Il semble que l’ère des chefs d’entreprise pusillanimes et obnubilés par le capitalisme de connivence soit en passe de prendre fin. Les « sorties » des patrons, grands ou moins grands, se sont multipliées ces derniers mois. Et souvent dans le bon sens. Assisterions-nous à un aggiornamento ?
C’est une grande tradition hexagonale : la critique du patron, ce galeux, cet exploiteur, ce capitaliste « vampire » pour paraphraser Karl Marx. Pas une journée sans que l’on lise ou que l’on entende les lamentations habituelles sur les entrepreneurs, indécemment riches, inévitablement égoïstes, dénués de tout scrupule, de tout patriotisme.
Prenons quelques exemples. En juin 2022, Jean-Luc Mélenchon s’exclamait : « On a l’impression d’avoir affaire à de purs parasites ! ». Une antienne proche du célébrissime « Un patron, ça sert à rien ! » de l’inénarrable Philippe Poutou. Lequel avait allégué une décennie plus tôt : « Séquestrer son patron… un super moment ! » (RMC, 13 avril 2012). Quant à la cégétiste Sophie Binet, elle stigmatisait au début de l’année dernière « les grands patrons qui coulent le pays », qui se moquent de « l’intérêt général », des « rats qui quittent le navire », dont « le seul objectif est l’appât du gain » (RTL, 31 janvier 2025).
Les patrons ne tendent plus l’autre joue
Certes, il existe encore des entrepreneurs pour s’auto-flageller. A preuve le président de Doctolib qui se disait favorable à la « justice sociale » et en conséquence à la « taxe Zucman », en dépit de la stupidité avérée de cette proposition (France Inter, 28 octobre 2025). A preuve encore les déclarations hors sol de Michel-Edouard Leclerc, aussi bon chef d’entreprise que mauvais homme politique.
Toutefois, les temps semblent changer. D’abord, les grands patrons tendent à se défendre ouvertement aujourd’hui. Le plus emblématique d’entre eux, Bernard Arnault, a mené un combat acharné contre la « taxe Zucman », la qualifiant, entre autres, d’idéologie « qui vise la destruction de l’économie libérale, la seule qui fonctionne pour le bien de tous » (Le Figaro, 21 septembre 2025). Quand il a présenté les résultats de LVMH, le 27 janvier dernier, il a parlé d’une France « contre les entreprises » qui cherchait à « taxer au maximum » (Le Figaro, 6 février 2026). De son côté et tout récemment, le PDG de TotalEnergies, Patrick Pouyanné, qui n’a pas sa langue dans sa poche, témoignait d’une « forme de ras-le-bol » des patrons face à la fiscalité, le maintien de la surtaxe de l’impôt sur les grandes entreprises passant à l’évidence fort mal (Le Figaro, 14 février 2026).
Ensuite, plus frappant encore, les patrons contre-attaquent. Ainsi, à la suite des propos particulièrement déplacés de Sophie Binet, le mouvement patronal Ethic, présidé par la dynamique Sophie de Menthon, n’a pas hésité à porter plainte. La secrétaire nationale de la CGT a été mise en examen pour injure publique, ce qui l’a interloquée, elle qui n’aurait fait, dit-elle, que son travail de syndicaliste…
Enfin, les réactions patronales ne se font plus forcément de manière isolée. Ainsi, au début du mois de novembre dernier, 2.000 patrons ont dénoncé la « folie fiscale » des débats budgétaires sous l’intitulé : « Trop c’est trop ! Nous refusons de voir la France s’enliser », à l’origine de laquelle se trouvait Erwan Le Noan, que nos lecteurs connaissent bien (L’Express, 6 novembre 2025). Ils ont appelé à la maîtrise des dépenses publiques, à « mettre l’économie réelle au cœur des débats », tout en dénonçant une « spirale fiscale dangereuse » et même une « spoliation ». Des termes forts qui juraient avec les pudeurs patronales de jadis, pour ne pas dire de naguère.
L’exil avant la grève ?
Nicolas Lecaussin a rappelé que, en 2025, environ 800 multimillionnaires français s’étaient exilés. Il n’est guère besoin d’insister sur les causes qui poussent certains à quitter le pays : insécurité, antisémitisme croissant, spoliation, normativisme échevelé, système de retraite en ruine, services publics en capilotade, finances publiques obèses, etc. Ce qui est particulièrement grave depuis de longues années maintenant, c’est que ces départs ne concernent plus seulement les plus riches, mais aussi de jeunes ambitieux et des familles tout simplement aisées.
