La France et l’Europe ont-elles tendance à adopter des réglementations environnementales contraignantes qu’ailleurs ?
À quel point les entreprises françaises souffrent-elles du poids de la réglementation, en matière environnementale ou autre ?
Pour répondre à ces questions, le think tank : La Fabrique de l’industrie a fait un point des travaux économiques portant sur ce sujet.
L’IREF dénonce régulièrement les réglementations qui entravent la bonne marche des affaires, qu’elles soient françaises ou européennes comme dans le cas des récentes directivesCSRD (Corporate Sustainability Reporting Directive, sur les obligations des entreprises en termes de publication d’informations sur les questions environnementales, sociales, de gouvernance) et CS3D (Corporate Sustainability Due Diligence Directive, sur le devoir de vigilance des entreprises en matière de durabilité).
Nous fustigeons tout aussi régulièrement les prétendues tentatives de simplification ou de réduction de la norme qui, le plus souvent, ne vont pas assez loin, quand elles ne reviennent pas à complexifier davantage encore les choses. Ainsi, dernièrement, avons-nous regretté que la Commission européenne affirme sa volonté de simplifier la réglementation existante et, dans le même temps, cherche à contrôler l’IA, à déployer InvestEU, à lever des impôts pour augmenter ses moyens d’intervention, etc. Ou que le gouvernement français ait le plus grand mal à diminuer le nombre de « comités Théodule » tout en créant des postes de « contrôleur des normes » dans chaque ministère.
Les stratégies pour réduire la charge administrative en France
Dans son étude – « CSRD, CS3D, et les effets de la réglementation (environnementale ou pas) sur les entreprises » –, Vincent Charlet, délégué général de La Fabrique de l’industrie, ne dit pas autre chose lorsqu’il écrit que « toutes les économies avancées sont confrontées au problème de l’inflation réglementaire » et qu’elles « tentent périodiquement de compenser ce mouvement par des efforts d’allégement ou de simplification à l’attention des entreprises ».
En s’appuyant sur la littérature scientifique, Charlet a pu identifier deux stratégies distinctes en matière d’allégement du coût de la charge administrative.
La première consiste à réduire le volume de la réglementation. Elle s’avère finalement peu convaincante et les « promesses gouvernementales de simplification ressortent systématiquement comme les moins efficaces (l’objectif est rarement atteint) et les plus coûteuses ». Pourquoi ? Parce que, « tout comme l’élaboration d’une “bonne” loi réclame du temps et du discernement, l’identification et la suppression d’une “mauvaise” règle, coûteuse ou inefficace, demandent un cadre intellectuel et professionnel éprouvé » qui souvent fait défaut.
La seconde stratégie, qui revient à veiller à la qualité de la réglementation et à l’efficacité de sa mise en œuvre, présente des résultats plus encourageants. Selon les études consultées par Vincent Charlet, il semble bien que « l’efficacité de l’administration en charge d’appliquer la règle est une variable déterminante du coût immédiat de cette dernière ».
Par conséquent, si un excès de règles est néfaste, une « mauvaise qualité des institutions » chargées de les définir et de les appliquer freine tout autant la croissance, la capacité d’innovation et les exportations des entreprises.
L’accroissement des règles : un frein, un bienfait ? La réponse est nuancée
Il faut cependant bien reconnaître que les efforts de réduction de la charge administrative des entreprises ne sont pas toujours suivis de succès, tant la traduction politique d’aspirations sociales et, disons-le, la demande des entreprises elles-mêmes qui cherchent à se protéger de la concurrence, tirent dans le sens d’un accroissement des normes.
Par ailleurs, l’étude de La Fabrique de l’industrie, s’appuyant sur les travaux de l’OCDE, notamment son indice de rigueur des politiques environnementales (Environmental Policy Stringency, ou EPS), montre sans ambiguïté que « tous les pays ont sensiblement durci leur réglementation environnementale entre 2000 et 2020 ». Il ressort également que, parmi les pays développés, la France est le pays le plus contraignant en matière environnementale.
Vincent Charlet explore ensuite nombre de travaux internationaux portant sur la nocivité ou non de la règlementation internationale, sans parvenir à trancher définitivement entre d’une part, ceux qui montrent que l’imposition, par exemple en Europe, d’une « réglementation environnementale plus contraignante et plus coûteuse qu’ailleurs donne un avantage comparatif aux entreprises étrangères, plus polluantes, et incite même les entreprises européennes à délocaliser leur production pour soutenir la concurrence » et d’autre part, ceux qui affirment que « les innovations auxquelles ont été poussées les entreprises sous l’effet d’une réglementation a priori contraignante leur ont finalement été profitables ».
(Registration, evaluation, authorisation and restriction of chemicals), entré en vigueur en 2007, soit quinze ans avant la CSRD.
Rappelons que, « visant à protéger la santé humaine et l’environnement des risques pouvant résulter de toute substance chimique (naturelle, organique de synthèse, minérale ou métallique), REACH prévoit quatre types de règles : (i) l’enregistrement de toutes les substances fabriquées ou importées à plus d’une tonne par an, (ii) l’évaluation des propositions d’essais, des dossiers d’enregistrement des substances, (iii) le principe d’autorisations de mise sur le marché pour les substances répertoriées par les États membres comme « extrêmement préoccupantes » et (iv) des restrictions de fabrication, de mise sur le marché ou d’utilisation pour les substances préoccupantes ».
