Depuis 2013, la France a investi des centaines de millions d’euros dans les tablettes scolaires, sans trop se soucier de ceux à qui elles sont destinées. Or, 9 % seulement des enseignants français sont formés à la manipulation des outils numériques, contre 76 % à Singapour, qui a procédé à l’inverse. La preuve qu’en matière de numérique éducatif, la compétence compte plus que le matériel.
En 2013, le « service public du numérique éducatif » est créé. Deux ans après, est lancé le « plan numérique pour l’éducation », qui (passant par des machins administratifs baptisés Innovation numérique pour l’excellence éducative ou INEE et, pour le financement, Programme d’investissements d’avenir ou PIA 2, prévoit 3 volets) : l’équipement des élèves en tablettes ou ordinateurs portables avant 2018, le développement des ressources pédagogiques numériques et la formation des enseignants aux usages numériques.
Équiper sans former, c’est inefficace et coûteux
De ces trois volets, priorité a été donnée au financement de matériel, plutôt qu’à la transformation pédagogique elle-même ou à la formation des enseignants[1] : 217M€ prévus sur un total de 305 M€, soit plus des deux tiers du budget. Or, l’équipement est insuffisant pour faire de son utilisateur un expert. C’est une évidence et pourtant, en 2018, seule une minorité d’enseignants se sentait à l’aise pour exploiter le numérique dans un but pédagogique, faute de formation adéquate. C’est ainsi que 176 millions d’euros ont été inutilement dépensés.
Après huit ans de « plan tablettes », l’État a enfin promis, en 2023[2], de changer de tactique. Sur le papier, la nouvelle stratégie numérique fait de la formation des enseignants et de la cohérence pédagogique ses priorités. Dans les faits, le premier axe budgétaire reste, une fois de plus, l’achat de matériel. Le bilan à mi-parcours, publié fin décembre 2025, le montre bien : les objectifs de formation ont été revus nettement à la baisse, et les changements prévus ne seront généralisés qu’à l’horizon 2027 (soit près de 15 ans après le lancement du premier plan). Cet échec se lit dans les chiffres : 47 % des enseignants français jugent leur formation continue inadaptée, contre seulement 19 % en Belgique et 24 % en Angleterre[3]. La France n’a pas raté le numérique éducatif par manque de matériel. Elle l’a raté en refusant, année après année, de former ceux qui doivent s’en servir.
Il y a de surcroît un autre problème que celui d’un budget mal réparti entre matériel et formation : c’est celui du pilotage de cette formation. Dans le modèle allemand de l’apprentissage, l’implication directe des entreprises maintient les compétences alignées sur les besoins réels ; en France au contraire, le secteur privé n’intervient jamais sur la formation des enseignants. Le gouvernement peut en en afficher l’intention (Axe 3, Action 7 de la stratégie numérique 2023-2027), mais l’ouverture au privé reste un théorique alors que la souveraineté numérique de l’État, elle, s’est traduite par un texte contraignant qui impose des outils publics sans marché ni mise en concurrence, donc sans obligation de résultat mesurable.
Le succès de Singapour
Là où la France empilait les tablettes, Singapour bâtissait une économie numérique. La différence n’est pas seulement budgétaire : c’est une architecture verticale complète, reliant aptitudes scolaires, cadre national pour adultes et crédit de formation individuel, qui a été pensée dès le départ dans la Cité-État asiatique.
Le National Digital Literacy Programme, lancé en mars 2020 par le ministère de l’Éducation, parle de « littératie numérique » et la définit comme un « ensemble de savoirs et de dispositions permettant aux élèves d’être des utilisateurs critiques et responsables du numérique » (et non de simples usagers). Le matériel n’y est qu’un support, jamais une fin en soi. Un terminal individuel a été remis à chaque élève du secondaire, venant s’articuler avec une plateforme nationale préexistante, le Student Learning Space, lancée dès 2018. L’équipement arrive donc en renfort d’un curriculum de littératie numérique déjà en place, et non l’inverse.
Cette logique se prolonge à l’âge adulte via l’initiative SkillsFuture for Digital Workplace, qui vise à doter tous les Singapouriens des compétences numériques nécessaires à l’économie de demain. Cette continuité entre formation initiale et formation continue se matérialise aussi par un outil individuel : depuis 2015, chaque citoyen de plus de 25 ans reçoit un crédit de 500 dollars singapouriens pour accéder à des possibilités de formation tout au long de la vie, un dispositif que l’OCDE cite explicitement parmi ceux qui ont le mieux réussi à faire progresser la participation des adultes à la formation continue[4]. L’écart de résultats suit cette cohérence : 76 % des enseignants singapouriens sont formés à l’IA contre 9 % en France[5], et Singapour comptait entre 2012 et 2023 parmi les rares pays à afficher des progrès en littératie numérique, quand la moyenne mondiale stagnait[6].
