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samedi 14 février 2026

L’Europe est en train de perdre la course au quantique

Temps de lecture : 2 minutes

Dans un article publié sur le site anglais d’IREF Europe, Mohamed Moutii revient sur l’illusion d’un leadership européen dans le domaine du quantique. Alors que les États-Unis et la Chine dominent déjà l’intelligence artificielle, les technocrates bruxellois persistent à croire que la course au calcul quantique leur offre enfin une revanche. Pour Moutii, ils répètent les mêmes erreurs que pour l’IA en persistant dans une approche dirigiste qui entrave les entreprises au lieu de les libérer.

L’ambition officielle de la Commission — faire de l’Europe un champion mondial du quantique d’ici à 2030 — repose sur un empilement de« stratégies », de subventions et de programmes. Sur le papier, le pari peut sembler crédible : l’Europe possède un tissu universitaire exceptionnel, avec 34 des 100 meilleures universités mondiales dans ce domaine. Le problème est que cet atout scientifique ne se transforme jamais en succès industriel. L’Europe n’attire que 5 % des investissements privés mondiaux dans le quantique, quand les États-Unis en captent plus de 50 % et la Chine 40 %. Résultat : les découvertes sont valorisées ailleurs et les startups finissent par traverser l’Atlantique.

Ce scénario n’a rien de nouveau, explique Moutii. L’Europe a joué un rôle majeur dans les fondations de l’IA moderne, mais aucun géant mondial n’est européen. Huit des dix plus grandes entreprises mondiales sont américaines. L’incapacité de l’Europe à transformer des avancées scientifiques en entreprises capables de changer d’échelle n’a rien d’un accident. Elle est la conséquence d’un environnement économique étouffé par la réglementation.

Moutii souligne trois obstacles structurels : une réglementation précoce, la fragmentation des marchés de capitaux et la fuite des talents. Bruxelles s’est empressé de réglementer l’IA avant même que des champions européens n’existent ; elle répète désormais les mêmes erreurs dans le domaine quantique. Les capitaux restent dispersés dans une mosaïque de programmes nationaux et européens, là où les startups américaines peuvent lever 100 millions de dollars dans un seul fonds. Quant au quantum brain drain (littéralement : fuite des cerveaux quantiques), il s’amplifie : d’excellents chercheurs sont formés en Europe, mais ils sont attirés par des meilleures rémunérations et perspectives à l’étranger.

Plus profondément, Mohamed Moutii dénonce l’obsession européenne pour la planification industrielle. Certains États vont même jusqu’à imposer des restrictions à l’exportation des technologies quantiques — une mesure que les industriels jugent contre-productive, car elle ralentit la collaboration internationale et limite la croissance des startups.

Le potentiel économique est immense : le marché de la technologie quantique pourrait créer jusqu’à 780 milliards d’euros de valeur d’ici quinze ans. Mais il ne sera capté que par les pays qui laissent prospérer l’initiative privée. Ce ne sont pas les chercheurs et les idées qui manquent à l’Europe ; c’est la liberté.

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15 réponses

  1. J’apprends qu’il y avait (a encore??) des gens qui croyaient quitter l’Europe était en avance dans ce domaine.

    Sur que planet ils vivent??

  2. Donc quittons l’Europe, ce boulet au pied de la France.
    -Nous avons des cerveaux.
    -Nous avons de l’énergie.
    -Nous avons la dissuasion nucléaire.
    Qu’est ce qu’on à faire de cette UE qui nous bride?
    Il est vrai que nous avons une classe politique imbécile… mais c’est justement parce que les vrais cerveaux s’expriment ailleurs!

    1. S’il y a un peu de concurrence et si la France n’est pas encore en faillite c’est grâce aux Allemands et à l’Europe… Quitter l’Europe pour une politique d’énarque, non merci.

      1. Vraiment, de quoi faut-il remercier l’Allemagne ???
        L’Allemagne depuis sa réunification a été notre pire ami. Elle a tout fait pour nuire à notre industrie et n’a rien fait d’autre que de défendre ses intérêts (Germannia first).
        L’EURO a été une plaie pour la France, pays de monnaie faible avec des dirigeants sans clairvoyance qui n’ont pas compris (ou voulu comprendre par lâcheté) ce qu’une monnaie commune forte impliquait.

