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jeudi 15 janvier 2026

Les petites taxes qui coûtent plus qu’elles ne rapportent

Temps de lecture : 4 minutes

En avril 2025, la Cour des comptes a publié un rapport sur les taxes à faible rendement. Certaines, au nombre de 117, collectées pour la plupart par les services de l’Etat, n’avaient pas de rendement connu ou estimé en 2024. L’Etat autorise donc le recouvrement de taxes sans rien savoir de ce qu’elles rapportent !

Certes, une partie de ces taxes est collectée au profit d’organismes divers pour contribuer à leurs ressources, un moyen parfois de contourner la norme budgétaire. Raison de plus pour s’en inquiéter. Car, fait remarquer la Cour des comptes, « Les taxes à faible rendement accroissent la complexité de l’environnement juridique et fiscal et font reposer sur des milliers de collecteurs des opérations au coût difficilement chiffrable. Par leur éparpillement, elles affaiblissent la lisibilité de la norme fiscale pour les contribuables. »

La Cour a proposé d’en supprimer 44 dans la loi de finances pour 2026, celles dont les dispositifs sont le plus complexes et fragiles, voire, dit la Cour, celles « dont les effets contreviennent aux objectifs qu’ils sont supposés poursuivre ».

Le détournement d’impôt

Pour une trentaine d’autres taxes, notamment celles qui visent à compenser un service rendu, la Cour invite les pouvoirs publics à réexaminer d’ici 2027 l’adéquation entre le taux de la taxe et le coût de ce service, soulignant ainsi qu’il n’existe pas d’adéquation. Par ailleurs, 84 des taxes incriminées, affectées à des organismes tiers, n’étaient pas plafonnées. Donc en cas de rendement meilleur que prévu, l’organisme bénéficiaire engendre des profits indus sur le dos des contribuables. Entre 2023 et 2024, le produit connu des taxes non plafonnées à faible rendement affectées à des tiers a progressé de 208 M€, soit 13%. Les charges de ces organismes auraient-elles augmenté d’autant ? C’est peu probable.

Ces taxes à faible rendement sont aussi nombreuses qu’inutiles et coûteuses. Comme le soulignait déjà un rapport de l’Inspection générale des finances (IGF) de 2014, elles entravent « la lisibilité, la compréhension et, partant, la bonne acceptation de notre dispositif fiscal » et il dénonçait « les complexités de gestion, tant pour les entreprises que pour les administrations collectrices, le poids des prélèvements obligatoires et leurs conséquences sur la compétitivité de l’économie ». Mais plus de douze ans plus tard, on n’en sait guère plus ! Eu égard à leur fragmentation et à la foultitude de leurs collecteurs, ces taxes génèrent des coûts élevés de gestion, de prélèvement et de contrôle auxquels il faut ajouter les coûts administratifs de déclaration et de conseil supportés par les contribuables, sans compter les effets pervers qu’elles peuvent avoir sur l’activité ou le comportement de ces mêmes contribuables : réduction ou arrêt d’activité, délocalisation…

L’histoire extraordinaire de la taxation des yachts qui fait pschitt

Alors qu’il supprimait l’ISF, le nouveau président de la République, Emmanuel Macron, eut quand même besoin de manifester son souci de taxer les riches ! En 2017, il souffla à l’Assemblée d’instituer une taxe, de 30.000 euros à 200.000 euros selon leur taille, sur les grands yachts. Ce qui fut fait dans la loi de finances pour 2018. A l’époque, l’ami du président, Richard Ferrand, président du groupe LRM à l’Assemblée nationale, avait estimé au micro d’Europe 1 qu’elle allait rapporter « entre 10 et 20 millions d’euros ». Mais il n’est pas meilleur en économie qu’il ne l’a été dans ses études inachevées de droit.

Dans une réponse du 27 mai 2025 au député Hendrik Davi, le ministre chargé de la Mer et de la Pêche a fait savoir que ce nouvel impôt (article L 423-25 du Code des impôts des biens et des services) sur les navires de plus de 30 mètres à usage personnel et dont la puissance nette maximale est égale ou dépasse 750 kW, coûtait sans doute plus qu’il ne rapportait. Le montant total recouvré à ce titre, observait-il, n’a été que « de 60 000 euros en 2022, 135 000 euros en 2023 et 60 000 euros en 2024. Les recouvrements de ces droits de passeports nécessitent, ajoutait-il, des moyens d’investigation, de gestion des contestations et de réponses aux recours importants au regard de la flotte concernée et des montants collectés. Pour exemple, sur les huit créances transmises en 2024, trois sont en statut de contestation. […] Cela génère toutefois des délais supplémentaires de recouvrement mais aussi des voies de recours administratifs pouvant se prolonger jusqu’à 2 années. En 2025, du fait de changements de pavillon et de propriété, il restera uniquement 5 navires de plus de 30 mètres éligibles ». Parmi eux il semble qu’il y ait le yacht de Vincent Bolloré qui ne veut sans doute pas se faire remarquer en mettant son bateau sous pavillon étranger.

