Dans une interview pour le média Crux, journal en ligne catholique, le pape Léon XIV s’est inquiété des inégalités de revenus et de la perspective de voir Elon Musk devenir le premier trillionnaire de l’histoire. « Si c’est la seule chose qui a de la valeur désormais, nous sommes en grande difficulté », a-t-il affirmé, visiblement surpris que certains PDG gagnent « 600 fois plus que le salaire moyen des travailleurs », alors que l’écart n’était « que de quatre à six fois » il y a soixante ans.
Le pape Léon XIV se méprend sur l’économie de marché : la fortune d’Elon Musk – comme celle d’autres entrepreneurs – n’est pas de l’argent stocké sur un compte en banque. Elle correspond à la valeur boursière de ses entreprises, déterminée par des millions d’investisseurs qui anticipent leur succès futur. Musk ne « prend » donc rien à personne : il crée de la richesse à travers Tesla, SpaceX ou encore Starlink ; des entreprises qui produisent des biens et des services que des millions de consommateurs sont prêts à acheter. Si ce n’était plus le cas demain, sa fortune s’effondrerait.
Il est aussi important de rappeler que la rémunération astronomique de l’entrepreneur – plus de 1 000 milliards sur dix ans – ne sera versée que si Tesla atteint les objectifs, extrêmement élevés, de croissance fixés par ses actionnaires. C’est une récompense conditionnée à la création de valeur. Comparer cette rémunération aux salaires des ouvriers ou des employés n’a pas de sens, pour la simple et bonne raison qu’ils ne répondent pas à la même logique.
Quant aux inégalités, il est vrai qu’elles ont tendance à s’accroître à échelle mondiale. Mais ce que le Pape ne dit pas, c’est que ces inégalités ne sont pas forcément un problème en soi : l’important n’est pas l’écart des richesses de manière absolue, mais le niveau d’enrichissement général. Or, la mondialisation a permis de sortir des centaines de millions de personnes de la pauvreté. Le véritable drame ne se trouve pas dans le portefeuille boursier d’Elon Musk, mais dans les pays où l’absence de liberté économique condamne encore les populations à la misère.
Au fond, le pape Léon XIV confond concentration de richesses et confiscation de richesses. La première peut être un moteur d’innovation ; la seconde est le propre des régimes où l’État contrôle l’économie. Les papes ont leur mot à dire sur la morale, mais quand ils s’aventurent sur le terrain économique, ils gagneraient à se rappeler que c’est l’économie de marché qui est le système le plus efficace pour améliorer le sort du plus grand nombre.
Illustration de couverture ©Edgar Beltrán via commons.wikimedia
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5 réponses
un pape rouge donc ses propos n’étonnent personne.
Ce Pape, comme d’autres papes avant lui, regrette le temps où l’Église était l’entreprise la plus riche du monde, concurremment aves les rois et les empereurs.
Peut-être, mais aucune organisation mondiale ne s’occupe depuis des siècles des plus pauvres à travers l’éducation ou la santé pour ne parler que de ces deux axes. Allez donc faire un tour dans les pays africains et ailleurs pour vous rendre compte de l’impact de l’Eglise sur les populations ! Si l’Eglise se retirait les économies de certains pays s’effondreraient.
L’église doit se cantonner au terrain de la morale et ne pas s’aventurer sur le terrain de l’économie. L’église doit exhorter les patrons, employeurs, investisseurs et entrepreneurs à agir constamment dans un esprit de « charité évangélique ». C’est à dire de traiter avec équité et dignité leurs travailleurs. Et réciproquement, les salariés et syndicats à respecter eux-mêmes la « charité évangélique » dans la juste exécution de leur contrat de travail. La « charité évangélique » n’est pas l’aumône ni le sentimentalisme, mais un état d’âme qui conjugue la justice et la bonté (ou comme dirait F. Bastiat la justice et la fraternité). La justice dans la stricte exécution du libre-contrat par leurs deux parties, et la bonté dans le fait de l’exécuter sans acrimonie. Mais il est contraire à la « charité évangélique » qu’une bonté déréglée vienne anéantir l’exacte justice.
Leur enrichissement n’est que le fruit de nos choix de consommateurs : ils sont nos élus !
Quand cette « démocratie » se substitue entièrement à celle des urnes, par médias rachetés, et choix des politiciens au service du capitalisme de connivence, c’est alors cette confiscation de la démocratie que doit être contestée !