement anticapitaliste ». Elle explique, non sans une pointe d’ironie, que les grandes écoles de commerce semblent souffrir d’un « complexe », celui d’avoir pour objet l’enseignement de la production des richesses, et que pour tenter de le surmonter, elles versent dans la « décroissance ». Elle observe que la part de l’enseignement de l’écologie est disproportionnée, qu’il s’agisse, suivant les cas.

S’il s’agissait de transmettre des connaissances, de chercher des solutions dans le progrès et l’innovation, cette part pourrait s’entendre, mais le problème vient de la direction politique et de l’idéologie qui sous-tend les différents enseignements. Chantres de la « décroissance » et contempteurs farouches d’un capitalisme destructeur de la planète se succèdent pour porter la bonne parole aux futures « élites ».

Des critères qui n’ont rien à voir avec la rigueur professionnelle

Morgane Daury-Fauveau pointe le rôle délétère des classements et des accréditations internationales, les premiers privilégiant le pourcentage de cours consacrés à l’écologie, les secondes exigeant des écoles qu’elles forment des « leaders responsables ». Et ce, au détriment des critères académiques d’excellence que sont l’insertion professionnelle, l’ouverture internationale, la recherche ou encore la sélection.

Morgane Daury-Fauveau en conclut que « les grandes écoles de commerce ont fait de l’écologie la matrice idéologique de l’ensemble de leurs formations », si bien que « la décroissance et la dénonciation du capitalisme deviennent des grilles de lecture obligatoires de tous les cours ». Elle en énumère les conséquences dramatiques : défiance croissante à l’égard de la science et de l’innovation ; culture de la suspicion à l’égard de l’entreprise et du marché ; fragilisation de la compétitivité ; enfin, atteinte au pluralisme des approches de l’enseignement supérieur par l’érection d’un dogme producteur de conformisme.

Nos lendemains ne chanteront certainement pas…

A lire cette note, on ne s’étonne pas que,  mutatis mutandis, des étudiants se soient opposés à un partenariat avec telle ou telle grande entreprise ou se soient exclamés lors de la remise de leurs diplômes qu’ils refuseraient d’exercer des « jobs destructeurs ». Une réaction que l’on a pu aussi constater de la part d’étudiants d’autres grandes écoles, notamment Polytechnique ou AgroParisTech…

Pour paraphraser une phrase attribuée à G.B. Shaw (« Ne pas être anarchiste à seize ans, c’est manquer de cœur. L’être encore à quarante ans, c’est manquer de jugement. »), on peut dire que « ne pas être écologiste à 20 ans, c’est ne pas avoir de cœur ; être écologiste politique à 40 ans, c’est ne pas avoir de tête »…

Plus grave :  au-delà du fait que les plus jeunes ont tendance à être beaucoup plus à gauche que les plus vieux, on peut voir dans la prégnance de l’anticapitalisme au sein des grandes écoles de commerce, un signe autrement inquiétant de la victoire de la gauche dans la bataille des idées.

Lucien Herr, le bibliothécaire de l’Ecole normale supérieure à la fin du XIXe siècle et au début du XXe, avait parfaitement compris que la voie sacrée du socialisme passait par la conversion des élites. Le marxiste Antonio Gramsci, son contemporain italien, avait, lui, disserté sur « l’hégémonie culturelle » et la nécessité de gagner l’opinion politique comme préalable à la conquête du pouvoir. En définitive, c’est ce qu’auront réussi à faire les hommes politiques de gauche depuis plusieurs décennies. Il s’est agi :

  • de former (et de déformer) les plus jeunes en leur enseignant la haine de la propriété (privée), du mérite et de l’effort, et en leur délivrant un discours simpliste sur les méfaits du capitalisme ;
  • de former (et de déformer) les lecteurs, les auditeurs et les téléspectateurs en leur parlant quotidiennement d’écologie et de « développement durable » dans un sens unilatéralement favorable à l’interventionnisme et à la réduction des libertés ;
  • de former (et de déformer) les futures « élites » en poursuivant dans l’enseignement supérieur, public comme privé, le bourrage de crâne anticapitaliste.

