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mardi 21 juillet 2026

Pourquoi le Royaume-Uni n’a pas tiré bénéfice du Brexit

Temps de lecture : 4 minutes

Les médias n’ont pas eu de mots assez durs ces jours derniers pour qualifier la sortie, naguère, du Royaume-Uni de l’Union européenne. Qu’en est-il vraiment ?

L’affaire est entendue : le Brexit fut une erreur. Et tous les Britanniques qui ont voté pour sortir de l’Union européenne (UE) le 23 juin 2016 le regrettent maintenant amèrement. Telle est gros l’histoire que nous racontent depuis plusieurs jours les médias français.

Le Monde évoque « dix années de désillusion ». 20 minutes se demande s’il ne s’agit pas là de « la plus longue gueule de bois de l’Histoire ». Les Échos montrent, graphiques à l’appui, que « le Brexit a coûté cher aux Britanniques ». Pour Libération, il s’agit de « la décennie du grand gâchis ». CNews affirme que nos voisins « seraient prêts à réintégrer l’Union européenne ». Nous pourrions multiplier les exemples à l’envi.

Quant à Gabriel Attal, candidat potentiel à l’élection présidentielle de 2027, dans une tribune au Figaro, il parle du Brexit comme d’une « catastrophe pour la Grande-Bretagne » et demande à ce qu’on la fasse « réadhérer à l’Union européenne ».

Ne peut-on cependant trouver quelques points positifs à cet évènement ? Et s’il est difficile de nier que le Royaume-Uni ne se porte pas très bien aujourd’hui, est-il honnête d’en rejeter toute la faute sur le Brexit ?

La France ne fait pas mieux que le Royaume-Uni

Il convient de préciser d’abord que, si le vote des Britanniques a eu lieu en juin 2016, la sortie du Royaume-Uni de l’UE n’a été effective que le 31 janvier 2020, et celle du marché unique et de l’union douanière le 31 décembre de la même année. Cela fait donc cinq ans et demi que le pays est vraiment détaché de l’UE. Faire un bilan décennal n’est-il pas précipité ?

Il est vrai que de nombreux travaux prévoyaient un effet négatif du Brexit sur l’économie, le PIB, les investissements et la productivité britanniques. Par exemple, en 2018, le Trésor avançait que le Royaume-Uni perdrait entre 2% et 8% de croissance dans les quinze années suivant la sortie de l’UE. En novembre 2025, une étude du National Bureau of Economic Research (NBER) estimait que le PIB britannique a été, en 2025, inférieur de 6% à 8% à ce qu’il aurait été sans le Brexit. Une analyse plus récente de Bloomberg Economics (juin 2026) situe le coût du Brexit entre 2% et 4% du PIB.

Mais comment réellement évaluer les conséquences du seul Brexit dans une période marquée par la pandémie de covid-19, et alors que les événements perturbateurs pour l’économie (guerre russo-ukrainienne, guerre dans le golfe persique…) se multiplient depuis ? Il nous semble que considérer, comme le fait Le Monde, que tous les maux actuels du Royaume-Uni – croissance économique en berne, commerce entravé, perte d’influence dans le monde, hausse de l’immigration… – résultent du seul Brexit, relève de la mauvaise foi.

Entre 2021 et 2025, le PIB britannique a progressé de 3,26% en moyenne annuelle et le PIB français, lui, de 2,6% seulement. Et si l’on prend l’année 2016 pour point de départ – en considérant que les acteurs économiques ont, au minimum, eu une attitude attentiste jusqu’à ce que l’accord de sortie de l’UE soit signé – la croissance moyenne annuelle du PIB britannique ressort à 1,14% contre 1,22% pour la France.

En 2016, le PIB par habitant en parité de pouvoir d’achat (PPA) était de 43.000 $ en France et de 44.500 $ au Royaume-Uni. En 2025, les chiffres sont respectivement de 59.000 $ et de 60.000 $. Le PIB français par habitant a certes progressé plus vite que le britannique, mais il ne l’a pas encore rattrapé… malgré ce Brexit qui pénalise tant l’économie d’outre-Manche.

