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dimanche 18 octobre 2026

Lettre ouverte à Monsieur Retailleau : ne faut-il pas envisager votre retrait pour que vos idées gagnent ?

Temps de lecture : 5 minutes

Monsieur le Ministre, Cher Bruno Retailleau,

Les libéraux et les conservateurs, souvent lecteurs de notre journal Contrepoints,  admirent le courage avec lequel vous vous êtes engagé dans une campagne présidentielle très ouverte au cœur d’une situation française périlleuse. Nous avons apprécié votre approche favorable au travail pour qu’il paye plus, à la baisse des prélèvements et de la réglementation pour favoriser notre économie et préserver nos libertés, au contrôle d’une immigration mieux intégrée et mieux adaptée à nos besoins, à une école plus rigoureuse qui instruise plutôt que de s’immiscer dans les choix éducatifs des familles… Nous savons que vous êtes une personne de grande qualité à tous égards.

Et pourtant ! Nous avons regretté que vous n’inscriviez pas dans votre programme des mesures plus radicales dans une vision plus forte. Vous proposez de nombreuses réformes paramétriques qui peuvent pour la plupart aider à la reconstruction de la France. Mais les Français n’y perçoivent pas que vous ayez encore « renverser la table » selon votre expression. Vos propositions passées au filtre d’énarques bienveillants sont encore trop technocratiques et souvent trop timides. Vous êtes peut-être trop « sénateur » dans votre expression si je puis me permettre. Les sondages ne s’y trompent pas : après avoir été jusqu’à tutoyer les 10-11% au printemps, ils se replient désormais vers les 6-8 % voire 4% dans le dernier sondage IFOP dès qu’y apparaît David Lisnard à 6%. La dynamique n’est pas bonne et c’est pourtant elle qui compte. Et nous ne voudrions pas que vous suiviez l’exemple déplorable de Mme Pécresse en 2022.

Bien sûr tout dépendra aussi de vos concurrents et de vos adversaires. Les anciens premiers ministres d’Emmanuel Macron peineront à justifier leurs promesses. Il est peu probable que Gabriel Attal, qui vous talonne, puisse créer la surprise par la vacuité démagogique de son programme. Edouard Philippe n’a rien fait de spectaculaire durant ses trois années à la tête du gouvernement sinon établir une limite à 80 km/h sur les routes de campagne, fermer Fessenheim, endetter la France jusqu’au cou avec un « quoi qu’il en coûte » incontrôlé, céder à l’extrême gauche à Notre dame des Landes, rester longtemps impuissant face aux Gilets jaunes… Mais il conserve un vrai crédit, même s’il s’étiole un peu. Il est le recours de ceux, nombreux, qui n’ont pas encore pris conscience de la gravité de notre situation mais que la sauvagerie de LFI et certaines positions du RN pourraient engager bientôt à chercher d’autres horizons. Il formule des propositions sur lesquelles la droite et le centre pourraient se retrouver sans enthousiasme, sans lui donner la capacité de l’emporter dans un second tour qui sera caricatural dans tous les cas. Imaginer que vous ayez un prochain jour à vous rallier à lui, qui a trahi votre parti, n’est sans doute guère réjouissant et serait probablement sans lendemain pour notre pays.

Il reste David Lisnard, l’outsider. Certes, il s’est mis à l’écart du parti LR, quand il a compris que vous aviez organisé le choix du candidat interne à la présidentielle de telle manière que vous seul puissiez être désigné. Entre nous, il n’avait pas tort. Mais il est sans doute plus proche de vous que bien d’autres et il peut réussir parce qu’il apparaît hors du sérail que les électeurs, lassés par trop de promesses non tenues, rejettent désormais.

Il va falloir renverser les montagnes

A dire vrai, il semble réussir déjà à percer le plafond de verre auquel se heurte inévitablement tout outsider. Alors que les sondeurs français, très casaniers, ne le jaugent encore guère, les évaluations internationales le prennent en compte et sa côte y monte. Les marchés prédictifs anglo-saxons, où les investisseurs parient sur l’issue d’événements politiques ou économiques, évaluent les chances des candidats et ils ne se trompent pas plus sinon moins que les sondages institutionnels. L’évolution des candidats depuis le 30 août 2026 est surprenante :

Une hirondelle ne fait pas le printemps, mais elle peut l’annoncer. Les sondages et les marchés ne sont que des sondages et des marchés. Mais on a généralement tort de ne pas en tenir compte. David Lisnard s’y trouve en position ascendante parce qu’il ne veut pas renverser la table mais renverser des montagnes (BFM, 12 septembre). Son programme, celui de son parti Nouvelle Énergie, résolument libéral et décentralisateur veut réduire fortement le rôle de l’État dans l’économie et la société, tout en renforçant ses missions régaliennes — sécurité, justice, défense, diplomatie et instruction. Il propose de rendre chacun maître de son destin et trace une nouvelle ambition française autant qu’un renouveau civique. En fait beaucoup des mesures qu’il énonce vont vraiment dans le même sens que les vôtres, mais il va au-delà sans hésiter. Il affiche un courage au niveau des attentes des Français. Et il le fait beaucoup sur les réseaux sociaux, avec un très grand succès.

Il y a évidemment une question de génération, une manière de faire, proche de celle de Miléi à un moment où l’état de la France n’est peut-être plus très loin de celui où était l’Argentine qui l’a élu ou l’Angleterre qui a mis au pouvoir MissThatcher, fille de commerçant comme David Lisnard. En Angleterre d’ailleurs, Kemi Badenoch, la nouvelle patronne des Tories leur redonne espoir en adoptant une ligne très thatchérienne.  Il y a une cohérence libérale et conservatrice, méthodologique et idéologique, dans les propositions de David Lisnard qui délivre une logique et facilite l’adhésion à une vision d’ensemble. Il y a aussi une radicalité qui permet aux Français, dont le niveau de vie est désormais en dessous de la moyenne européenne, d’espérer enfin retrouver la prospérité. Au surplus, ce programme, cette ardeur, cette ouverture sont capables de rallier de nombreux électeurs – de la gauche tempérée à Gabriel Attal et à certains RN inquiets, à un projet qui évite les excès et demeure attentif à tous.

Vous avez toujours gardé des liens cordiaux, David Lisnard et vous, malgré des désaccords tactiques. Vos programmes sont largement compatibles et peuvent s’enrichir mutuellement. Si vous vous maintenez tous les deux ou si vous attendez trop pour vous rapprocher, vous risquez de perdre tous les deux. La présidentielle est après-demain, mais il ne faut pas attendre demain pour faire les choix gagnants car il faut du temps pour expliquer, convaincre, rallier, élargir cet électorat qui attend un nouveau candidat. David Lisnard ne réussira pas seul, mais avec vous son pari gagnera encore en crédibilité.

J’espère que vous ne m’en voudrez pas de cette franchise que vous rejetterez peut-être d’un revers de main. J’espère que non, car je crois que mon message est celui que de très nombreux Français aimeraient vous adresser. Le think tank que je préside, l’IREF, n’a pas vocation à faire de la politique partisane, mais à faire partager des convictions, faire advenir des projets. Je n’écris pas cette lettre comme une prise de position politique mais dans le souci de faire gagner les idées susceptibles de redonner à la France la force, le courage, l’espérance et une vision dont elle a besoin. .

Je vous prie de croire, Monsieur le ministre, Cher Bruno Retailleau, à tout mon respect et à toute ma sympathie,

Jean-Philippe Delsol

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