Nous sommes conforté dans notre idée, exprimée ici dans un article (10 novembre 2025), de la nécessité pour tout réformateur de briser la cohorte des enrayeurs qui fait peser une véritable chape de plomb sur notre pays, avec au premier chef un certain nombre d’enseignants, du primaire au supérieur, et de journalistes de la presse publique écrite et audiovisuelle ; ceux, entre autres, qu’un confrère avocat et chroniqueur occasionnel, Gilles-William Goldnadel, appelle plaisamment « l’odieux visuel du sévice public »…

Recevez Contrepoints, le journal d'actualité libéral

Abonnez-vous gratuitement à notre journal d’actualité libéral. Recevez tous les matins une analyse libérale de l’actualité que vous ne trouverez nulle part ailleurs.


22 réponses

  1. Ce « radicalisme écologique » n’est que le nouveau masque de l’idéologie marxiste qui se fout éperdument de l’écologie véritable qui est la science des interactions au sein du monde vivant. Cette idéologie transforme l’écologie en un outil dévoyé aux fins d’éradiquer la liberté d’agir et de penser de l’homme.

    1. @ poivre : l’écologisme puise aux racines intellectuelles du national-socialisme… nombre de pères fondateurs de l’écologie sont passés par le nazisme… Hitler était d’ailleurs un bon végétarien qui a pris les premières mesures anti-chasse… ils voulaient « purifier la race » aujourd’hui ils veulent « purifier la planète »… mais, vous avez raison, cela nous rappelle les correspondances panthéistes, malthusiennes et matérialistes profondes qu’il existe entre marxisme et nazisme. On assiste actuellement à une forme de synthèse inquiétante…

  2. Une mention spéciale pour les « soulèvements de la terre » : à les voir, il est clair que de la terre, ils n’en n’ont jamais soulevé beaucoup dans leur vie ! Il faut dire, travailler de ses mains (sans caméras !), c’est un truc à se faire une entorse au règlement… Accident du travail !

  3. L’ecologie radicale utilise l’écologie comme substitut de la dictature du prolétariat contre le capitalisme qui n’a jamais réussi à part à appauvrir le plus grand nombre.

    Tout les anti- capitalistes utilisent des smartphones, des ordinateurs fabriqués par des multinationales capitalistes. Utilisent les réseaux sociaux e sociétés capitalistes pour organiser des manifs anticapitalistes. Quand vous leur mettez leurs contradictions sous le nez, ils vous sortent une tonnes d’excuses foireuses pour éluder leurs incohérences.

    C’est déjà à 20 ans qu’ils n’ont plus de tête.

  4. Et cela fait 60 ans que ça dure . Je suis absolument désolée de le dire mais au point d’imprégnation où nous en sommes, j’ai peur que nous ne nous dirigions vers une expérience communiste voulue et assumée par nos élites. Si elle advenait ce serait d’abord notre tombeau, puis notre renaissance possible, le malade France enfin guéri et surtout enfin immunisé.

    1. L’expérience communiste est déjà en train de voir le jour en France , les libertés dans leur totalité sont de plus en plus attaqué par cette gauche (ne pas oublier que le petit con est de gauche a l’origine) qui ne vois que par le collectivisme a tout les échelons de la société et ce n’est pas cette ersatz de la droite actuel qui pourra la combattre tant ces membres sont plus occuper a assurer leur propre petites affaires personnel que l’intérêt général des habitants habitantes de ce pays.

      1. La France est toujours une démocratie libérale certes ou le poids de l etat est très important cela n en fait pas une démocratie populaire!!!!!!

  5. Le très médiatique François Gémenne, qui oublie d’enfiler un pantalon quand il est devant sa webcam, enseigne à HEC. La gauche recule partout dans les urnes mais pas chez les élites !

  6. A mettre en parallèle avec la thèse de Peter Turchin sur la surproduction des élites , la plupart frustrées de ne pas avoir la situation matériel qu’elles pouvaient espérer.

  7. Si vous voulez savoir d’où vient ce massacre, lisez cet article du JDD sorti en 2019 : https://www.lejdd.fr/Societe/exclusif-formons-tous-les-etudiants-aux-enjeux-climatiques-lappel-de-80-dirigeants-detablissements-3919612
    Outre les signatures de chefs d’établissements, on y trouve les signatures des habituels nuisibles : Jouzel, Jancovici, Grandjean dirceteur de le fondation Nicolas Hulot…
    Le lendemain, une loi était préparée par Batho, Villani et Orphelin pour généraliser l’enseignement des enjeux climatiques : https://www.lejdd.fr/Politique/batho-villani-et-orphelin-preparent-une-loi-pour-generaliser-lenseignement-des-enjeux-climatiques-3919704
    Tous ces gens méritent la cours de justice pour haute trahison.

