Journal d'actualité libéral
|
jeudi 1 octobre 2026

Budget 2027 : l’État économise ses réformes, les contribuables vont payer

Temps de lecture : 3 minutes

La France emprunte désormais plus cher que l’Italie et s’éloigne de l’Allemagne. Le 30 septembre, le rendement de son obligation à dix ans atteignait environ 4,84 %, avec un écart de 126 points de base face au taux allemand, contre 102 pour l’Italie. Par différence, la France payait donc près de 24 points de base de plus que cette dernière. La remontée générale des taux explique une partie de cette tension ; la dégradation relative de la signature française signale une inquiétude supplémentaire sur nos finances publiques. Sur les marchés et les réseaux, beaucoup s’inquiètent, certains parlent même de « crise de la dette » en France.

Dans ce contexte, le projet de budget pour 2027 devrait répondre à une question devenue pressante : quelles interventions l’État peut-il encore se permettre ? Il s’attache surtout à résoudre une autre difficulté : comment financer celles (trop nombreuses) qu’il entend conserver ? On a connu plus ambitieux dans l’histoire.

Les chiffres du projet sont explicites. Les dépenses publiques passeraient de 1 742 à 1 782 milliards d’euros, soit 40 milliards supplémentaires ! Leur poids dans le PIB reculerait légèrement, de 57,1 % à 56,9 %, mais elles continueraient d’augmenter après correction de l’inflation. Quant aux prélèvements obligatoires, ils progresseraient de 43,9 % à 44,2 % du PIB ! Malgré cet effort demandé aux contribuables, la dette atteindrait 121,7 % du PIB. Il faut dire que le nombre de fonctionnaires… augmentera !

L’honnêteté impose de reconnaitre qu’il existe bien une tentative de maîtrise de la dépense… mais les économies annoncées sont largement calculées par rapport à une trajectoire de hausse spontanée. Freiner une dépense constitue un effort ; présenter ce freinage comme une diminution entretient une confusion. Le budget préserve l’essentiel des engagements publics et cherche à contenir leur coût, sans réexaminer suffisamment leur justification… Et la correction se fait essentiellement par l’impôt !

Cette méthode devient d’autant plus fragile qu’elle repose sur un redémarrage de l’activité. Le Gouvernement attend 1 % de croissance en 2027, contre 0,9 % pour la Banque de France. Mais le rebond demeure néanmoins conditionnel : le PLF suppose une désescalade au Moyen-Orient et une réouverture progressive du détroit d’Ormuz, tandis que la Banque de France souligne les freins que les conditions de financement et l’incertitude budgétaire opposent à l’investissement privé. Une amélioration espérée ne saurait tenir lieu de marge de sécurité.

La difficulté française dépasse cependant l’arithmétique. Elle tient à la conviction persistante que l’administration doit orienter les décisions économiques. Le projet choisit les investissements industriels à encourager, les formes de transmission à favoriser, les situations familiales à soutenir dans l’accès au logement. Il prévoit aussi de recentrer la formation vers des métiers ou des secteurs jugés prioritaires…  En multipliant les avantages ciblés, l’État encourage donc les entreprises à adapter leurs projets aux catégories administratives. Une partie de leur énergie se déplace vers la recherche du bon dispositif, de la bonne exception ou du soutien approprié. Le budget entretient ainsi une économie dans laquelle la proximité avec la décision publique compte davantage qu’elle ne devrait. Comment s’étonner, dès lors, que tout cela dysfonctionne ?

Enfin, le projet revendique la stabilité fiscale tout en prolongeant une contribution exceptionnelle sur les grandes entreprises et en modifiant plusieurs régimes d’investissement, d’épargne et de transmission. Au total, les impôts sur les entreprises vont augmenter, comme nous le soulignons aussi. Cette succession d’ajustements a un coût économique : à force de taper, on va tuer l’économie !

La hausse des taux rend cette contradiction plus coûteuse encore. Pour restaurer la confiance, la France doit montrer qu’elle sait renoncer à certaines interventions, stabiliser ses règles et laisser davantage de ressources à ceux qui produisent. Tant que chaque budget cherchera d’abord à préserver les ambitions de l’État, les contribuables resteront la variable d’ajustement de ses renoncements différés. Le débat sur le PLF s’engage très mal.

Recevez Contrepoints, le journal d'actualité libéral

Abonnez-vous gratuitement à notre journal d’actualité libéral. Recevez tous les matins une analyse libérale de l’actualité que vous ne trouverez nulle part ailleurs.


Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *


Soutenez Contrepoints – Le média libéral de l’IREF

L’IREF (Institut de Recherches Économiques et Fiscales) est une association indépendante, sans but lucratif, financée uniquement par des dons privés.

Faites un don et soutenez un journal 100 % libre, libéral et sans subvention publique.