Un classement portant sur la sécurité juridique des systèmes fiscaux européens place la France en queue de peloton. Combinant des indicateurs relatifs aux contentieux, aux pratiques administratives, à la qualité des institutions et aux caractéristiques fiscales liées à la compétitivité, il consacre le système estonien.
Les débats portant sur la fiscalité tournent essentiellement autour du montant des prélèvements obligatoires, des taux appliqués, des assiettes fiscales, des dépenses et des recettes. Ces points sont importants bien sûr, mais ils ne reflètent pas pleinement la réalité vécue par les contribuables. En effet, l’interprétation et l’application des règles jouent un rôle déterminant dans la structuration des incitations et des comportements économiques. Tel est le point de vue de Diego Sánchez de la Cruz, directeur de la recherche à l’Instituto Juan de Mariana, un think tank libéral espagnol.
La sécurité juridique est bonne pour l’économie
Dans l’étude qu’il a réalisée pour Epicenter, Sánchez de la Cruz insiste sur le fait qu’il n’y pas que les taux d’imposition qui influencent le comportement économique. La manière dont ils sont appliqués et celle qui est employée pour recouvrer les recettes jouent un rôle tout aussi déterminant. « Investisseurs, entrepreneurs et travailleurs prennent des décisions en fonction de leurs rendements nets d’impôt attendus, lesquels dépendent de la prévisibilité du système fiscal. La sécurité juridique réduit la prime de risque associée à l’activité économique productive. Lorsque les règles fiscales sont stables et appliquées de manière cohérente, les agents économiques peuvent planifier à plus long terme, allouer leurs capitaux plus efficacement et prendre des risques productifs. À l’inverse, l’incertitude quant à l’interprétation et à l’application des lois fiscales, ainsi que les modifications rétroactives, augmentent la pression fiscale marginale perçue et freinent l’activité économique. En termes économiques, ces effets se traduisent par des taux d’imposition plus élevés. »
A la limite, il vaut parfois mieux une fiscalité un peu plus élevée mais caractérisée par une forte sécurité juridique, qu’une fiscalité un peu plus faible mais imprévisible. Lorsque les contribuables comprennent clairement le fonctionnement des règles fiscales et l’évaluation des obligations de conformité en sachant qu’ils peuvent s’y fier, le risque de litiges diminue naturellement. En revanche, lorsque la législation et son application opèrent dans des zones grises, qui permettent des interprétations discrétionnaires ou arbitraires visant à maximiser les recettes à court terme, la fiscalité crée un double frein : elle réduit les recettes nettes tout en accroissant l’incertitude quant à l’application à long terme des règles.
Bref, « la sécurité juridique doit être considérée comme un élément fondamental d’une fiscalité efficace. »
La France cumule insécurité juridique et pression fiscale élevée
Nous savons que la France est malheureusement très mal classée en matière de pression fiscale. Dans l’indice de compétitivité fiscale que publie la Tax Foundation, elle occupe la dernière place. Elle apparaît au dernier rang pour l’impôt sur les sociétés (38ème/38), et dans les profondeurs du classement pour l’imposition des revenus (31ème/38), les taxes à la consommation (31ème/38) et les impôts fonciers (34ème/38).
Dans le classement d’Epicenter, qui ne porte que sur 16 pays de l’Union européenne, la France se retrouve à la 13ème place. Cela signifie qu’elle est mauvaise en matière de clarté et de stabilité des règles fiscales, de coopération entre les autorités fiscales et les contribuables, d’efficacité des mécanismes de règlement des différends, et dans les protections juridiques offertes aux contribuables lors des contrôles.
Sécurité juridique des systèmes fiscaux dans 16 pays de l’UE

Sources : Epicenter
Le vote du dernier budget illustre bien l’instabilité fiscale avec, par exemple, le maintien en 2026 de la surtaxe sur les bénéfices des grandes entreprises, introduite dans le budget 2025 comme une contribution « exceptionnelle ». Nous savons aussi que les sommes réclamées à l’issue des contrôles fiscaux sont systématiquement supérieures à celles qui sont effectivement encaissées. Preuve sans doute que l’administration interprète la législation complexe à son avantage, réclamant aux contribuables mis en cause des sommes qu’ils n’ont en réalité pas à payer.
L’Estonie, en revanche, arrive première dans les deux indices. Avec un score de 9,2 dans le classement d’Epicenter, elle caracole loin devant la France (5,8) et témoigne d’un système fiscal simple, transparent et prévisible, gage de compétitivité et de respect des obligations. Son taux fixe (20%) d’imposition sur les sociétés, son impôt forfaitaire (flat tax) sur le revenu des particuliers (20%) et son impôt foncier ne s’appliquant que sur la valeur du terrain (et non sur celle du bien immobilier), expliquent aussi qu’elle domine l’indice de compétitivité fiscale de la Tax Foundation.
Pour un impôt simple
Le classement d’Epicenter montre que la France ne doit pas seulement réduire la pression fiscale, mais aussi améliorer la sécurité juridique de son système.