    1. Trahison de qui ou quoi?

      ça me navre mais.. parce que les gens acceptent..

      e ce qui me navre aussi est que former aux enjeux climatique ne veut rien de précis.. et l’ ambiguïté est un mauvais indice..

    2. On lit: « L’énergie est partout et nous n’avons qu’une planète, aussi la sortie des énergies fossiles à tous les étages de notre société concerne et doit impliquer chacun – pour construire une économie bas carbone, sobre, circulaire et résiliente. »

      L’énergie est effectivement partout puisque E = mc2 ce que nul ne conteste à ma connaissance. Donc tous ces gens recommandent de développer le nucléaire civil qui permet dans une large mesure de sortir des énergies fossiles et donc de construire l’économie bas carbone. Mais hélas sobre, circulaire et résilient arrivent, qui ne veulent rien dire…

  8. En contact avec HEC, je note leur manie de copier les universités américaines. Comme de nombreux camarades, je ne les contacte plus, ne les aides plus et attends que la vague gauchiste recule. D’ici là, que ces faux-culs aillent au diable.

  9. Des élites? Lorsqu’on en est au point de ne pas être foutu de comprendre que ce sont les entreprises qui créent les richesses, et donc payent les salaires de ces crétins, nous n’avons pas une élite mais une bande d’abrutis débiles!

  10. l’euro-soviétisme nous conduira à la ruine et à la dictature… je constate la même dérive dans les grandes entreprises qui deviennent de véritables sectes collectivistes dignes de la révolution culturelle de Mao… à fuir ! … On attend que les grands médias libéraux prennent le combat culturel en charge.

    1. Vous avez parfaitement raison. Il n’est point besoin de citer les noms des entreprises car toutes ont eu l’obligation de développer des services « RSE » dans lesquels nombre d’entre elles ont embauché des activistes écologistes. Selon un de mes collègues, la direction « RSE » de sa boîte se comporte comme une ONG environnementale interne. De plus, certains de mes confrères ont eu l’obligation d’assister à des « fresques du climat », soit une messe écologiste, leur boutique rétribuant pour cela les écolos de Jancovici.
      D’autres encore ont signé le « net zéro » promu par les imposteurs du « Science Based Target Initiative » qui n’ont rien à voir avec quelque science que ce soit.
      Je peux continuer à l’envi, sans nécessairement citer toutes les entreprises cotées qui sont soumises aux conneries de RSE, RSDE etc.
      C’est dire si l’écologisme a gangrené les entreprises. Il faut faire cesser ce scandale.

  11. L’ennui avec les écoles de commerce c’ est qu’on y enseigne des certitudes, rien sur l’humilité et maintenant l’écologie élevée au rang de religion.

  12. Tous ces jeunes gens auxquels on bourre le crâne risquent de se retrouver un matin sans avenir clair lorsque les syndicats politiques auront fini de tuer l’industrie, du moins le peu qu’il en reste. Cela dit, nous avons un olibrius qui prône la semaine de 15 heures qui permettrait si elle voyait le jour d’avoir tout le temps nécessaire pour aller pointer à Pôle Emploi ou la même structure qui aura changé de nom une fois de plus.
    Tous ces bobos bien gauchistes sont des fossoyeurs qui creusent peut être le trou dans lequel ils pourraient tomber.

  13. « S’il s’agissait de transmettre des connaissances, de chercher des solutions dans le progrès et l’innovation, cette part pourrait s’entendre, » : des propos techno-solutionnistes qui montrent combien leur auteur n’a rien compris à l’écologie. Je vais bien sûr me faire insulter pour avoir dit ça… Bonne journée quand même.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *


Soutenez Contrepoints – Le média libéral de l’IREF

L’IREF (Institut de Recherches Économiques et Fiscales) est une association indépendante, sans but lucratif, financée uniquement par des dons privés.

Faites un don et soutenez un journal 100 % libre, libéral et sans subvention publique.