Pour la 6ème période d’existence des certificats d’économies d’énergie (CEE) depuis le nouveau décret qui les a instaurés, les fournisseurs d’énergie verront leurs obligations augmenter de 1 050 TWh cumac (l’unité employée pour le calcul des primes CEE) par an à partir du 1er janvier prochain. La hausse est vertigineuse : + 27 % par rapport à 2023-2025 et + 1 844 % par rapport à 2006-2010. Le gouvernement la justifie par la nécessité de « maintenir l’ambition écologique, tout en luttant contre les fraudes et les effets d’aubaine », mais le système est à la fois coûteux pour les ménages et les entreprises et sans impact autre que marginal sur l’environnement.Â
À l’origine, le CEE est un dispositif adopté en 2005 afin de répondre aux exigences de l’UE en matière d’efficacité énergétique, et par extension, à celles du protocole de Kyoto. Il force les fournisseurs d’énergies à financer la mobilité électrique et la rénovation énergétique, sous peine de sanctions financières s’ils n’atteignent pas les objectifs d’économies fixés par l’État. EDF, Engie ou TotalEnergies peuvent donc obtenir un certificat si, par exemple, ils aident financièrement un client qui veut remplacer sa chaudière au fioul par une chaudière au gaz à très haute performance énergétique (THPE) ou par une pompe à chaleur hybride. Même chose s’ils versent une prime ou un bon d’achat à un client qui souhaite réaliser des travaux d’isolation dans son habitation.
Comment les CEE font augmenter la facture des ménages…
En théorie, les CEE ne coûtent pas aux consommateurs. Pour le ministère de la Transition écologique, ils ont « un coût pour les énergéticiens, mais ils font baisser la facture des Français ». En pratique, c’est complètement faux : la Cour des comptes les qualifie de « quasi-taxe » pour les ménages et les entreprises, et a estimé que leur coût moyen annuel était de 164 € pour un ménage en 2023, soit 4,3 % de sa facture d’énergie. Ce n’est pas tout. Selon Olivier Gantois, directeur de l’Ufip Energies et mobilités, les CEE représentent environ 11 centimes du prix du litre de carburant et la révision des objectifs dès le 1er janvier devrait entraîner une hausse de 4 à 6 centimes supplémentaires.
Bien sûr, le ministère récuse le mot d’impôt » et parle de « désinformation » lorsque des hommes politiques dénoncent une « agression fiscale ». Certes, le CEE ne figure ni dans le budget de l’État, ni dans les prélèvements obligatoires, mais il ressemble bien à un impôt déguisé qui échappe au contrôle du Parlement et n’a été soumis à aucun vote.
… pour un impact écologique quasi nul
Jean-Luc Fugit, président du Conseil supérieur de l’énergie et député Renaissance, affirme que les certificats servent à « accompagner à la fois la décarbonation de nos usages et la réduction de notre consommation ». Là aussi, c’est faux.
Premièrement, le postulat ne repose sur aucun élément factuel : la France ne compte que pour 0,68 % dans les émissions de CO2 à échelle mondiale (la Chine pour 31,84 %, les États-Unis pour 12,71 %, l’Inde pour 8,27 %…) et bénéficie déjà d’une énergie décarbonée en grande partie grâce à son parc nucléaire. La Cour des comptes a d’ailleurs estimé que le bénéfice lié à la réduction des gaz à effet de serre était « insignifiant au regard de l’ampleur du dispositif » : en 2015, le CEE aurait permis une baisse évaluée entre 0,3 et 0,5 % des émissions territoriales.
Deuxièmement, sur la base des données de l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe), la Cour des comptes relativise l’importance des CEE : les économies d’énergie sont en réalité surestimées de 27 % au total, notamment à cause de fiches administratives trop standardisées, de délais d’instruction trop longs pour des opérations spécifiques, de travaux inexistants ou de mauvaise qualité.
ConclusionÂ
La décarbonation de nos usages et la réduction de notre consommation d’énergie sont le fruit du développement économique et des innovations industrielles. En cherchant à substituer au marché libre une politique fondée sur des mécanismes de redistribution et des impôts cachés, l’État crée inévitablement des distorsions économiques. La Cour des comptes l’a bien montré : les CEE impliquent des transferts financiers importants en provenance du secteur des transports et du bâtiment tertiaire au profit du résidentiel et de l’industrie, et qui n’auraient pas lieu d’être autrement (du moins, pas dans ces proportions).