En France, douze ans après le lancement du « service public du numérique éducatif », le constat est sévère : notre pays a beaucoup dépensé, et mal. Tant que la formation restera pilotée par un acteur public sans obligation de résultat, tant que la France confondra l’achat d’un outil avec la maîtrise d’une compétence, elle restera à la traîne et en paiera le prix.
[1] Rapport « Le service public numérique pour l’éducation : un concept sans stratégie, un déploiement inachevé » (Cour des comptes, 8 juillet 2019)
[2] « Numérique pour l’éducation 2023-2027 : la vision stratégique d’une politique publique partagée », ministère de l’Éducation nationale et de la Jeunesse
[3] Sénat, rapport n° 869 (session 2022-2023), « La formation continue des enseignants »
Les points de vue exprimés dans les articles d’opinion sont strictement ceux de l’auteur et ne reflètent pas forcément ceux de la rédaction.
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15 réponses
Tant que la sibsidiarite ne sera appliquée en France la gabegie jacobine à l EN comme dans d autres domaines continuera inéluctablement
La culture de fainéants et d’incultes continue en France ?!! Un asservissement organisé dans ce pays qui est devenu pire que le dernier des pays communiste.
Les 2 photos sont très éloquentes : en France, des élèves qui lisent une tablette comme ils lisent leur portable, passant d’une vidéo à une autre dans une passivité totale ; à Singapour, des élèves qui ont probablement écrit le programme permettant à un robot de se déplacer et qui s’assurent que la programmation est correcte, dans une démarche très pro-active.
Mais tout n’est peut-être pas perdu pour les petits français : les élèves à Singapour ont-ils reçu une éducation sexuelle ?
Je me souviens de la distribution d’Ipad au collège en Corrèze (brillante idée de Flanby à l’époque) et on avait ouvert une section réparation (gratuite) à Tulle… je le souviens avoir vu les élèves shooter dans les cartables avec les IPads… ils s’en fichaient c’était « gratuit « et ils s’en servaient plus pour s’amuser que pour travailler… voire même s’éduquer sur les sites porno…. Un vrai plus pour leur culture. Les réparations coûtaient un bras aux citoyens car c’était bel et bien eux qui payaient. Après dans mon lycée on a introduit les tablettes obligatoires (et payantes) c’était le lycée du numérique et donc on devait tous faire le plus possible nos cours sur tablette (sans formation evidemment) les élèves s’amuser à regarder des mangas ou des séries ou faire des jeux pendant les cours …. Plus intéressant que de suivre le cours. J’avais interdit l’utilisation des tablettes pour prendre les cours et ils avaient tous des cahiers. Je n’utilisais les tablettes que pour les vidéos car en langue j’avoue que c’est très utile et bien mieux que les vieux magnétoscopes à K7 de l’époque. On travaillait sur des documents authentiques et récents et non avec des scènettes artificielles avec des acteurs de seconde zone… mais sinon je suis contre. Les élèves n’écrivent plus et attendent de recevoir le cours du prof sur la tablette qu’ils liront … ou pas …. On est bien loin du modèle singapourien… après les asiatiques ne sont pas pour rien premiers sur la carte des QI
Cette litanie des échecs de l’état est véritablement décourageante. Comment peut-on enfin en sortir ?
Merci en tous cas à Contrepoints de la dénoncer. Peut-être serait-il opportun d’en faire un « livre blanc » à faire porter par un (ou des) candidat(s) un tout petit peu équipé neurologiquement à la prochaine présidentielle ?
Apprenons-leur à lire correctement, écrire lisiblement et sans fautes, à calculer. (Je parle des élèves, bien sûr.)
Les gadgets numériques ne sauraient remplacer ces compétences fondamentales.
Et n’oublions pas de leur apprendre à savoir se repérer dans l’espace -Géographie- et le temps -Histoire-. Avec la maitrise de la langue maternelle -lecture et écriture- et du calcul, ça n’est pas un hasard si au brevet les 3 disciplines évaluées sont le Français, les Mathématiques et l’Histoire Géographie ! Nous avons tendance à oublier à quel point cette troisième discipline fait partie du socle commun : c’est la saint trinité des fondamentaux indispensables à la préparation de la vie professionnelle active, sans quoi nous ne pouvons absolument rien faire !