De nombreuses études évoquent le recul des investissements, la baisse de la productivité, l’augmentation des prix, une diminution des échanges avec l’UE, des tensions sur le marché du travail… Il est probable que cela existe et inquiète les Britanniques : 79% d’entre eux expriment des doutes sur la trajectoire de leur pays. C’est aussi le cas de 90% des Français, selon la même enquête Ipsos de février 2026, alors que leur pays est bien ancré dans l’UE !

Le Brexit : une occasion manquée

En 2016, le débat sur le Brexit opposait souvent deux récits irréconciliables : d’un côté l’annonce d’un effondrement économique, de l’autre la promesse d’un essor spectaculaire grâce à la souveraineté retrouvée.

Nous l’avons vu, la catastrophe économique annoncée n’a pas eu lieu. De nombreuses difficultés actuelles – faible croissance, crise du système public de santé (NHS), productivité stagnante, finances publiques tendues… – étaient déjà là avant la sortie de l’UE.

Si le Royaume-Uni ne se porte pas aujourd’hui aussi bien que les Brexiteurs l’avaient promis, c’est sans doute parce que leur slogan d’alors – « Take back control » (reprendre le contrôle) – a été complètement oublié.

A vrai dire, les partisans du Brexit n’ont pas grand-chose à faire valoir sur ce plan si ce n’est une autonomie réglementaire retrouvée et l’adhésion au partenariat transpacifique (CPTPP). La première a permis à l’agence britannique du médicament (MHRA) d’approuver rapidement les vaccins contre le covid-19 grâce à une procédure nationale indépendante, autorisant une campagne vaccinale plus précoce que dans de nombreux pays européens. Désormais, le Royaume-Uni peut concevoir des procédures d’approbation plus rapides pour les nouveaux médicaments et traitements. Cela devrait attirer les investissements pharmaceutiques et les essais cliniques. Quant au CPTPP (15% du PIB mondial), il ouvre l’accès à des marchés dynamiques d’Asie-Pacifique et devrait, à terme, permettre davantage d’exportations pour les services financiers, l’industrie et l’agroalimentaire britanniques.

En réalité, l’impression générale qui se dégage de l’après-Brexit est celle d’une occasion manquée. Au lieu d’en profiter pour faire reculer l’État, les gouvernements successifs n’ont eu de cesse de le renforcer. Il n’y a pas eu de déréglementation massive et, selon une note du HCSP, « les deux tiers environ du droit hérité de l’UE sont restés inchangés depuis le Brexit ». Les compétences transférées de l’UE ont été accaparées par l’État central au lieu d’être dirigées vers les collectivités locales, les entreprises et les individus.

Quant aux impôts, ils ont fortement augmenté. En 2022, le gouvernement de Boris Johnson a haussé les cotisations sociales pour financer le NHS et la dépendance (hausse qui sera ensuite en grande partie annulée par le gouvernement de Liz Truss). En 2023, Rishi Sunak, conservateur lui aussi, a fait passer l’impôt sur les sociétés de 19% à 25%. Les seuils de l’impôt sur le revenu ont été gelés pendant plusieurs années alors que les salaires et l’inflation augmentaient. Ainsi, davantage de personnes ont payé l’impôt et un nombre accru de contribuables s’est retrouvé dans la tranche à 40%. En 2024, le travailliste Keir Starmer (récemment démissionnaire) a augmenté les cotisations patronales, certaines taxes sur les successions et la taxation des plus-values et des revenus du capital. Le tout représente 40 milliards de livres de hausses d’impôts annuelles.

Les gouvernements d’outre-Manche n’ont fait que maintenir, voire accentuer, tout ce qui fait que l’UE est aujourd’hui la région du monde où la croissance est la plus faible : fiscalité élevée, dépenses sociales importantes, bureaucraties échappant à toute responsabilité, énergie coûteuse… Comment, dans ces conditions, l’économie britannique pourrait-elle se bien porter ?