          1. L’Allemagne ne paye pas nos dettes : c’est d’ailleurs interdit par le traité de Maastricht…
            L’inflation réduit la dette, la dévaluation permet d’être plus compétitif et rétablit la balance commerciale. Il n’y a pas que des inconvénients avec le Franc !
            Entendons nous bien : je suis pour l’Euro, pour l’Europe mais pour une Europe fédérale démocratique pas pour des pays européens qui essaye de détruire leurs voisins à leur profit.

            1. Si, elle paye nos dettes car économiquement elle tire l’Europe… Elle en a eu marre avec la Grèce qui a été obligée de faire des réformes drastiques..Ce sera le cas avec la France

  3. La liberté est le début de la devise française. C’est sans doute pour ça qu’elle est bafouée dans tous les domaines. Mais elle guide le peuple … sur un tableau seulement.

  4. Le plus atterrant est de constater que les mêmes erreurs sont commises systématiquement. L’esprit fonctionnaire est incapable de tirer une analyse et donc une leçon des échecs précédents. L’obstination dans le green deal européen en est le plus bel exemple!

  5. L’analyse de Mohamed Moutii est un parfait exemple de myopie idéologique. Elle plaque un dogme, la « liberté » du marché et la dérégulation, peut-être pertinent pour les applications logicielles, sur un domaine qui relève de la physique fondamentale.

    C’est un procès d’intention qui repose sur une confusion majeure : il analyse le quantique, un marathon de R&D, comme s’il s’agissait d’une course de marché (type IA ou applications mobiles). Or, le quantique exige des infrastructures lourdes, une recherche sur des décennies et un soutien public massif, que ce soit via la DARPA aux États-Unis ou les plans stratégiques en Europe.

    Personne aujourd’hui, ni IBM, ni Google, ni la Chine, ne possède de calculateur quantique universel et stable. Les machines existantes restent toutes extrêmement spécialisées et je suis bien placé pour le savoir. Nous sommes tous collectivement plus ou moins au stade du labo. Prétendre que la course est jouée est un non-sens., ça revient à déclarer un vainqueur alors que les coureurs sont encore en train de fabriquer leurs chaussures… Ce que Monsieur Moutii dénonce, avec éloquence, comme une « faiblesse » ou un « dirigisme » est en fait une prudence stratégique. L’Europe ne « rate » pas le virage quantique ; elle le négocie différemment !

    L’Europe ne mise pas sur une bulle spéculative financée à perte par quelques grands « champions », mais sur ses atouts réels, son excellence scientifique reconnue, des investissements publics patients et stratégiques, la construction d’un écosystème complet, allant du laboratoire fondamental aux startups deep tech (comme Pasqal ou Quandela et d’autres).

    Le véritable enjeu pour l’Europe n’est pas un manque de « liberté ». C’est peut-être un manque de confiance en son propre modèle, un modèle qui, face à un défi technologique aussi profond et à long terme que le quantique, pourrait bien s’avérer bien plus résilient que la frénésie court-termiste du capital-risque actuel. A chacun son analyse…

    1. On ne fait pas de l’innovation en bridant les initiatives privées et en les encartant dans des règlements totalement inadéquats. Je pensais que l’exemple de l’IA pouvait faire réfléchir nos technocrates bruxellois mais, malheureusement, ils sont indécrottables. Combien d’ingénieurs et de scientifiques européens ont quitté notre Europe pour rejoindre des entreprises américaines aux US afin de développer l’IA ?
      Il en sera de même pour le quantique si les bureaucrates européens se mêlent de la stratégie des entreprises qui développent le quantique. Ces derniers, totalement incompétents dans les nouvelles technologies, sont les meilleurs alliés de nos concurrents américains, chinois et bientôt indiens.
      Question : Quelles sont les entreprises européennes capables d’industrialiser le quantique ? CQFD

  6. Je rappelle aussi que le CERN est du domaine de la physique quantique. Le CERN reste le plus grand collisioneur de particule du monde.

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