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samedi 18 avril 2026

Les leçons des municipales

Temps de lecture : 4 minutes

Chacun scrute les résultats des municipales pour y lire les stratégies qui réussiront à la présidentielle. Ce marc de café reste opaque, mais l’analyse permet néanmoins de tirer des enseignements. Il en ressort que, heureusement la qualité des candidats compte, la porosité du RN augmente, la gauche en sort perdante, la droite gagnante mais divisée. Les partis sauront ils en retenir les leçons ?

Pour gagner il faut des bons candidats. Comment y parvenir avec les années de prison de Carignon à Grenoble, les procès qui courent après Rachida Dati et ceux qui vont courir contre Estrosi ? Certes, les candidats faisant l’objet de procédures pénales n’ont pas tous été sanctionnés dans les urnes. Ceux que l’opinion ne juge pas coupables, comme Alliot à Perpignan jugé avec Marine Le Pen dans le procès des assistants parlementaires européens, n’en ont pas été gênés. Mais les urnes n’aiment pas les candidats douteux.

Cette élection rappelle encore, à Lyon, qu’un bon chef d’entreprise est rarement un bon politique et qu’un candidat trop âgé a ses limites. Les électeurs n’ont pas admis non plus l’ignorance et la médiocrité  de Mme Vassal qui à Marseille avait repris l’antienne du pétainisme pour rallier les foules.

La gangrène LFI

La gauche conserve un nombre significatif de villes de plus de 100 000 habitants, mais elle est déboussolée par ses accords LFI. Le Front républicain s’est renversé contre ces alliances de la honte avec LFI. Sur 26 fusions incluant LFI, la gauche unie n’a eu que 6 victoires.  Et à part celle de Johanna Rolland obtenue non sans mal contre le vaillant candidat de droite Chombart de Lauwe, ces victoires étaient mathématiquement quasi certaines ou ont été dues à la faiblesse de la droite plus qu’à l’enthousiasme de la gauche unie. Pourtant, LFI a progressé en visibilité et se tient en embuscade.

Au PS, les adversaires de l’union avec Mélenchon ont beau jeu de se retourner contre Olivier Faure en brandissant les victoires, sans LFI, d’Emmanuel Grégoire à Paris, de Benoît Payan à Marseille, de Nathalie Appéré à Rennes et Michaël Delafosse à Montpellier. Pourtant eux-mêmes n’ont pas été blanc-bleu alors que les amis de Boris Vallaud ont essayé de sauver leur peau en fusionnant avec LFI à Lyon et, sans succès, à Limoges et Clermont Ferrand tandis que les proches de Hollande faisaient de même, sans succès non plus : François Cuillandre à Brest et Bernard Combes à Tulle. Les fractures du PS sont profondes et complexes. De ce jeu d’alliances et de haines il sera difficile à Raphaël Glucksmann de tirer son épingle. Il continue de tenir son rang de gendre idéal dans les sondages, mais les municipales ne lui ont pas fait gagner d’épaisseur électorale. Les écologistes de Marine Tondelier font également profil bas après leurs défaites de Poitiers, Besançon, Bordeaux, Strasbourg et de la métropole de Lyon gagnée par LR contre Bruno Bernard.

Malaise dans le bloc central

Le centre ne sort pas grandi de ce scrutin. A force de favoriser la gauche à chaque élection présidentielle, Bayrou s’est fait battre par elle dans son fief de Pau. Juste rétribution de l’arroseur arrosé. Les crypto-macronistes d’Attal se targuent, non sans raison, d’avoir dégagé deux villes significatives, Bordeaux et Annecy, de l’emprise vert/rouge, ce qui sauve leur score modeste de seulement 200 mairies sous bannière Renaissance. Le parti Horizons met en avant la victoire de son patron, Edouard Philippe, au Havre et le renouvellement de ses maires Christophe Béchu à Angers, Arnaud Robinet à Reims… Pourtant désormais quelque 465 maires se revendiqueraient d’Horizons, soit 150 de moins qu’avant le scrutin.

LR se prévaut du « plus grand nombre d’élus ». Son ancrage territorial se renforce en regagnant des communes contre la gauche à Brest, Clermont-Ferrand et Besançon,  Limoges, Cherbourg (Manche), Tulle…  Acceptons les augures de Bruno Retailleau qui a appelé avec force le soir du second tour des élections municipales à « une rupture profonde ». Mais il reste très divisé en interne et livré à des querelles d’égos innommables.

