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samedi 18 avril 2026

L’illusion du revenu universel face à l’intelligence artificielle

Temps de lecture : 2 minutes

Avec l’essor de l’intelligence artificielle, certains géants américains relancent une vieille utopie : le revenu universel de base. Elon Musk (Tesla), Sam Altman (OpenAI), Jack Dorsey (Twitter) ou encore Chris Hughes (Facebook) défendent l’idée d’un « système massif de redistribution des richesses » destiné à compenser les pertes d’emplois générées par les nouvelles technologies.

Pourtant, l’efficacité réelle du revenu universel de base reste à démontrer. Une expérience du National Bureau of Economic Research a étudié les effets d’un revenu garanti sur l’emploi. Environ 1 000 personnes à faible revenu ont bénéficié de 1 000 dollars par mois de manière inconditionnelle pendant trois ans, tandis qu’un groupe témoin de 2 000 participants recevait 50 dollars par mois.

Les résultats montrent que le transfert a entraîné une baisse de la participation au marché du travail de 3,9 points de pourcentage et une réduction des heures de travail d’environ 1 à 2 heures par semaine chez les bénéficiaires.

En réalité, le problème majeur des États-Unis n’est pas la rareté du travail, mais le manque d’incitations à travailler. Nicholas Eberstadt, économiste américain pour l’American Enterprise Institute, rappelle que près de 7 millions d’hommes en âge de travailler (25-54 ans) ne sont ni en emploi ni en recherche active. Selon lui, « la proportion d’hommes américains économiquement inactifs en âge de travailler est passée de 3,4 % en 1965 à 11,8 % en 2015, et reste à 11,5 % aujourd’hui ». Introduire un revenu garanti ne ferait qu’aggraver cette tendance.

En Europe, le revenu universel de base n’est pas non plus une solution. Une étude particulièrement intéressante a été menée en Finlande. Entre 2017 et 2018, 2 000 chômeurs ont reçu un revenu de base de 560 euros par mois, comparés à un groupe de 173 000 personnes restées dans le système classique.

Le résultat est clair : aucun effet significatif sur l’emploi. Les bénéficiaires du revenu universel n’ont travaillé en moyenne que 0,39 jour de plus sur l’année par rapport au groupe classique, une différence statistiquement insignifiante. Autrement dit, malgré un bien-être psychologique supérieur chez les bénéficiaires, le revenu garanti n’a en rien amélioré le retour à l’emploi.

Plutôt que de céder aux illusions redistributives, les grandes entreprises américaines gagneraient à se concentrer sur leur rôle fondamental : l’innovation et la productivité. C’est ainsi qu’elles ont créé richesse et emplois, et non en distribuant de l’argent gratuit. Contrairement à certains discours alarmistes, l’intelligence artificielle ne signifie pas la fin de la productivité humaine. L’humain est et restera la plus grande machine d’innovation, comme il l’a prouvé tout au long de l’Histoire. Il est donc essentiel de continuer à l’inciter à créer et à produire.

Illustration de couverture © Freep!k

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12 réponses

  1. « l’idée d’un « système massif de redistribution des richesses » destiné à compenser les pertes d’emplois générées par les nouvelles technologies. »
    Pour ceux qui ont suivi, c’était le RU à la sauce Benoît Hamon.

    « Pourtant, l’efficacité réelle du revenu universel de base reste à démontrer. Une expérience du National Bureau of Economic Research a étudié les effets d’un revenu garanti sur l’emploi. »
    Ça coute rien de faire le calcul, mais c’est HS.
    L’objet du RU, tel que défini ci-dessus, vise à compenser une perte d’emploi, pas à en créer.

    Sans prendre parti, je signale qu’une réflexion plus poussée sur le sujet se situe dans un ouvrage de Gaspard Koenig :
    Voyage d’un philosophe au pays des libertés.
    On y trouvera d’autres approches du RU (avec force exemples) que celle de la « compensation technologique »…

    Bref le débat n’est pas prêt d’être clos.

  2. Actuellement, le cumul revenus de remplacement et d’allocations multiples, dépassant parfois largement le SMIC, atteint de telles proportion qu’il dissuade de travailler.
    Remplacer tout cela par une allocation inférieure au SMIC en interdisant le versement d’autres avantages permettrait d’y remédier, mais le clientélisme électoral n’incite pas le dénommé « gouvernement » à le faire.

  3. Bonjour,

    Je trouve qu’il y a une contradiction dans votre raisonnement.

    Le premier alinéa de l’article parle de « compenser les pertes d’emplois générées par les nouvelles technologies » par « un système massif de redistribution des richesses ».

    Il ne s’agit donc pas de créer des emplois mais plutôt de donner un revenu à ceux qui perdront définitivement leur emploi à cause de l’IA.

