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dimanche 4 octobre 2026

Projets de loi de finances 2027 : un budget fallacieux

Temps de lecture : 4 minutes

La dépense publique, qui représentait 56,6 % du PIB en 2025, est prévue à 56,9 % en 2027. Le gouvernement annonce une baisse des dépenses publiques alors que la dépense primaire passerait de 1 662,5 Md€ en 2026 à 1 691 Md€ en 2027, soit 28,5 Md€ de plus. Charge de la dette comprise, le total des dépenses publiques grimpe de 1 742 à 1 784 Md€ : 42 milliards d’euros supplémentaires en une seule année.

Le gouvernement nous dit que l’augmentation des dépenses de l’Etat est due à la Défense et aux intérêts de la dette. Mais M. Macron, qui dirige le pays depuis près de dix ans, n’est-il pas responsable de cette dette publique actuelle de 3 595,5 Md€, 119% du PIB, dont les intérêts représenteront 91,2 Md€ en 2027 ? Par ailleurs, l’augmentation de nos dépenses sociales, les plus élevées du monde en % de PIB, est prévue en hausse de 2% : elle passerait de 816,6 Md€ en prévisions 2026 à 833,8 Md€ en prévisions 2027. On réduit encore l’Etat régalien au profit de l’Etat social sous le poids duquel la France succombe.

Nous avons déjà présenté dans les colonnes de Contrepoints les principaux postes de ces lois de finances de l’Etat (PLF) et de la Sécurité sociale (PLFSS). Il nous paraît nécessaire d’en souligner le caractère insincère.

Une présentation qui trompe énormément

Le gouvernement mélange les éléments de comparaison et les références pour livrer des chiffres complaisants et des économies spectaculaires qui ne sont que de la poudre aux yeux. L’IREF a déjà expliqué que cet effort n’est pas réel mais calculé par rapport à la projection de ce que ce serait si rien n’était fait. Les 54 Md€ d’efforts budgétaires prévus intègrent au surplus 11 Md€ d’économies au titre de mesures déjà décidées et mises en œuvre en 2026.

Le gouvernement évoque « les conséquences doublement négatives du conflit au Moyen-Orient et des événements climatiques de l’été » pour justifier son déficit public 2026 de 5,4% au lieu des 5% prévus. Ce n’est qu’un mauvais prétexte. Il n’avait qu’à faire plus d’économies.

« Aucune hausse générale des principaux impôts n’est proposée » dit le dossier de presse du ministère sur le budget. Mensonge car la surtaxe d’impôt sur les bénéfices des grandes entreprises (5 Md€) n’avait été votée que pour l’année 2026. La reconduire, différemment, c’est créer une nouvelle taxe.

« Concernant l’État, les crédits des ministères seront gelés en euros courants, hors effort en faveur de nos Armées » nous indique le gouvernement qui, en note de bas de page et en petits caractères, ajoute, hors « la charge de la dette, les financements directs à l’Union européenne et aux collectivités territoriales ».

Globalement, les effectifs de la fonction publique d’Etat, « baisseront de 1 000 ETP [équivalents temps plein] », a annoncé le ministre. Mais les embauches sont annoncées, non seulement pour les fonctions régaliennes, mais pour la réforme de la formation initiale (+4 742 ETP), au titre de la réinternalisation des compétences numériques + 400 agents)… Au total, il y a 6 816 créations d’ETP. Et par ailleurs la non-revalorisation du point d’indice ne signifie en aucun cas que les fonctionnaires ne seront pas augmentés.

Impôts et surcoûts à la charge des Français : 37,6 Md€

Les économies de l’Etat sont négligeables. Ce sont les contribuables, les consommateurs qui paieront.

Pour réduire le déficit public « l’effort reposera prioritairement sur la maîtrise de la dépense publique » nous dit David Amiel, ministre de l’Action et des Comptes publics, dans sa présentation du budget 2027. En réalité il est à la charge, presque tout entier, des Français qui supporteront la baisse des retraites et des prestations familiales, l’augmentation des autoroutes ou des billets d’avion, celle des prix des sodas surtaxés, les impôts supplémentaires sur leurs indemnités diverses et sur les loyers meublés, la hausse des tarifs des complémentaires santé et le non remboursement de certains médicaments, le surcoût de certaines formations. Ils paieront indirectement la raréfaction des crédits accordés par les collectivités locales et la surcharge des impôts payés par les entreprises qui se répercutent toujours en partie dans les salaires sous forme de moindre augmentation.

Un colmatage désordonné

Ces mesures éparpillées pour colmater des brèches et remédier aux causes de nos maux peuvent apparaître malignes. Elles font croire que notre Premier ministre est courageux avant que le Parlement ne détricote son projet et/ou le rejette. Apparemment, les salariés sont épargnés. En réalité ils paieront l’addition comme les autres.

Certes M. Lecornu a raison de s’attaquer aux niches qui mitent indûment notre fiscalité. Mais il le fait à demi, sans vision d’ensemble, au coup par coup. Sa cible privilégiée est la même que celle de M. Macron depuis le début de son mandat : les vieux parce qu’il est jeune, les familles parce qu’il n’en a guère, les entreprises parce qu’il n’a quasiment jamais vécu hors du sérail politico-administratif. Sa vision idéologique voile son jugement : tandis que nos écoles brûlent, il se préoccupe de former nos jeunes à la sexualité et à l’égalité des genres plutôt qu’au calcul, à l’orthographe et à la rigueur. Il « maintiendra, dit-il, son engagement en faveur de la mixité, notamment à travers le  « Plan Filles et maths » et la mise en œuvre des programmes d’éducation à la vie affective et relationnelle (EVAR) et à la sexualité (EVARS) depuis 2025. »

 

Et ce budget dégingandé ne bouchera même pas le trou. Il aggrave le mal profond de notre société anesthésiée, démotivée par un Etat-providence qui favorise l’assistanat au détriment du travail et de l’initiative. Il continue d’augmenter la dette publique. Quand il réduit certains rares impôts, c’est en s’endettant et/ou pour renforcer le rôle de l’Etat comme Edouard Philippe l’a fait en supprimant la taxe d’habitation sans baisser les dépenses mais en tenant désormais les communes sous la dépendance de l’Etat qui les a privées de ressources propres pour les subventionner comme il l’entend.

La France a besoin de réformes structurelles et justes, systémiques plus que paramétriques. Il faut réduire les niches fiscales et sociales, voire les supprimer, mais en en rendant le fruit aux Français. Il faut d’abord réduire les dépenses publiques qui les anesthésient beaucoup plus qu’elles ne les aident.

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