Le RN étend sa toile

Le RN n’a pas gagné de grandes villes sinon Nice par Ciotti interposé, mais il a gardé Perpignan haut la main et conquis nombre de villes moyennes et petites. Aujourd’hui il peut revendiquer la mairie de 61 villes (70 avec l’UDR) dont 24 gagnées dès le 1er tour. Et il se propage dans les bourgs et campagnes.

Même si aucun front républicain ne lui a été opposé au niveau national, il y a encore eu un plafond de verre mental qui a empêché sa victoire à Nîmes, à Marseille, à Toulon. Néanmoins la limite avec la droite LR tend à s’estomper chez les électeurs.

La porosité des droites 

Partout où la droite a gagné, c’est à la fois par une forte mobilisation en sa faveur, souvent contre LFI, et aussi par des reports de voix inattendus.

A Marseille, entre les deux tours Mme Vassal a perdu 7 points et cinq d’entre eux se sont reportés sur le RN Alisio. A Avignon, le candidat de droite qui partait perdant contre l’union gauche/LFI a mobilisé et il a repris aussi 10% des voix du RN qui ont sans doute préféré voter utile. Comme à Clermont-Ferrand où la victoire de LR n’aurait pas été possible sans un transfert significatif sur le candidat LR des voix du RN passées de 4474 (11,29%) au 1er tour à 1537 (3,64%) au second tour où s’était maintenu son candidat. Même chose à Limoges. A Tulle, la droite l’a emporté grâce à un mauvais report à gauche par rejet de LFI et un report significatif du RN qui s’était maintenu mais qui a perdu la moitié de ses voix entre les deux tours.

La droite a préféré perdre la mairie au profit de la gauche plutôt que de se retirer au profit du RN à Saint-Etienne, Nîmes ou à Marseille. Mais une partie de la droite a voté au second tour pour faire élire le RN à Carcassonne ou Montauban par exemple. Jean-Marc Pujol, ancien maire Les Républicains de Perpignan entre 2009 et 2020, a soutenu Louis Alliot qui l’avait battu en 2020.

Une union libérale ?

David Lisnard décline hardiment son programme politique entièrement libéral. Il est le maire le mieux élu de France pour les villes de plus de 30 000 habitants après avoir recueilli au premier tour 81 % des voix à Cannes, malgré un adversaire RN.

Sarah Knafo à Paris et Eric Ciotti à Nice ont eu l’un et l’autre une posture très marquée sur l’immigration, mais ils ont aussi exprimé un libéralisme économique et conceptuel décomplexé qui ne semble pas avoir gêné leurs électeurs.

Il faut cesser de craindre le terrorisme intellectuel de la gauche qui « fascise » indument ses adversaires. Plutôt que de se quereller sur des accords partisans, il faut rassembler sur un projet, une vision, un programme. Ni avec la gauche collectiviste, ni avec la droite étatiste, les idées libérales, qui transcendent les oppositions, peuvent réunir de nouvelles majorités. Nous ne gagnerons pas la prochaine présidentielle autrement.

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9 réponses

  1. Toutes ces belles analyses sont intéressantes mais…
    N’oubliez pas les medias de propagande qui commencent à essayer de nous fourguer Philippe!
    Quand ils sont aux ordres, le bon sens disparaît et toutes les analyses et réflexions sensée sont masquées par des débats secondaires. Souvenez vous Fillon, son programma, le meilleur, fut réduit à ses costumes…

  2. La vraie leçon est celle de constater que plus de 60 % des candidats sur les listes sont issus du monde public et si on y ajoute le parapublic et autres associations financées exclusivement par l’argent public on arrive à dépasser largement les 90%.
    Le monde de la plus grosse entreprise de France le public qui n’est qu’un monde de charges à vie. Comment voulez-vous que cela puisse fonctionner ? La France n’est plus qu’un pays communiste. Et comme j’aime à le dire un pays fainéant, assisté, de loisirs et de voleurs pour financer tout cela.

  3. « Libéralisme décomplexé ». Pas trop compris. S. Knafo n’est préoccupée que par une dette excessive. Simple bon sens non ? Et qui a le courage de faire fi de l’impopularité de son projet. Elle attend patiemment que le peuple soit prêt.
    Vous n’abordez pas la population de villes importantes, où je pense qu’il existe un vote communautaire plus en faveur de LFI que de la droite.
    A gauche, il faut reconnaître dans l’ensemble une meilleure aisance verbale. De jeunes harpies aux couleurs rouge et verte s’expriment avec naturel et n’écoutent pas la controverse. Elles vendraient des sneakers à un cul de jatte.
    A droite, les candidats paraissent toujours s’excuser du parti qu’ils représentent.
    La forme, il faut soigner la forme.

