Mathieu Laine se fait poète, historien, conteur de la liberté qui tour à tour se gagne et se perd. Il emprunte à Vivaldi ses quatre saisons pour peindre les couleurs de ce cheminement qui fait bourgeonner la liberté au printemps avant qu’elle se pavane d’aise l’été tant et si bien qu’elle s’en remet, à l’automne, aux premiers idéologues venus qui la font mourir en hiver. Sa symbolique ne livre pas pour autant la liberté à un cycle éternel et fatal. Tout au contraire. Son message est celui du combat incessant que doit mener la liberté pour exister et se vivifier. « C’est peu, observait Gustave de Beaumont, le grand ami de Tocqueville, d’avoir lutté une fois pour conquérir des droits ; pour les conserver intacts et pour en jouir, il faut lutter toujours ».
L’histoire n’a pas plus de fin, comme le croyait Fukuyama, qu’elle n’a de sens, comme le disent les marxistes. Elle est entre nos mains. A nous, dit l’auteur, « d’infléchir les saisons ». Le monde y a trouvé sa prospérité dans la Glorieuse Révolution anglaise, libérale, de 1688, dans la prévalence de l’Etat de droit américain, dans la cessation pacifique de l’apartheid, dans le chœur de Nabucco de Verdi pour unifier et pacifier l’Italie… Mais quand on croît les victoires définitivement acquises, elles nous échappent.
Il faut rester vigilant, ne pas abandonner la raison. Le peintre Goya , nous dit Mathieu Laine prévenait que « Le sommeil de la raison engendre des monstres ». Il laisse revenir les barbares et les vendeurs de sornettes. Lassée de se battre, la liberté se couche devant les promesses impossibles et se livre aux bonimenteurs qui nous confisquent la maitrise de nos vies. Ils veulent notre bien, prétendent-ils, mais ils plongent plutôt « la société dans une nuit dense, passant de l’inefficacité à la peur ». Nous sommes victimes de notre servitude volontaire qui fait rechuter le monde dans la parole conformiste au mieux et muselée au pire, dans les fièvres populistes, dans les petites combines et la prévarication, dans la raison primaire et pourtant assénée, dans l’économie en berne qui étend la pauvreté…. « La pire servitude est celle qui se prend de bonne foi pour la liberté » notait Jules Simon.
Ainsi arrive l’hiver des despotes qui accaparent le pouvoir. Leur figure « dévoie le droit et la justice… dicte désormais la pensée… revendique le monopole en tout… » Le fanatisme « ce génie de la partialité, cet ennemi héréditaire de l’universalité » préside les relations sociales. Bien sûr il faut distinguer les totalitarismes qui broient l’humanité des dictatures qui la soumettent. Mais les frontières se brouillent parfois. Partout la peur fait gémir les cœurs et taire la pensée. L’hiver a régné sous les pouvoirs rouges et bruns, il s’installe dans les geôles d’Alger et de Téhéran. Mais de toutes ces tyrannies, il reste l’espoir que « les excès mêmes de leur rigueur, arment la révolte et précipitent leur fin », qu’elles finissent par ployer sous leurs propres chaînes.
La sève du printemps qui sourd sous la glace peut alors reverdir les champs de la liberté. Ainsi s’éveillent les peuples de l’Amérique dans sa Déclaration d’indépendance de 1776 à la révolution orange ukrainienne et tant d’autres printemps de Prague. Cette liberté toujours se gagne par le courage de l’intelligence et de l’action. Il faut d’abord apprendre à penser par soi-même pour se révolter et pour se reconstruire.
Ce petit ouvrage nous dit joliment qu’il faut tout faire pour garder notre liberté, condition d’exercice de toutes les valeurs. « Être, c’est demeurer libre » disait Pessoa. Alors que notre civilisation balbutie et que des tentations impériales se manifestent diversement, il faut garder l’esprit critique et la pensée éveillée pour continuer de vivre libres, c’est-à-dire de vivre tout simplement.
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