Le budget 2027 promet de réduire le déficit alors que la dette continuerait d’augmenter. Pour juger cette trajectoire, le contribuable doit pouvoir examiner ce qui la ferait dérailler. La simulation peut rendre ce débat plus concret.
Un redressement qui reste conditionnel
Le projet de loi de finances déposé le 1er octobre 2026 prévoit un déficit public de 5,0 % du PIB en 2027, après 5,4 % attendus en 2026. La dette atteindrait pourtant 121,7 % du PIB, contre 119,3 % cette année. Ces chiffres sont des prévisions gouvernementales, pas des résultats acquis, et beaucoup doutent déjà qu’ils soient tenus. Leur rapprochement rappelle surtout qu’un déficit réduit continue d’alimenter l’endettement.
La meilleure illustration du propos figure dans le projet lui-même. L’article liminaire place, dans la colonne voisine de 2027, ce que la loi de programmation de décembre 2023 promettait pour cette même année : un déficit de 2,7 % du PIB, une dette de 108,1 % et une dépense publique à 53,8 %. Le budget présenté annonce 5,0 %, 121,7 % et 56,9 %. Deux points et demi de déficit, près de quatorze points de dette : voilà ce que valent, quatre ans plus tard, des hypothèses que personne n’a pu contester utilement au moment du vote.
Le même projet ramène l’estimation des recettes fiscales nettes de l’État pour 2026 de 363,6 à 357,7 milliards d’euros, soit une révision de 5,9 milliards. Pour 2027, le gouvernement attend 375,7 milliards, en progression de 18 milliards sur la prévision révisée. Il en donne les causes : la guerre en Iran, les événements climatiques de l’été et une croissance ramenée de 1,0 % à 0,5 %.
Un tel écart ne prouve pas, à lui seul, une faute de prévision. Il montre en revanche pourquoi une trajectoire centrale ne suffit pas pour autoriser des engagements durables : les recettes sont sensibles à l’activité, certaines dépenses ne peuvent être ajustées au même rythme. La question utile devient alors précise. Que reste-t-il du redressement annoncé si une partie des recettes manque et si les économies prennent du retard ?
Montrer comment un engagement devient fragile
Le FMI recommande de compléter les prévisions budgétaires par des analyses de sensibilité et des scénarios alternatifs. Les premières font varier une hypothèse, les seconds examinent plusieurs changements cohérents entre eux. La distinction est décisive : une activité plus faible affecte simultanément plusieurs recettes et accroît certaines dépenses, et additionner des chocs indépendants ne décrit pas ce mécanisme. Le Fonds a du reste de bonnes raisons de ne pas croire aux trajectoires françaises : il les a vues manquer assez souvent.
Un tel exercice existe déjà, et son résultat suffirait à justifier la demande. Le projet de loi cite les travaux de la mission des économistes sur la transparence des finances publiques, qui situait le déficit de 2027 à 5,9 % du PIB à politique inchangée. Près d’un point de PIB sépare cette lecture de celle du gouvernement, pour le même pays et la même année. C’est l’ordre de grandeur de ce qui se joue dans le choix des hypothèses, et c’est précisément ce que le Parlement ne voit pas.
Appliquons la logique au budget en discussion. Un premier exercice ferait varier les recettes attendues sans toucher aux décisions de dépense, un deuxième introduirait des retards dans les économies prévues, un troisième y ajouterait un financement plus coûteux. Des tests, non des prévisions de plus.
Encore faut-il nommer les paramètres que l’on veut discuter. Le projet en offre un, et il est central : l’élasticité des prélèvements obligatoires à l’activité, retenue à 0,8 pour 2027. Relevez-la ou abaissez-la de quelques dixièmes et les 375,7 milliards attendus se déplacent, sans qu’aucune décision politique ait été prise. Voilà le genre de convention qui devrait figurer en première page d’un débat budgétaire, et non dans une annexe.
Préparer la correction avant de subir le dérapage
Rien de tout cela n’exige une nouvelle autorité administrative : une présentation courte des paramètres déterminants, associée à des données réutilisables, serait plus utile qu’une annexe impossible à exploiter. L’objection demeure qu’un modèle peut lui aussi se tromper, et il faut donc exposer ses limites et confronter ses résultats aux observations. Une simulation peut montrer qu’un engagement résiste mal à une moindre recette ; elle ne démontre pas que cette recette manquera.
L’exercice gagnerait surtout à déboucher sur des règles de réexamen annoncées avant l’exécution. Quel écart déclencherait une nouvelle évaluation ? Qui expliquerait son origine ? Quelles dépenses seraient réellement révisables ? Sans réponse, le risque est de découvrir trop tard que l’ajustement repose une nouvelle fois sur l’emprunt ou sur des prélèvements improvisés.
Reste à dire ce que la transparence ferait apparaître, car elle n’est pas neutre. Le même article liminaire indique que le taux de prélèvements obligatoires passerait de 43,6 % du PIB en 2025 à 44,2 % en 2027, et que la dépense publique progresserait de 1 694 à 1 782 milliards d’euros pour se maintenir à 56,9 % du PIB. Le redressement annoncé ne vient donc pas d’une dépense qui recule, mais d’un prélèvement qui monte : c’est un budget où l’État économise ses réformes et où le contribuable paie l’ajustement.
C’est ce qui rend l’exigence de simulation plus qu’une affaire de méthode. Une trajectoire assise sur les recettes est suspendue au contribuable et à la conjoncture, les deux variables que l’État maîtrise le moins ; une trajectoire assise sur la baisse de la dépense tient par construction, quelles que soient les hypothèses. Entre un budget fallacieux et une dette de moins en moins soutenable, le budget 2027 offre l’occasion d’exiger cette discipline. Une promesse de redressement doit pouvoir être examinée dans des circonstances moins favorables que celles retenues pour la présenter.
Les points de vue exprimés dans les articles d’opinion sont strictement ceux de l’auteur et ne reflètent pas forcément ceux de la rédaction.
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