Le « géographe » très cathodique (mais absolument pas académique) Christophe Guilluy était en terrain conquis lorsqu’il a donné un entretien à l’hebdomadaire Marianne. Il y a distillé ses thèses habituelles dont le simplisme est le mot d’ordre, vocabulaire holiste à l’appui (autrement dit, une méthode anti-individualiste radicale qui se fonde sur des entités).
D’un côté, il y a les gentils : ce sont les « classes moyennes et populaires » qui vivent dans les petites villes, les villes moyennes et les zones rurales, c’est la « France périphérique », bref les exploités. De l’autre, il y a les méchants : ce sont les bourgeoisies des grandes villes, c’est la « France des métropoles globalisées », bref les exploiteurs, mais aussi les bénéficiaires de la « mondialisation néolibérale ».
Christophe Guilluy préfère maintenant utiliser deux mots, dont il indiquait benoitement l’année dernière qu’ils lui avaient été conseillés par Jean-Claude Michéa, une référence philosophique de l’antilibéralisme pathologique (Le Figaro, 15 juillet 2024) : l’opposition entre Périphéria et Métropolia.
Dans cette lutte des classes revisitée sur des bases topographiques, nul ne trouve grâce aux yeux de notre géographe qui, au fil des nombreux entretiens qu’il donne, répète que personne n’a rien compris à part lui. Et pourtant, les choses sont si simples ! Il suffit de répondre à « la demande de la majorité ordinaire » qui, dit-il, « repose sur quatre points cardinaux : le travail, la préservation de l’Etat providence, la sécurité et la régulation des flux migratoires ». Un programme populiste dont on ne voit pas en quoi il ne serait pas soluble dans celui du Rassemblement National… Un RN qui a eu, selon lui, le mérite de s’adapter, contrairement à la droite et à la gauche, puisque, hier, il était « ultralibéral » (ne rions pas) et, aujourd’hui, il est « étatiste ». C’est que le parti de Marine Le Pen a eu le mérite de s’adapter à la demande. Car, pour notre géographe, « un politique est là pour répondre à la demande, pas pour guider le peuple ». Et justement, ainsi qu’il l’exprimait dans l’entretien précité au Figaro, « la demande des gens ordinaires » n’est pas un problème, mais « la solution ». et cette solution, c’est un double attachement au régalien et à l’État providence. Et ce, en contrepoint, vient-il de dire à Marianne, du « modèle néolibéral globalisé », qui « crée des richesses et des emplois pour une minorité et dépossède (sic) les autres de ce qu’ils ont, et surtout de ce qu’ils sont ».
Les allégations de Christophe Guilluy sont non seulement fausses, mais elles sont inquiétantes et démagogiques. D’abord, c’est la mondialisation qui a permis de réduire la pauvreté (nous élargissons nos propos, car notre auteur est géographe et car il considérait en 2024 avec force modestie que sa grille de lecture permettait « de comprendre les dynamiques culturelles et politiques à l’œuvre dans tous les pays occidentaux »). Ensuite, la mondialisation a bon dos pour expliquer les faiblesses structurelles de notre pays engoncé dans l’Etat providence le plus pesant de l’univers. Enfin, dire que la politique doit obéir à la demande et non pas à l’offre (on peut supposer que c’est aussi l’idée de l’auteur sur le plan économique…), c’est magnifier la majorité du moment dans les urnes ou, pis, simplement dans les sondages.
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