Comme l’a fait observer Philippe Juvin, député Les Républicains et rapporteur général du budget, lors du débat sur la loi de finances pour 2026, « un bateau, ça navigue, et ça peut même changer de pavillon », et dans ce cas « les navires existent toujours, ils polluent autant, mais ils ne sont plus français ».

Cette taxe coûte donc une fortune en administration et procédures diverses de recouvrement pour un rendement quasi nul. En outre, les bateaux qui ne sont plus dans les ports de France sont entretenus et avitaillés ailleurs, soit autant d’emplois, de charges sociales, de TVA et autres impôts qui ont aussi quitté la France et pour des montants sans doute significativement supérieurs aux 60 000 € de rapport annuel de la taxe !

Néanmoins, l’Assemblée nationale a passé, le 19 novembre 2025, pour un coût certainement très supérieur à 60 000€, du temps à se battre pour savoir s’il fallait ou non conserver la taxe. Et finalement, par 74 voix contre 67, les députés l’ont conservée ! Pour éviter d’« encourager, et même exalter, des mécanismes d’évasion et d’optimisation fiscale » a expliqué Emmanuel Maurel, député (Gauche républicaine et socialiste) du Val-d’Oise. Misère de la politique et de l’idéologie qui, coûte que coûte, mettent à la charge des contribuables des impôts qui… coûtent. C’est encore une autre forme de vol des contribuables.

Illustration de couverture © Freepik IA

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6 réponses

  1. Et malgré tout ce dont nous pouvons être taxés, le Téléthon a tout de même engrangé plus de 86 millions d’€ de promesses de dons…

  2. Il faut bien comprendre que la dynamique des taxes est toujours asservie à des considérations de marketing politicien, qu’il s’agisse de les créer, augmenter ou supprimer. L’exercice de prévoir leur utilité ou leur nocivité se réduit alors à un passe-temps futile indigne de l’énarchie dominante.

  3. Le phénomène bien connu par les gouvernements étrangers de la spoliation du patrimoine , souvent durement acquis, des français, qui se matérialise par le nombre de 350 impôts et taxes au minimum, est en cours de façon continue et ostensible.
    Les gouvernants revendiquent cette spoliation pour que le la république socialiste accroisse encore son emprise sur la société civile par tous les moyens possibles et imaginables.
    Bientôt une taxe pour cause d’un WC, de deux lavabos ou d’une baignoire dans un logement !
    Alors que , du fait des différentes taxes sur l’électricité, le gaz (voir facture) et l’eau, plusieurs millions de personnes ne prennent plus de douches que trois fois par semaine et ne se chauffent plus qu’occasionnellement !
    Tant qu’un mouvement intelligent de désobéissance civile ne se mettra pas en place parce qu’une minorité agissante de démocrates qui refusent un état autoritaire l’aura voulu et mis en place.
    Ne comptons pas sur tous ces apparatchiks millionnaires qui sortent de leurs manoirs à l’approche des élections parce qu’ils ont , tels le renard, senti la bonne odeur de la soupe et prononcent des phrases sentencieuses ou des déclarations enflammées sur ce qu’il faut faire.
    Ils ont participé au système dont ils connaissent les rouages, ils ne feront rien contre la gangrène bureaucratique qui contraint les forces vives de la nation qui ne produit pratiquement plus à présent que des malheureux.
    Pour les défaitistes adeptes du courageux  » on n’a pas le choix », rappelons leur l’exemple du mahatmah Gandhi qui, sans grand moyens , a mis en échec la puissante coloniale britannique en lui infligeant des revers culturels et économiques.
    Comme l’Inde avant son indépendance (et celle simultanée du Pakistan), la France doit être simplement decolonisee, debureaucratisee pour retrouver l’indépendance de son peuple. Ce combat impitoyable autant que non violent, qui prendra le temps qu’il faudra, est à engager au plus vite puisque, plus la politique de la Nomenklatura échoue, plus elle cherche à museler les qualités d’innovation, de volonté et d’intelligence de la société .
    Sinon un avenir sans espoir dans une pauvrete généralisée s’annonce sombre pour beaucoup et plus qu’on ne peut le croire.

    1. « Bientôt une taxe pour cause d’un WC, de deux lavabos ou d’une baignoire dans un logement ! »

      Sauf erreur de ma part, cela a déjà été ajouté à la taxe foncière lors des débats actuels sur le budget !

      Maintenant, je vous avoue que je ne sais pas ce qu’est devenu cet amendement… entre les chicaneries dues à la navette parlementaire et les budgets rejetés à l’unanimité moins un, tout cela devient extrêmement dur à suivre !…

  4. Taxes affectées en dépit des règles de la comptabilité publique ou l’art de justifier l’occupation de certains fonctionnaires ou d’aider à compléter leur rémunération quoi qu’il en coûte.

  5. Ne changeons rien, continuons à faire comme si de rien n’ était se disent ils….
    De toute manière ils sont trop cons pour se rebeller.
    Profitons, profitons !
    Ont ils raison finalement ?

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