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lundi 13 juillet 2026

L’État français doit-il être remplacé ?

Temps de lecture : 3 minutes

En apparence saugrenue, la question n’est pas dénuée de… légitimité.

On connaît la vieille querelle de la légalité et de la légitimité. Le paradoxe est que ces deux mots ont la même racine latine, lex, la loi. C’est que la légitimité implique normalement la légalité.

Dans l’histoire des idées politiques à la fin du XVIIe siècle, John Locke use, après Thomas Hobbes, d’un raisonnement hypothético-déductif pour décrire un état de nature qui devait être dépassé. En effet, les hommes se sentent en insécurité, et ils finissent par former un gouvernement pour assurer leur protection et celle de leurs propriétés – le mot propriety signifiant explicitement sous la plume du philosophe anglais la vie, la liberté et la propriété, évidemment privée. Si, nous dit Locke, l’État ainsi formé faillit à sa mission, alors les citoyens, non pas sur un coup de tête mais après avoir subi une longue suite d’abus, sont libres de le renverser. Un État qui perd sa légitimité doit disparaître et ses citoyens recouvrent la liberté qui était la leur dans l’état de nature ou, au besoin, ils décident de confier la mission de protection des individus et de leurs propriétés à une nouvelle force collective.

Président de la République RN égale illégitimité ?

Le Dictionnaire culturel en langue française précise que légitimité et légalité se recouvrent seulement dans certaines expressions. Le gouvernement légal, ajoute-t-il, n’est pas légitime aux yeux de ses adversaires. Si ce n’est que le respect des grands principes de la dimension politique du libéralisme – pluralisme, droit de suffrage, etc. – est une condition sine qua non dans une démocratie mature. En ce sens, le résultat des élections doit être par principe respecté.

Cette dernière phrase semble l’évidence même, et pourtant plusieurs cadres de La France insoumise ont récemment signifié, expressément ou implicitement, qu’une victoire du candidat du Rassemblement National au second tour de l’élection présidentielle de 2027 entraînerait une réaction populaire dans la rue pour s’y opposer. L’acronyme LFI signifierait donc La France insurrectionnelle…

Qui ne se souvient au demeurant des rodomontades et autres menaces de certains électeurs de droite qui, en 1981, entendaient empêcher manu militari l’arrivée au pouvoir de la gauche, et celles de certains électeurs de gauche qui assuraient que, une fois parvenus au pouvoir, ils ne le quitteraient pas ? Décidément, notre pays reste d’une confondante immaturité politique.

Les fonctions régaliennes de l’État ne sont plus convenablement remplies

Les fonctions dites régaliennes de l’État représentent aujourd’hui la portion congrue dans l’immensité des fonctions de la puissance publique et, ceci expliquant cela, elles sont de plus en plus mal remplies. A force de se disperser, l’État finit par ne plus rien faire convenablement.

L’insécurité – qui n’est pas un simple « sentiment » comme tentent de le faire accroire certains médias – règne ; la police et la gendarmerie témoignent de leur impuissance ; les armées sont globalement sous-équipées, la double décennie 1997-2017 lors de laquelle les gouvernements successifs ont voulu toucher les « dividendes de la paix » pour faire plus de « social », pesant lourd dans la balance ; la justice va à vau l’eau ; les prisons sont surpeuplées. Même le réseau diplomatique français a dû faire l’objet il y a quelques années d’une restructuration afin d’en réduire le coût. N’en jetons plus !

Une situation délétère et dangereuse

John Locke nous avait prévenus : un État qui n’assure plus correctement sa mission (trust) perd sa légitimité et il peut être remplacé (breach of trust). Sommes-nous arrivé à ce stade ultime qui réjouirait sans doute les diverses obédiences anarchistes ? Non ou, du moins, pas encore, mais force est de constater que l’anémie croissante de l’État à l’égard des menaces tant intérieures qu’extérieures est l’indice d’un délitement accéléré de la puissance publique.

Prenons garde à ce que, du fait de l’impéritie de nos gouvernants depuis un demi-siècle, nous ne tombions dans les rets des démagogues de tous poils, entre partisans de la manière forte et agents de la déliquescence.