Négliger ce dernier point risque de conduire à sous-estimer l’impact économique réel de la fiscalité. En effet, comme le précise Sánchez de la Cruz, « la sécurité juridique influence les investissements des entreprises, l’allocation des capitaux et le maintien ou la délocalisation de l’activité économique au sein d’une juridiction. Par conséquent, la réduction de l’incertitude et l’amélioration des incitations peuvent favoriser l’investissement, améliorer le respect des obligations fiscales et renforcer la confiance dans les institutions publiques. »
S’aligner sur les pays les plus performants en la matière, ce serait adopter des règles clairement définies et proportionnées, des procédures de conformité simples et des pratiques de contrôle qui reconnaissent la bonne foi. En cas de litige, les procédures administratives devraient faciliter des résolutions rapides et raisonnables, tandis que les contrôles juridictionnels devraient garantir le respect des droits de la défense et la proportionnalité. Les sanctions en cas de non-conformité devraient être prévisibles et proportionnées à l’infraction.
« Ensemble, ces éléments constituent les fondements institutionnels d’un système fiscal qui soutient la croissance, le respect des obligations et la pérennité des recettes à long terme », écrit Sánchez de la Cruz. C’est pourquoi l’IREF-Contrepoints défend depuis toujours un impôt simple, neutre, le même pour tous les revenus (flat tax), sans niches fiscales, mais aussi la suppression des aides aux entreprises et des impôts de production.
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Vertigo :
Comment une nation développée économiquement , socialement depuis plus de soixante ans, qui prône trois valeurs prismes comme fondements dont la liberté, peut apparaître en 2026 parmi les plus mauvaises de l’Europe….du sud en termes de qualité et de fiabilité de son système fiscal d’état , nettement derrière les anciens pays du bloc communiste situés à l’est ?
D’un côté l’ambition, l’autosatisfaction, l’altération des facultés mentales, l’autoritarisme d’une autocratie plus nombreuse et résolue chaque année ,
De l’autre la défaite de toute forme de libéralisme sauf quelques oligarques pour donner le change, la dénaturation des choses de la vie, la déchristianisation prônée, la déshydratation du tissu économique privé, la déshumanisation des personnes, ….jusqu’au délétère
Quels sont les traits de caractère du peuple français qui ont nous ont conduit depuis quarante ans dans cette basse fosse malodorante ?
Identifions les avec lucidité pour en informer les autres nations européennes afin qu’elles puissent , si elles le veulent, choisir un autre chemin, celui de la démocratie, même imparfaite..
En 2025, les débats budgétaires à l assemblée nationale ont été un concours l’épine de taxes et d impôts nouveaux, nous sommes fort loin de la flat taxe!!!
Le gaulois reve toujours du quoi qu il en coûte au quoi qu il arrive…..🤣🤣🤣🤣🤣
« Son taux fixe (20%) d’imposition sur les sociétés, son impôt forfaitaire (flat tax) sur le revenu des particuliers (20%) et son impôt foncier ne s’appliquant que sur la valeur du terrain (et non sur celle du bien immobilier)… »
On croit rêver !
Les cinq pays modèles en tête du classement sont d’anciens territoires politiques de l’URSS. Les cinq derniers pays ont construit ou intégré l’union européenne jusqu’en 86. Comme si la vieille Europe politique s’étiolait aussi dans le domaine fiscal.
Les anciens territoires politiques de l’URSS ont déjà donné dans le collectivisme forcené.
Ils n’en veulent plus.
Comment expliquer que l’Allemagne ne figure pas dans le tableau de sécurité juridique ci-dessus ?
Comme je l’ai dit les auteurs de l’étude se sont limités à 16 pays. Il faudrait leur demander pourquoi ils n’ont pas choisi l’Allemagne.
Un exemple de l’incertitude, voire injustice du fisc : quand un conjoint décède, le survivant en général choisit de conserver l’usufruit des biens ou de la part des biens du conjoint décédé. Cet usufruit s’éteint lors du décés du conjoint survivant et les biens qui sont concernés reviennent sans impôts aux héritiers puisqu’ils ont déjà été taxés lors de la première sucession. Le fisc maintenant, rajoute insidieusement (et illégalement) les montants en liquidités sujets à usufruit dans les biens propres du deuxième décédé, pour les taxer une deuxième fois sur la succession. Il table sur l’ignorance des héritiers et leur désir de « ne pas avoir d’ennui avec le fisc » pour gratter un peu plus sur le dos du contribuable. Selon mon notaire, c’est quelque chose qui a commencé dans le Sud Ouest mais qui s’étend à la France entière et il ne faut pas accepter parce que le fisc de toute façon, n’ira pas jusqu’au procès. Ce procédé d’escroc ne gêne pas le fisc, en plus il prône la lutte vertueuse contre la fraude fiscale. Cela ne concerne que les successions de plus de 100 000 €, bien sûr, cela n’arrive pas souvent et pas à tout le monde, donc le fisc peut tabler sur le fait qu’il n’y aura pas de protestations massives.
Toujours soumis aux fantaisies socialistes de la gauche il n’a jamais été stable et ne cesse de changer d’année en année pour s’alourdir sans fin. En fait nous travaillons pour l’état !
comment est calculée la moyenne européenne (« average » en français)?