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lundi 13 juillet 2026

« Plus égale moins » : le slogan qui tue la France

Temps de lecture : 4 minutes

La dépense, la taxation et la réglementation constituent l’horizon indépassable de nos politiciens, incapables d’envisager l’action publique autrement qu’en aggravant ces fardeaux. Tout l’enjeu sera d’arriver à installer, dans les cerveaux lavés à l’étatisme, l’idée que la solution serait de faire l’inverse.

« Plus égale moins » : c’était il y a quelques années le slogan publicitaire d’une chaîne de magasins hard discount. Son but : vous inciter à consommer, car « plus vous achetez, moins c’est cher ». Aurait-il eu une action subliminale sur nos politiciens qui, à quelques exceptions près, ont progressivement ruiné le pays ?

Car ils ont dépensé, prélevé, réglementé, toujours plus… Mais, contrairement aux promesses de la publicité, rien n’est devenu « moins cher », c’est-à-dire mieux pour le consommateur ou l’utilisateur. Tout est plutôt devenu moins performant : services publics moins efficaces, économie moins prospère, nation moins forte. Les trois marqueurs les plus significatifs de l’action publique – la dépense, la taxation, la réglementation – révèlent avec clarté plus de quarante ans de dérive étatiste : toujours plus de moyens engagés, pour toujours moins de résultats obtenus.

La démonstration est aisée. La France consacrait 333 milliards d’euros à la santé en 2024, soit 12 % de son PIB : l’équivalent de 5 000 euros par habitant, là où la moyenne européenne s’élève à 3 400 euros. Nous dépensons donc 47 % de plus pour un service qui ne satisfait plus grand monde. La même année, 20% des établissements hospitaliers déclaraient avoir fermé leur service d’urgences au moins une fois. Puisque 87 % du territoire national sont un désert médical, six millions de Français n’ont pas de médecin traitant, tandis que deux tiers d’entre eux renoncent à un rendez-vous chez un généraliste faute de pouvoir l’obtenir dans des délais raisonnables. Plus nous dépensons, moins nous nous soignons. Voilà toute la brutalité du paradoxe, qui s’éclaire vite lorsque l’on regarde de plus près le détail des budgets : 33% des ressources de l’hôpital public français sont consacrés à l’administration, contre 25% en Allemagne. La dépense est absorbée par les bureaux au détriment du terrain, en l’occurrence du soin.

Ce n’est pas le seul domaine dans lequel, mal ciblée, la dépense est aussi, souvent, improductive. Par exemple, en quarante ans, les dépenses en « politiques de l’emploi » ont explosé de 1700%, tandis que le taux de chômage est resté stable. On a plus créé d’emplois dans les administrations chargées d’aider à en trouver que pour leurs usagers.

« La France n’a plus les moyens » : rien n’est plus faux

Mais « on n’a plus les moyens », entend-on régulièrement. Rien n’est plus faux. La France reste un pays riche, grâce aux ressources qu’elle prélève plus que partout ailleurs dans les poches de ses citoyens. Simplement, elle en fait n’importe quoi. Pensez que sur 1 000 euros d’argent public, 5 euros sont affectés à la Justice, mission essentielle de l’Etat, et 253 euros… aux retraites.

En 20 ans, le Code du travail a connu une inflation normative de 124 %. Les travailleurs Français ne sont pourtant pas moins protégés contre le chômage que les Suisses, dont le taux d’inactivité est près de deux fois moindre, et le nombre d’articles qui régissent leur vie dans leur propre Code est 57 fois inférieur. Plus on a légiféré sur le travail, moins on a fait reculer le chômage.

Passons au Code de l’urbanisme : +54 % de normes en 20 ans. Ajoutons les surcouches bureaucratiques qui, bien souvent, tiennent en trois lettres : ZAN (zéro artificialisation nette), loi SRU (solidarité et renouvellement urbain), DPE (diagnostics de performance énergétiques), toutes fondées sur de bonnes intentions écologiques dont l’enfer est pavé, et nous obtenons la pire crise du logement des dernières décennies. Plus on a réglementé la production de logements, moins on a pu satisfaire cette nécessité première, se loger.  Un contre-exemple nous vient d’Argentine : depuis que Javier Milei a supprimé l’encadrement des loyers, l’offre locative a explosé de 200 % à Buenos Aires, en seulement quelques mois.

La maîtrise du peuplement offre aussi un exemple frappant de surrégulation impuissante. En trente ans, la France a voté trente lois sur l’immigration. Pourtant, ce sont 380 000 titres de séjour qui ont été délivrés l’an dernier, un record absolu. Plus on a légiféré sur l’immigration, moins on l’a contrôlée. Et outre l’insécurité, qui en découle fortement, a explosé. Mais comment les policiers pourraient-ils efficacement la contrer, quand 64% de leur temps sont consacrés à des tâches administratives ? Plus on alourdit les procédures, moins les forces de l’ordre sont disponibles sur le terrain.

Entre l’augmentation du périmètre de la puissance publique et la diminution de la qualité des services publics, il n’y a pas corrélation mais bien causalité.

Ce « n’importe quoi qu’il en coûte » n’est possible que par l’endettement, qui finit par dévorer ce qu’il prétendait financer : nous consacrons désormais autant d’argent au remboursement des intérêts de la dette qu’à la Défense. Quand la « surdépense » détruit le service public, la surréglementation et la surfiscalité, elles, agissent comme des boulets attachés aux chevilles qui nous empêchent d’avancer au même rythme que les autres.

Moins égale plus

En France, où on n’a pas de pétrole mais plus beaucoup d’idées non plus, nos politiciens carburent toujours à la même lubie : il suffirait de remettre de l’essence dans le moteur pour faire avancer la voiture. Ils ne voient pas qu’ils en ont perdu les commandes, que son réservoir est percé et qu’elle fonce dans le mur.

Il n’y a pas d’autre solution que d’inverser le slogan, pour que  « moins égale plus ». C’est-à-dire faire mieux avec moins. On nous parle toujours de sobriété, qu’on y vienne réellement ! La parole publique, aussi bavarde qu’inopérante, les moyens publics, la production de normes et de fiscalité… n’auraient qu’à y gagner.

Les points de vue exprimés dans les articles d’opinion sont strictement ceux de l’auteur et ne reflètent pas forcément ceux de la rédaction.

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Une réponse

  1. Article très intéressant qui présente de manière synthétique la situation économique de notre pays.

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