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9 réponses

  1. La légalité, c’est la conformité à une loi votée par les représentants de la Nation.
    La légitimité, c’est le consensus d’approbation de la population envers ses représentants ou envers un texte.
    Un texte peut être légal parce que formellement voté par une majorité d’élus, mais illégitime s’il est contesté par la majorité de la population (et non par une minorité d’opposition).
    Quand la majorité du pays s’oppose à la majorité formelle de ses représentants à l’assemblée, comme actuellement, il s’ensuit une contestation de la légitimité des textes votés par ceux qui sont devenus minoritaires dans l’opinion.

    1. la légalité peut très bien se limiter au respect des lois et ce quelques soit la manière dont ces lois ont été promulgué. De ce fait certain lois peuvent très bien être illégitimes car imposées de force à un peuple sans son consentement. C’est exactement le problème des lois lié aux migrations et la justice en Europe, ces lois sont illégitimes car elle n’ont jamais reçu l’approbation des citoyens qui sont très largement opposé aux migrations débridées et à une justice laxiste.

  2. Nous n’y échapperont pas. La gauche refusera d’abandonner démocratiquement le pouvoir et son hégémonie dans beaucoup de domaines, LFI l’a déjà dit et la gauche servile – communistes, écolos et apparentés- l’appuieront dans ses exactions pour tenter de conserver leur part de pouvoir. Le changement salutaire et la destruction créatrice ne surviendront que dans un contexte de révolution violente, anarchique et ethnique, où s’affronteront les profiteurs d’aujourd’hui, les précaires, les idéologues et les communautés, les seules inconnues sont le timing et l’évènement déclencheur. Ce n’est pas du pessimisme, ce n’est qu’une vision claire de l’Histoire qui se déroule par cycles avec des acteurs qui ignorent les cycles précédents.

    1. Oui il n’ pourra pas y avoir de changement réel en France sans usage de la force comme à chaque fois que le gauchisme doit être expurgé du pouvoir.

  3. Pour que le chef de l’État tout comme les représentant du peuple qui votent les lois soient légitimes, il convient d’introduire dans la constitution une condition exclusive dans notre système: Qu’au premier tour de l’élection, l’élu ait au moins rassemblé 30% des voix des inscrits.
    A défaut on trouve « des Macron et autres Hollande »et la pagaille et les déficits qui vont avec.

  4. Depuis de longues décennies nous avons à la tête de notre pays des gens qui ont fait de la politique un métier, vivant le plus grassement possible sur la bête France dont ils n’entendent pas être sevrés. Dans le même temps ils ont organisé un maquis de dispositions législatives qui se chevauchent quand elles ne se contredisent pas. Ils ont aussi beaucoup dépensé à tort et à travers en creusant un peu plus profond le trou dans lequel ils nous ont jetés. Aujourd’hui il n’y a plus d’argent mais on emprunte avec intérêts pour prêter (à fonds perdus ?)
    Sommes nous sous le règne du père Ubu pour décider, par décret, d’une absurde programmation de l’énergie qui va nous appauvrir encore plus. Est ce par bêtise ou par intérêt ?
    L’Assemblée Nationale est devenue un champ clos où l’on s’attache plus à discuter du sexe des anges qu’à travailler au redressement du pays.

  5. Thomas d’Aquin posait déjà le droit de résistance à la tyrannie. Qu’on ne le prenne donc sous l’angle des doits individuels ou du bien commun, la résistance à la tyrannie est bien établie par la tradition juridique occidentale. Précisons d’ailleurs que, contrairement à une certaine tradition absolutiste postérieure, Thomas d’Aquin pose le droit divin comme émanant de l’ordre naturel (droit naturel) et non d’une quelconque élection divine. Le souverain tire sa légitimité de sa conformité à l’ordre naturel et non d’une fonction magique : Dieu fonde l’ordre naturel dans lequel l’autorité politique est nécessaire ; mais une autorité qui ne poursuit plus le bien commun perd sa conformité à cet ordre.

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