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14 réponses

  1. Oui, on peut parler d’une occasion ratée à tous points-de-vue… Le Royaume-Uni redevenu indépendant n’a pas vraiment changé de politique, donc sa trajectoire reste la même. Il est tout aussi ridicule de croire qu’un pays ne peut pas quitter l’UE que de croire que ce sera une recette miracle. Personnellement, je suis favorable au Frexit pour ds raisons politiques et identitaires. Mais pas pour des raisons économiques. Ceci posé, des réformes économiques seraient virtuellement plus faciles à mettre en place dans un pays indépendant que dans un pays inséré dans une fédération (à condition d’avoir la volonté politique, ce qui est loin d’être gagné). Mais la question de l’indépendance nationale est identitaire et politique et non pas économique. On peut d’ailleurs être indépendant et avoir des accords de libre-échange avec nos voisins !

    1. Le frexit est une illusion encore pire que le brexit pour 2 raisons l une économique l autre par le positionnement central de la France au sein de l UE
      Pour le 1er point nos indicateurs sont tous dans le rouge vif ce qui va se traduire par une dévaluation de la nouvelle monnaie d au moins 50% du niveau actuel
      Ce qui veut dire que les dépenses sociales vont drastiquement baisser notamment les retraites et la santé
      Le frexit générera la purge dont notre économie a besoin
      Ce sera l ironie de ce songe creux des lendemains souverainistes qui chantent

  2. Très bonne analyse. La sortie de l’UE ne peut rien si le gouvernement n’en saisit pas la chance. Comparons donc avec un autre pays hors UE… la Suisse !

      1. La Suisse n’a pas tout les avantages sans les inconvénients. Elle ne siège pas au parlement européen pour voter des directives qui lui concernent directement. Concernant les frontaliers la Suisse rétrocéde par exemple à la France une partie des impôts prélevés à la source. Une directive européenne oblige désormais la Suisse d’indemniser les chômeurs frontaliers ce qui n’était pas le cas il y a encore cette année. La Suisse participe au fond de solidarité européen à la hauteur de 1 milliard de frs par an. Elle a été temporairement exclus d’Erasmus quelques années suite à des divergences sur les accords bilatéraux.

  3. Vous précisez : « la France ne fait pas mieux que le RU »… 1/3 de normes supprimées en moins de 5 ans. Ne peut-on « laisser du temps au temps » en matière économique ? Qu’en est il de lois en matière de sécurité qui auraient été adoptées depuis la sortie du Brexit, lesquelles chez nous seraient retoquées par la CEDH ou quelque autre acronyme ? Je note aussi qu’en cas de crise (comme celle du COVID), les Anglais réagissent plus vite. Enfin, l’immigration a été un élément déclencheur en faveur du Brexit. Article du Parisien de ce jour : « Trop élevé pour le contribuable britannique, les réfugiés au Royaume-Uni devront participer au coût de leur hébergement ». Attendons encore les résultats du labo.

    1. AU vu des élections à venir, c’est Nigel Farrage, le promoteur du brexit qui risque de sortir: Le Brexit va bientôt réellement commencer! et c’est seulement à ce moment la qu’on enverra les effets.

  4. Toutes les difficultés du R.U. résultent des politiques scélérates menées par ceux qui se sont accaparés le pouvoir et ont tout fait pour punir le peuple britannique de son vote libérateur. A commencer par May qui tenté par tout les moyens de faire échouer le négociations, puis par Johnson qui à rapidement écarté les partisans du Brexit pour se réfugier dans les jupes de sa concubine, peut-être était-il plus préoccupé par sa braguette que par le sort du peuple, et pour terminer avec Stamer qui réfléchissait à des accords avec l’U.E.

  5. Le brexit reflète a merveille ce populisme qui agite des idées simplistes avec des solutions naïves
    Cet échec était largement prévisible
    L instabilité gouvernementale au RU exacerbe les tensions comme en France
    Le RU et la France sont les hommes malades du continent
    Ils vont se faire rattraper puis dépasser par les pays de l est beaucoup plus dynamiques comme la Pologne, Tchèquie, Hongrie….qui sont déjà au niveau des pays du sud

  6. Toute politique socialiste mène à l’échec économique, lorsqu’on taxe plus c’est autant de moins pour l’investissement.

  7. Les anglais qui ont voté pour le Brexit avaient peur d’être envahis par les migrants. Ils n’ont pas vu qu’ils étaient déjà envahis!

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