L’éducation nationale est un VRAI DÉSASTRE ( je suis sûr que c’est fait exprès ). J’ai eu l’occasion de comparer mes cahiers niveau BEPC ( que j’ai gardé ) fin 50 au début des années 60, avec ceux de maintenant, stupeur !!
Le niveau est consternant !!! Surtout pour l’éducation générale. Sans être trop méchant, je pense, que le niveau du BAC actuel, correspond à peine au certificat d’étude primaire de l’époque. Beaucoup exagéré, certes, mais si peu !!
Les tablettes à l’école, sont faites, pour moi, pour habituer les gens à être entièrement contrôlés, surveillés, etc… Et avec L’INTELLIGENCE ARTIFICIELLE, je n’ose même pas imaginer ce que ça va devenir….. Bon courage pour l’avenir…..
à l’heure de l’IA, il est plus stupide que jamais que l’école court après la modernité en perpétuelle accélération… Bien au contraire, l’école doit se concentrer sur la formation intellectuelle (logique, grammaire, calcul, lecture, écriture, physique, voire musique et entretien physique) et sur la culture générale… Armé d’un tel bagage classique, chacun peut ensuite se spécialiser à l’âge adulte et s’approprier les nouvelles technologies. L’école gaucharde française, imbibée d’idéologie et de sectarisme, fait tout le contraire. Le déclin n’est pas près d’être enrayé. Le pire est que nos zélites sont persuadées d’avoir raison contre le monde entier !
La bêtise « bourdieusienne » de notre république gaucharde nie la primauté de la formation intellectuelle et de la culture générale. L’école républicaine se mêle de former des « citoyens » (endoctrinement idéologique) voire de préparer à des métiers (pseudo utilitarisme). La quadrature de l’inefficacité et de la destruction du capital humain. Et ce n’est pas près de changer… embourbé dans les pires ornières de lumières mal digérées et clivantes, notre pays ne veut pas regarder en face ce qu’il y a de bon et de nécessaire dans la formation classique des cerveaux et des esprits. L’école doit former les esprits, et c’est à l’âge adulte que chacun va acquérir ensuite les savoirs spécialisés utiles à sa profession.
Si il y avait une échelle des valeurs nous serions comme d habitude sur la dernière marche ! Nous sommes devenus les bouffons du monde tout cela grâce à nos « chers », inutiles et incompétents du gouvernement ! Ils se gonflent de suffisance et en sont fiers. Ils sont tellement ridicules qu’ils donnent envient de pleurer ou de tout casser ! Faut voir….
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15 réponses
Tant que la sibsidiarite ne sera appliquée en France la gabegie jacobine à l EN comme dans d autres domaines continuera inéluctablement
SANS AUCUN DOUTE !!!
La culture de fainéants et d’incultes continue en France ?!! Un asservissement organisé dans ce pays qui est devenu pire que le dernier des pays communiste.
Les 2 photos sont très éloquentes : en France, des élèves qui lisent une tablette comme ils lisent leur portable, passant d’une vidéo à une autre dans une passivité totale ; à Singapour, des élèves qui ont probablement écrit le programme permettant à un robot de se déplacer et qui s’assurent que la programmation est correcte, dans une démarche très pro-active.
Mais tout n’est peut-être pas perdu pour les petits français : les élèves à Singapour ont-ils reçu une éducation sexuelle ?
Je me souviens de la distribution d’Ipad au collège en Corrèze (brillante idée de Flanby à l’époque) et on avait ouvert une section réparation (gratuite) à Tulle… je le souviens avoir vu les élèves shooter dans les cartables avec les IPads… ils s’en fichaient c’était « gratuit « et ils s’en servaient plus pour s’amuser que pour travailler… voire même s’éduquer sur les sites porno…. Un vrai plus pour leur culture. Les réparations coûtaient un bras aux citoyens car c’était bel et bien eux qui payaient. Après dans mon lycée on a introduit les tablettes obligatoires (et payantes) c’était le lycée du numérique et donc on devait tous faire le plus possible nos cours sur tablette (sans formation evidemment) les élèves s’amuser à regarder des mangas ou des séries ou faire des jeux pendant les cours …. Plus intéressant que de suivre le cours. J’avais interdit l’utilisation des tablettes pour prendre les cours et ils avaient tous des cahiers. Je n’utilisais les tablettes que pour les vidéos car en langue j’avoue que c’est très utile et bien mieux que les vieux magnétoscopes à K7 de l’époque. On travaillait sur des documents authentiques et récents et non avec des scènettes artificielles avec des acteurs de seconde zone… mais sinon je suis contre. Les élèves n’écrivent plus et attendent de recevoir le cours du prof sur la tablette qu’ils liront … ou pas …. On est bien loin du modèle singapourien… après les asiatiques ne sont pas pour rien premiers sur la carte des QI
Cette litanie des échecs de l’état est véritablement décourageante. Comment peut-on enfin en sortir ?