  4. Bonjour Monsieur Delsol,

    J ai lu avec attention votre article traitant du résultats des municipales. J ai bien noté votre position partisane que je respecte pleinement . Cependant j’ ai le sentiment que votre positionnement vous oblige à produire une lecture partielle de ces résultats.
    En effet je ne comprends pas comment on peut traiter ce sujet sans aborder l abstention.
    Phénomène qui a mon sens relativise grandement les tendances que vous proposez.
    J ai mis en place un outil excel très simple qui consiste à mesurer le pourcentage de voix obtenus par les élus de toutes tendances en comparaison du nombre d inscrits auquel s ajoute une part d habitants non ou mal inscrits. Car selon moi la représentation réelle ne peut se mesurer que selon cette méthode et ce quel que soit les motivations des abstentionnistes. Mes sources sont celles du ministère de l intérieur pour la partie résultats et une étude de l INSEE officielle portant sur l estimation des non inscrits. Sachez que j ai divisé arbitrairement par deux leur estimation des non inscrits afin de ne pas être taxé de gauchiste primaire.
    Cette grille de lecture m a permis de constater que la tendance générale fait apparaître que :
    2 personnes sur 10 expriment un vote d adhésion au premier tour
    Qu une troisième s ajoute au second en votant par défaut pour un candidat lui permettant d être élu.
    Ceci induit que 2 sur 10 reste dans l opposition.
    Vous n aurez pas manqué de constater qu il manque 5 personnes sur 10.
    Eh oui ceux la même qui votent blanc ,nul , s abstiennent ou ne sont pas inscrits. En somme l opposition réelle d un maire élu est en moyenne à hauteur de 7 personnes sur 10 dont 1 a voté pour lui par défaut.
    Vous me permettrez donc je l espère de vous faire remarquer la faiblesse majeure de notre système de représentation. Fragilisée qu elle est par une non adhésion grandissante , y compris pour un scrutin local dont jusqu’à aujourd’hui nous pensions tous qu il en était protégé.
    Je tiens a votre disposition mon outil statistiques si vous souhaitez remettre en question ma présentation.

    Je vous souhaite une bonne journée.
    Landret Tony

  5. Une petite observation sur l’emploi moderne du mot « porosité ».
    Il existe, en français, deux mots pour désigner l’état d’un solide qui comporte des vides : « porosité » et « perméabilité ». Si le Larousse en fait des synonymes, ce qui démontre sa faible connaissance des propriétés du solide, le second indique la faculté, pour un liquide, de se mouvoir à l’intérieur du solide observé, tandis que le premier désigne la présence et l’importance du nombre de vides appelés « pores ».
    Selon que ces pores sont ouverts ou fermés, et selon leurs dimensions, la perméabilité est plus ou moins grande.
    D’où il résulte que très généralement, c’est bien le mot « perméabilité » qu’il faudrait utiliser à la place de « porosité ». En effet, si les pores sont fermés, la perméabilité d’un corps poreux, c’est à dire la faculté, pour un liquide, de se mouvoir à l’intérieur du solide considéré, peut très bien être nulle, ce qui démontre l’inadéquation de l’emploi du mot « porosité ».

  6.  » les idées libérales, qui transcendent les oppositions, peuvent réunir de nouvelles majorités  »
    Certes, mais à lire les articles de Contrepoints et les commentaires de ces articles on peut se rendre compte que le libéralisme des uns n’est pas le libéralisme des autres.

  7. Bonne analyse. Merci
    Pour la présidentielle ça sera différent, sachant qu’il ne reste qu’une seule place pour le deuxième tour pour le centre, la droite et la gauche. La sélection va se faire sur les sondages, pas sur les programmes. Quand on voit dans les sondages actuels que c’est Edouard Philippe qui est en tête pour le centre et droite, on peut craindre que la France ne se réformera pas grâce aux urnes. Il faut attendre l’oukase des marchés.

  8. Pour le RN ce sont les alliances contre nature des uns et des autres qui empêchent que…. La peur de…. Les menaces de….
    On sait tous que ces élections ne sont pas claires !

  9. Il est à craindre que lors des prochaines présidentielles les électeurs ne voteront pas en faveur d’un candidat dont le programme n’aura d’autres objectifs que de redresser le pays alors que la quasi totalité des indicateurs sont dans le rouge. Quel candidat aura ce courage ?

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