Face à la pénurie de médecins, l’État persiste à empiler les aides plutôt qu’à s’attaquer aux causes profondes de la désertification. Malgré quinze dispositifs, des millions dépensés et une cartographie illisible de territoires « prioritaires », ces subventions peinent à produire autre chose qu’une médecine artificiellement soutenue. Tandis que la démographie médicale amorce naturellement sa remontée depuis la suppression du numerus clausus, l’État continue de croire qu’un maquis bureaucratique peut suppléer l’efficacité du marché, au risque d’alimenter les effets d’aubaine et les incohérences territoriales.
Depuis la suppression du numerus clausus en 2019, et comme l’IREF avait déjà eu le loisir de le faire remarquer, la démographie médicale repart à la hausse et devrait retrouver en 2035 le même niveau de couverture qu’en 2019, le nombre de médecins filant vers la barre des 300 000 à horizon 2050.
Cependant, pour de multiples raisons – nombre d’années nécessaires à la formation d’un médecin, vieillissement accéléré de la population et donc besoins accrus de soins, entre autres – cette décision salutaire mettra énormément de temps à combler les déficits accumulés et ne réglera pas immédiatement le problème de la désertification médicale.
C’est la lancinante question de l’accès aux soins dans les territoires qui a poussé l’État à créer un système de subventions à l’installation des médecins dans les zones considérées comme abandonnées et que la Cour des comptes, dans un rapport publié en novembre, a cherché à recenser. Les collectivités locales ont aussi pris des mesures incontrôlées : aucune base de données ne les a enregistrées de manière exhaustive, aucune synthèse ne rend compte de leur efficacité. Résultat : pas moins de quinze dispositifs différents mis en œuvre par l’État et la CNAM (Caisse nationale d’assurance maladie) pour inciter les médecins à investir ces « déserts médicaux ».
De ZIP en ZAC, de ZRR en QPV et de ZFU en BER…
Huit de ces dispositifs sont destinés aux « zones d’intervention prioritaires » ou ZIP (très faible présence médicale) et aux « zones d’actions complémentaires ou ZAC (présence insuffisante). Les sept autres regroupent des territoires considérés comme défavorisés pour des raisons différentes : leur éloignement des « zones de revitalisation rurale », ou  ZRR ; leur dangerosité et leur réputation de banlieue chaude, qui leur vaut le statut, soit de « quartiers prioritaires de la ville » ou QPV, soit de « zones franches urbaines ou ZFU ; leur situation de « bassins d’emplois à revitaliser » ou BER.
En 2025, quelque 21 000 aides ont été versées à 17 000 personnes dont 2 000 étudiants en médecine et 15 000 médecins pour un coût total de 205 M€. Celles de l’État et de la CNAM pour la première catégorie de zones, le sont dans le cadre de contrats ; ainsi le contrat d’aide à l’installation des médecins (Caim) : 50 000 € sur deux ans contre l’engagement de rester cinq ans dans un territoire en sous-densité.
En y ajoutant les exonérations fiscales, le montant des aides alloués aux seuls médecins en exercice dans les zones dites « sanitaires » (ZIP et ZAC) atteignait 97 M€ en 2023, contre 83 M€ (des adoucissements fiscaux en grande majorité) pour les autres.
Une médecine subventionnée ne remplacera pas l’efficacité du marché
Concrètement, on a là un salmigondis de ristournes et de cadeaux fiscaux qui se chevauchent, créant des effets d’aubaine et menant à la création d’une véritable médecine subventionnée. Ainsi, l’aide fiscale par médecin oscille entre 3 487 € par an dans les zones en sous-densité à plus de 20 000 € dans une ZRR ou 11 329 € dans une ZFU.
La situation se complique encore quand une commune est classée dans plusieurs zones. Le zonage sanitaire (ZIP et ZAC) couvre les trois quarts du territoire et 30 000 communes, dont 17 668 également classées en ZRR. La Cour a eu la bienveillance de tenter d’éclairer cette situation obscure par l’exemple d’un médecin souhaitant s’installer dans la région de Bourges. Nous la citons : « S’il choisit de s’installer dans la commune d’Osmoy, classée à la fois en Zip et en ZRR, il pourra cumuler des aides de contrats Cnam et des avantages fiscaux pour un montant pouvant atteindre 184 000 € bruts sur huit ans, ou 168 000 € nets des impôts acquittés sur les aides de la Cnam. En revanche, s’il opte pour la commune adjacente de Saint-Germain-du-Puy, classée uniquement en zone d’intervention prioritaire, ses aides se limiteront aux contrats Cnam, c’est-à -dire à 80 000 € bruts sur huit ans, […]. Un autre choix, sur le plan financier, pourrait alors être la commune voisine de Soye-en-Septaine, également en ZRR, où il bénéficierait d’économies fiscales à hauteur de 104 000 € sur huit ans. »
Voici une illustration de « l’aide à la décision » que notre médecin devrait déchiffrer avant de prendre sa décision :

En définitive, nul dispositif technocratique, aussi sophistiqué (pour être indulgent !) soit-il, ne saurait pallier durablement les déséquilibres territoriaux de l’offre de soins. La voie la plus rationnelle consiste à former beaucoup plus de médecins et à laisser pleinement jouer les mécanismes du marché. Une fois l’offre redevenue abondante, les praticiens n’auront plus tendance à se concentrer dans des métropoles saturées et se tourneront, par nécessité économique, vers les territoires où la patientèle demeure disponible. C’est à ce prix – et non par la prolifération de zonages et de subventions aux effets incertains – que l’on restaurera un équilibre pérenne et équitable de l’accès aux soins.
Articles connexes:
Suppression du numerus clausus : quel impact sur la…
Réforme des études de santé : cinq ans après, un…
Les contrats État-collectivités : un cache misère…
Les zones d’exonérations fiscales et sociales…
Les aides publiques aux entreprises en France…
La politique de la ville ou l’échec patent de…
Les subventions agricoles outre-mer : une politique…
Les dépenses fiscales rongent les recettes de l’Etat…
7 réponses
Je suis d’accord sur le fond mais je doute qu’en tant que rédacteur de cet article vous soyez domicilié dans un désert médical. Pour y habiter je puis vous assurer que c’est absolument inacceptable, alors les solutions « transitoires » nous amène un peu de « confort ».
Ce n’est pas compliqué : Imposez aux médecins les mêmes règles qu’aux pharmacien
Je me demande en effet souvent pourquoi on ne fait pas ça…
C’est le problème d’une gestion étatisée par des technocrates irresponsables et peu compétents. Il faut laisser agir le marché, l’encadrer pour le réguler au besoin, et arrêter de distribuer des aides sans une mesure du retour sur investissement.
Bonjour,
La liberté, il n’y a que Ca de vrai et d’efficace.
Pour les médecins, finalement avec un seul employeur, la Secu, la Secu doit se retenir de tout réglementer à outrance.
La formation, longue et complexe, doit être l’axe majeure, et non les aides et pénalités.
Notons simplement que, dans le même temps, les fermetures administratives de petites maternités se sont multipliées et que le taux de mortalité infantile est redevenu un des plus élevés d’Europe.
Ce n’est plus de la médecine libérale que sur le papier à en-tête du ministère de la santé.
C’est de fait une médecine administrée , contrôlée comme dans une république socialiste.
Curieusement il ne semble pas y avoir pénurie de médecins dans les Alpes Maritimes. Idem à BALARUC LES BAINS ! Deux secteurs que je connais très bien pour y avoir des proches et m’y rendre de façon régulière !
Une « mini liste » qui devrait pouvoir être complétée par d’autres sites !