Est-il maintenant concevable que nos entrepreneurs fassent grève ? D’aucuns jugeront l’expression ridicule : comment diable des entrepreneurs pourraient-ils « faire grève » ? Mais nos lecteurs auront reconnu la référence subliminale au dernier roman d’Ayn Rand, Atlas Shrugged, paru en 1957 et traduit en français sous son titre initial, La Grève.
De quoi s’agit-il ? De ces entrepreneurs, de ces créateurs de richesses qui, lassés d’être déconsidérés et humiliés par les gouvernants et par les « hommes de la rue », lassés d’être traités de parasites alors que, tout au contraire, ce sont eux qui portent la société sur leurs épaules, refusant d’être une minute de plus pressurés, décident de faire grève. Pas de départ hors de France donc, mais un au revoir à la société qui les exploite.
Une société dans laquelle subsisteront Sophie Binet, Philippe Pouton, Jean-Luc Mélenchon et consorts, et qui va devoir constater que, en l’absence des héros des temps modernes et contemporains que sont les entrepreneurs, elle risque de s’effondrer en un temps record.
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8 réponses
Combien de temps encore va t-on laisser la Mélenche détruire notre Pays ? jusqu’aux Juges qui ont puni Fillion pour moins que ce que l’on voie aujourd’hui ce qui laisse présager un mauvais avenir pour ce pays France, avenir qui finira par des larmes et du sang. Ce jour là j’ose espérer que tous ces irresponsables seront recherché et punis comme il se doit pour avoir détruit la France qui devient invivable. D’autant que les programmes des dits candidats aux prochaines élections locales et nationales ne vont pas dans le sens d’un apaisement.
La nouvelle lutte des classes:
– Les « technico scientifiques » qui consacrent leur temps à créer de la richesse et font progresser l’humanité.
– Les « baratino-litteraires » qui consacrent leur temps à accaparer le pouvoir pour profiter des richesses créés par les précédents et propager leurs idéologies contre ceux qui les nourrissent.
Cela vous choque? Attendez encore quelques années et cela sera évident pour tout le monde!
C’est tout à fait cela.
Le patron a meilleure presse parce que M Tout Le Monde peut le devenir. Pour vérifier mon intuition, j’ai cherché combien ils étaient. J’ai donc tapé « auto entrepreneur ». Et… C’est l’Urssaf qui est apparu en tête dans la liste des réponses ! Alors j’ai tapé « nombre… » Ils sont fin 2024 près de 3 millions, soit une progression de 230 000 sur un an. Donc une autre forme de patronat : de plus en plus d’auto entrepreneurs, mais qui ne rapportent plus assez à l’état.
C’est déjà le cas : ma comptable a du mal désormais à se faire payer de 90% des entreprises qu’elle gère. D’autres chefs d’entreprise m’ont dit la même chose de leur centre de comptabilité… la TOTALITÉ des entrepreneurs ( TPE-PME ) que je connais ont fermé, partis en retraite ou licencié et réduit leur activité. Les taxes et charges ont encore augmenté de façon spectaculaire cette année. A mon compte moi-même le coût de mes prestations sont gelées depuis 2007, mais le cours de la vie lui augmente..N’oublions pas le scandale des marchés publics qui paye à 3 voire 4 mois, asphyxiant les petites entreprises qui n’ont plus de comptabilité… ce pays haït l’entreprise sans comprendre que c’est la poule qui produit les œufs. Quand la bêtise administrative, fiscale et la vision populaire que le français moyen a de l’entreprise auront tue le tissu économique, ils comprendront mais trop tard que toute la richesse est produite par les entrepreneurs. Ceux qui font 70 heures par semaine. Ceux qui hypothèquent leur maison.
Tous les déclins de civilisation commencent lentement, difficile de préciser exactement l’instant T du commencement. Puis ils accélèrent jusqu’à la rupture, dont le début est imprévisible mais sera parfaitement identifié par la suite. Cette rupture sera dramatique, rapide et douloureuse, qui verra s’affronter toutes sortes de groupes violents, politiques ou ethniques. Quand le barrage cèdera, ce sera le déferlement. Où en sommes nous sur cette échelle de temps ?
Tant que l’on nous permettra de creuser la dette…
Et le jour où on nous l’interdira, on arguera qu’on risque d’embraser l’Europe, car notre pays est divisé, pas homogène, et pas aussi docile que la Grèce à obéir aux restrictions.
Cette image du patron mauvais a aussi beaucoup débordé dans les séries et téléfilms français.