Au regard des constats établis par la Cour, l’abolition des CEE apparaît comme une mesure de bon sens. Y mettre fin reviendrait à réduire la facture énergétique des ménages de 164 € par an en moyenne. Ce serait aussi apporter plus de transparence à l’action de l’État : chaque dépense devrait être votée, débattue et vérifiée, au lieu d’être financée en dehors de tout contrôle démocratique au nom d’une transition écologique imposée par le haut.
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14 réponses
Le monde doit rendre aux français ce qu’il leur doit.
Je m’explique:
Depuis plus de 50 ans la France, grâce à son nucléaire financé par les français, a fait économiser au monde 12 milliards de tonnes de co2. A 0,80€ la tonne cela représente près de 10 milliards d’euros. Alors si on cherche de l’argent, c’est là qu’il faut le prendre, pas dans la poche des français qui ont déjà beaucoup donné.
Excellente observation, néanmoins une goutte d’eau comparé à nos 3000 Md de déficit…..
La complexité, l’agressivité, la toxicité sociale, le caractère totalitaire de ces mesures « environnementales » devrait conduire à leur suppression immédiate, au moins dans un programme politique réaliste qui sera évidemment qualifié d’extrême-droite par la dictature européo-écologiste.
L’art de tuer notre économie et de taxer encore plus les consommateurs. L’écologie punitive fait des ravages alors que notre pays contribue à la marge à la pollution mondiale. Encore un effort et pendant ce temps on signe des accords pour importer du bout du monde ce que l’on est capable de produire en France et en Europe. C’est de la folie.
Et surtout n’oublions pas que le gaz carbonique n’a pas grand chose à voir avec les fluctuations climatiques, d’une part les théories du GIEC sont simplistes et émaillées d’erreurs, d’autre part il suffit de regarder le climat des dix derniers millénaires pour s’en convaincre.
Encore une fois, entrer dans la discussion climatique n’a pas de sens pour un libéral qui ne devrait s’occuper que des libertés. J’ai beau être scientifique, je n’ai pas de certitude sur les mécanismes de réchauffement climatique et je pense que la quasi-totalité des politiques et les journalistes en ont encore moins que moi.
Il faut se concentrer sur les libertés et le libre jeu du marché, et c’est à ce titre qu’il faut supprimer cette complication.
Si le libre jeu du marché permettait de résoudre la question des économies d’énergies, pourquoi le marché ne l’a-t-il pas encore fait.
Il y a en science économie la notion de défaillances du marché qui a fait l’objet de nombreux travaux. Ceux-ci montrent que le libre jeu du marché ne suffit pas à résoudre tous les problèmes.
En tant que scientifique, vous n’avez pas de certitudes, et c’est normal, c’est même le propre de tout scientifique honnête. Les politiciens qui, en quasi totalité, n’ont aucune culture scientifique sont eux, bourrés de certitudes. Comme on dit, la science pose des questions auxquelles l’ignorance voudrait apporter des réponses.
Ambition écologique ,que de dépenses ne fait-on pas en ton nom !!!.
Et tout est fait en douce . Combien de français sont avisés de ces CEE et combien cela leur coûte !
Votre lecteur Jean-Aymar de Sékonla a tout résumé.
« La France ne compte que pour 0,6% des émissions de CO2 ».
Il est totalement absurde de comparer les émissions des pays mais plus cohérent de comparer les empreintes carbones des habitants.
>est vrai que nous législateurs ont montré une capacité hors du commun pour voter utilement et rapidement des budgets ambitieux et réalistes! !! !
leur confier cela revient a tout retarder, voire a tout ruiner par des décisions partisanes et irréalistes.
continuons ainsi et il n’y aura plus de rénovation énergétique, …
et l’Etat français devra payer des penalités a Bruxelles !
on marche sur le tête
Les CEE sont une aubaine pour les escrocs.
Exemple :
Dans ma copropriété, le CEE a financé le remplacement de l’isolation des tuyaux de chauffage par une isolation strictement identique !…
Saisie par mes soins, la DDCCRF n’a pas bougé une oreille.
sauf erreur de ma part, l’isolation des garages à 1 € a été financée avec cette taxe ! Un gaspillage d’argent du contribuable doublé d’un flop !
Monsieur Fugit est un incapable qui n’a de cesse de se réclamer de sa qualité de chimiste pour défendre l’indéfendable politique énergétique de la France qui, depuis 2010 au moins (loi NOME), organise la destruction de l’appareil de production d’électricité du pays et instaure les investissements inutiles du solaire et de l’éolien qui nous préparent à des pénuries à plus ou moins long terme.