    Le reste de l’article s’applique à démontrer que le revenu universel ne créera pas d’emploi, ce en quoi il répondrait donc à l’objectif de départ.

    Cordialement

  4. C’est assez logique que l’impact soit insignifiant sur l’emploi car aux Etats-Unis, l’immigration fausse le jeu de l’offre et de la demande au détriment des travailleurs peu qualifiés qui se sont largement vengés en votant Trump…

    Pour le reste, les progrès technologiques ont tendance à réduire la demande de travail, d’où la prolifération de tracasseries juridiques et administratives pour donner un semblant d’utilité à des profils instruits, surtout en France où, pour soutenir la natalité, les études supérieures sont gratuites et les familles en profitent, d’où une prolifération de diplômés dont les emplois sont justement les plus menacés par Chat GPT…

  5. Une variété de RSA pour les laissés pour compte de la société d’oisiveté. Encore une avancée sociétale indiscutable.

  6. Qui cherche à faire oublier que l’intelligence artificielle a été créée par l’homme et que c’est l’homme qui la pilote et l’alimente ? Certes il y aura des suppressions de postes mais certes aussi il y aura de nouveaux besoins .
    Quant à ce que la machine dépasse l’homme , demandons à Montesquieu , Diderot, Voltaire , Fleming , François Viète, Pierre de Fermat, Guillaume François Antoine L’Hopital, Jean Leron d’Alembert, Joseph Lagrange ce qu’ils en pensent .
    Quelques inquiétudes tomberont à lire leur réponse.

  7. « Plutôt que de céder aux illusions redistributives, les grandes entreprises américaines gagneraient à se concentrer sur leur rôle fondamental : l’innovation et la productivité. »

    Je m’étonne que l’IREF se permette aujourd’hui de critiquer la manière dont des milliardaires ou des entreprises se permettent de dépenser leur argent : j’ai pourtant vu certains de ses membres répondre de manière fort courroucée que « la manière dont est dépensé l’argent privé ne nous regarde pas » lorsque je soulignais, par exemple, l’importance colossale des capitaux privés investis dans la propagande « woke », infiniment plus nuisible, à mon sens, que le Revenu Universel qui vous dégoûte tant parce qu’il donne à ceux qui le souhaitent la liberté de ne pas travailler sans mourir de faim pour autant (et, à ce titre, je me permets de vous contredire : toutes les expériences à ce sujet sont une éclatante réussite).

    Je suis donc ravi d’apprendre que l’IREF a bien un avis, comme tout le monde, sur la façon dont les personnes ou organisations privées « gagneraient » à dépenser leur argent… bien que déçu mais peu surpris que ce soit celui-ci plutôt qu’un autre.

  8. Mais votre analyse est complètement détournée ! Vous parlez de résultat avec perte de participation à l’emploi, mais il est là l’enjeu ! On ne veut pas créer de l’emploi, on parle de donner de l’argent à des gens qui n’auront plus la possibilité de travailler, car moins d’emplois ! Au vu de la qualité de réflexion, j’imagine que vous serez les premiers à en bénéficier.

  9. C’était bien jusqu’au voeux pieux « L’humain est et restera la plus grande machine d’innovation, comme il l’a prouvé tout au long de l’Histoire »

  10. L’efficacité réelle des ordinateurs reste à démontrer.
    Une étude […]
    Le résultat est clair. La possession d’un ordinateur n’a pas mené à une augmentation des activités en plein air.
    W ! T ! F !

    Votre article est profondément débile ou de mauvaise foi.

    Il se résume en « le revenu universel est inefficace, PUISQU’ il ne fait pas travailler les gens plus ». C’est un contresens total, un strawman argument puisque ce n’est en aucun cas l’objectif du revenu universel.
    Est-ce que vous n’avez réellement pas compris le sens de vos propres premières lignes sur ce que disent les « géants américains » ?

  11. Ces géants américains parlent d’un RU pour compenser des emplois qui disparaîtront du fait de l’IA et vous répondez en indiquant que le RU n’a pas d’effet positif sur un retour à l’emploi. Votre réponse n’a pas de sens puisque ici les géants américains évoquent le fait que de nombreux humains n’auront plus aucune utilité professionnellement parlant. Donc pourquoi parler d’un retour à l’emploi ? Ici, l’objectif de ce RU n’est pas de favoriser un retour à l’emploi mais de compenser la perte de revenu du fait que les humains ne seront plus utiles dans le monde du travail.
    Je pense que le vrai débat est de savoir si l’IA sera cette fois une révolution différente des autres et détruira réellement des emplois sans en créer de nouveau. N’ayant pas de boule de cristal, je serai bien incapable de répondre à cette question 🙂

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