Merci en tous cas à Contrepoints de la dénoncer. Peut-être serait-il opportun d’en faire un « livre blanc » à faire porter par un (ou des) candidat(s) un tout petit peu équipé neurologiquement à la prochaine présidentielle ?
Apprenons-leur à lire correctement, écrire lisiblement et sans fautes, à calculer. (Je parle des élèves, bien sûr.)
Les gadgets numériques ne sauraient remplacer ces compétences fondamentales.
Et n’oublions pas de leur apprendre à savoir se repérer dans l’espace -Géographie- et le temps -Histoire-. Avec la maitrise de la langue maternelle -lecture et écriture- et du calcul, ça n’est pas un hasard si au brevet les 3 disciplines évaluées sont le Français, les Mathématiques et l’Histoire Géographie ! Nous avons tendance à oublier à quel point cette troisième discipline fait partie du socle commun : c’est la saint trinité des fondamentaux indispensables à la préparation de la vie professionnelle active, sans quoi nous ne pouvons absolument rien faire !
Une mesure tape à l’œil onéreuse de plus : pas grave, c’est l’Etat qui paie disait Hollande…
L’éducation nationale est un VRAI DÉSASTRE ( je suis sûr que c’est fait exprès ). J’ai eu l’occasion de comparer mes cahiers niveau BEPC ( que j’ai gardé ) fin 50 au début des années 60, avec ceux de maintenant, stupeur !!
Le niveau est consternant !!! Surtout pour l’éducation générale. Sans être trop méchant, je pense, que le niveau du BAC actuel, correspond à peine au certificat d’étude primaire de l’époque. Beaucoup exagéré, certes, mais si peu !!
Les tablettes à l’école, sont faites, pour moi, pour habituer les gens à être entièrement contrôlés, surveillés, etc… Et avec L’INTELLIGENCE ARTIFICIELLE, je n’ose même pas imaginer ce que ça va devenir….. Bon courage pour l’avenir…..
à l’heure de l’IA, il est plus stupide que jamais que l’école court après la modernité en perpétuelle accélération… Bien au contraire, l’école doit se concentrer sur la formation intellectuelle (logique, grammaire, calcul, lecture, écriture, physique, voire musique et entretien physique) et sur la culture générale… Armé d’un tel bagage classique, chacun peut ensuite se spécialiser à l’âge adulte et s’approprier les nouvelles technologies. L’école gaucharde française, imbibée d’idéologie et de sectarisme, fait tout le contraire. Le déclin n’est pas près d’être enrayé. Le pire est que nos zélites sont persuadées d’avoir raison contre le monde entier !
La bêtise « bourdieusienne » de notre république gaucharde nie la primauté de la formation intellectuelle et de la culture générale. L’école républicaine se mêle de former des « citoyens » (endoctrinement idéologique) voire de préparer à des métiers (pseudo utilitarisme). La quadrature de l’inefficacité et de la destruction du capital humain. Et ce n’est pas près de changer… embourbé dans les pires ornières de lumières mal digérées et clivantes, notre pays ne veut pas regarder en face ce qu’il y a de bon et de nécessaire dans la formation classique des cerveaux et des esprits. L’école doit former les esprits, et c’est à l’âge adulte que chacun va acquérir ensuite les savoirs spécialisés utiles à sa profession.
Singapour forme des compétences pour fabriquer des tablettes aux français?
Photo de droite, les élèves sourient et semblent passionnés ! photo de gauche (français) les élèves sont dubitatifs et ne sourient pas.Tout est dit !
Si il y avait une échelle des valeurs nous serions comme d habitude sur la dernière marche ! Nous sommes devenus les bouffons du monde tout cela grâce à nos « chers », inutiles et incompétents du gouvernement ! Ils se gonflent de suffisance et en sont fiers. Ils sont tellement ridicules qu’ils donnent envient de pleurer ou de tout casser ! Faut voir….