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jeudi 4 juin 2026

Maintenant, on est un nanti avec 4 292 euros par mois !

Temps de lecture : 2 minutes

S’il existe un trouble obsessionnel compulsif répandu en France, c’est bien celui de la haine des riches. Pas un jour sans qu’un responsable politique, un syndicaliste ou un journaliste ne désigne « les riches » comme la cause de tous nos maux : ils ne paieraient pas d’impôts, s’engraisseraient sur le dos des salariés, seraient « moralement indécents ». Deux ressorts, toujours les mêmes, alimentent cette détestation : une jalousie bien française et une ignorance économique tout aussi française.

Une nouvelle publication, le Rapport sur les riches en France de l’Observatoire des inégalités, est venu apporter de l’eau au moulin des passions tristes. On y apprend qu’un Français devient subitement « riche » à partir de 4 292 euros nets par mois. A un « riche », il n’y a pas si longtemps, on associait la possession d’un jet privé, d’un yacht, d’un château, l’organisation de fêtes somptueuses… Les « riches », on pouvait les détester, mais ils gardaient un petit côté glamour. C’est fini. Le smic des riches, c’est maintenant 4 292 euros par mois. À ce niveau, 7,5 % de la population bascule dans le camp des « nantis », soit près de 4,8 millions de Français. On se frotte les yeux. Quelle mouche a piqué les auteurs du rapport ? Et puis on commence à comprendre : l’intérêt est de dénicher de nouvelles inégalités. Entre les milliardaires et le reste de la population, la dichotomie est trop évidente, traditionnelle, on risquerait même de la trouver presque « normale ». Il faut donc y apporter quelques nuances plus subtilement clivantes.

Qui sont-ils, ces « riches » qu’une partie du pays se délecte de détester ? Le rapport le dit sans détour : 74 % des actifs aisés sont des cadres supérieurs, le reste se composant de chefs d’entreprise, de médecins, d’avocats et d’indépendants. Les métiers les mieux payés ? Dirigeants d’entreprise, cadres, pilotes de ligne, chirurgiens. Bref, des gens qui ont fait de longues études, pris des risques et beaucoup travaillé. Voilà les « pestiférés » que Mme Tondelier et M. Mélenchon voudraient voir quitter le territoire. « Un chirurgien doit-il vraiment gagner dix fois plus qu’une aide-soignante ? » se demandent gravement les auteurs. Bien sûr. Il n’y a pour eux aucune raison que quiconque gagne plus que la moyenne des Français. C’est injuste, choquant, scandaleux, et évidemment, tout le monde le devine, il faudra les taxer plus à défaut de baisser leur salaire.

Encourager les Français à s’enrichir au lieu d’attiser leur jalousie nécessiterait un changement radical de logiciel

C’est réellement une surprise pour nombre de ceux qui explorent un peu le monde : il existe des pays fiers de leurs concitoyens qui gagnent bien leur vie ! Qui les encouragent quand chez nous on les enfonce. Qui célèbrent la réussite quand chez nous on la traque. Les auteurs du rapport s’inquiètent des écarts de revenus : que n’échafaudent-ils des solutions – économiquement viables – pour que tout le monde puisse mieux gagner sa vie ? C’est beaucoup plus difficile, cela demande beaucoup plus de travail, et de sérieux, que de désigner des boucs émissaires toujours là, toujours prêts à l’emploi. Evidemment, encourager les Français à s’enrichir au lieu d’attiser leur jalousie nécessiterait un changement radical de logiciel. Celui des auteurs du rapport est vieux, très abîmé, et fabriqué avec des matériaux malsains. Tant qu’il ne sera pas remplacé, la France n’ira pas mieux.

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