Vincent Charlet souligne que la « préparation de ce règlement a suscité en Europe un débat qui n’est pas sans rappeler celui d’aujourd’hui concernant la CSRD : il a en effet donné lieu à une vive tension entre les avocats de la mesure qui pointaient la nécessité d’un mieux-disant environnemental et les entreprises directement visées qui faisaient valoir le surcoût leur incombant dans un contexte concurrentiel déjà tendu ».
Le coût élevé de ce règlement REACH
A l’époque, la Commission européenne a estimé le coût total (coûts directs et coûts induits notamment par les pertes de marchés et la recherche de produits de substitution) du règlement REACH entre 5,1 et 7,5 milliards d’euros (Md€) sur onze années. Quant aux bénéfices des restrictions pour la santé des Européens, ils ont été évalués à plus de 3 Md€ par an (100 Md€ au total sur 30 ans).
Les différentes évaluations ex post qui ont été menées dépassent 20 Md€ pour le coût total sur onze ans, soit 2,5 fois plus que l’estimation haute initiale. Les bénéfices, eux, ont été évalués à plusieurs reprises : en 2016, « le bénéfice agrégé des cinq seules restrictions pour lesquelles une estimation est disponible représente de l’ordre de 700 millions d’euros par an de frais de santé ou de morts accidentelles évitées » ; en 2021, « la liste des estimations disponibles a été portée à 12 cas, pour un bénéfice total réévalué à 2,1 Md€ par an », loin encore des 3 Md€ de l’évaluation ex ante.
En France, des contraintes et des coûts parmi les plus élevés au monde
Tout cela fait bien évidemment craindre que les évaluations ex ante des coûts induits par la directive CSRD aient été largement sous-évalués.
Une étude menée sur la CSRD telle qu’elle était envisagée avant la simplification de février 2025, « aboutit à une estimation de 3,6 Md€ par an de coûts récurrents pour les entreprises, auxquels il faut ajouter 1,2 Md€ de coûts non récurrents pour la mise en place du dispositif, à l’échelle de l’Union européenne ». Plus précisément, le coût complet du reporting pour une entreprise est compris entre 40 000 € et 320 000 € par an selon sa situation.
Ce qui est certain, en revanche, c’est que la France a, en matière de réglementation environnementale, un niveau d’exigence parmi les plus élevés au monde. Or, comme l’écrit Vincent Charlet, « il ne fait aucun doute que la charge administrative pesant, tous domaines confondus, sur les entreprises induit des coûts qui ralentissent leur croissance, l’innovation et leurs gains de productivité, notamment parce qu’ils réduisent la pression concurrentielle et l’entrée de nouveaux acteurs sur le marché. » La France pénalise donc ses entreprises plus que les autres pays, mais aussi, par ricochet, ses consommateurs.
Changer de politique en la matière est une nécessité si nous voulons avoir des entreprises compétitives, réindustrialiser le pays et, accessoirement, redresser les comptes publics.
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9 réponses
Mais c’est le but !
Les écologistes ne veulent pas protéger l’environnement, ils veulent avant tout… détruire le capitalisme !
Écoutez Greta Thunberg, elle le répète sans cesse.
Les écologistes sont des « pastèques « , bien rouges à l’intérieur, qui n’utilisent l’écologie que comme un moyen de détruire le capitalisme.
Si j’ai bien compris, les estimations ex post montrent un bénéfice de 2.1Md € par an et un coût total qui dépasse 20Md€ sur onze an, soit un minimum de 1.8Md€ par an, ce qui tend à prouver que le bénéfice est de l’ordre du coût. Ceci va à l’encontre de ce que vous voulez démontrer.
Ceci dit, il serait intéressant de connaître les méthodes de calcul de ces chiffres. Nul doute qu’il s’agit de la trituration de données sur la base d’hypothèses opaques qui, à mon avis, ne leur donne guère plus de valeur aux chiffres avancés que des chiffres tirés d’un chapeau.
L’analyse du rapport coût/bénéfice de toute mesure ou action est une démarche utile -quoique difficile à conduire-, qui ne peut à elle seule déterminer une politique. Une politique doit aussi se fonder sur des valeurs : préserver l’environnement dans lequel on vit est l’une de ces valeurs.
Il ne s’agit pas de ma démonstration, mais de celle de Vincent Charlet de la Fabrique de l’industrie.
Ce que l’article dénonce ce sont les réglementations décidées à l’appui d’évaluations ex-ante fantaisistes, tirées d’un chapeau comme vous dites. Il en va d’ailleurs de même en matière de fiscalité : il est rare qu’un impôt ou une taxe rapporte autant qu’il était initialement prévu !
Bonjour,
Si votre intention était de montrer que les prévisions financières sont très souvent, voire toujours, déjouées par la réalité, je suis tout à fait d’accord avec vous.
Si votre intention était de dénoncer la réglementation environnementale, ce que laisse supposer le titre de votre article, alors je ne partage pas votre point de vue.
J’ai découvert les théories libérales grâce à l’IREF, et celles-ci m’ont séduites jusqu’à un certain point, donc sans susciter une adhésion totale.
En effet, le libéralisme est une idéologie et comme toute idéologie, il serait dangereux pour l’humanité si sa logique était poussée à l’extrême. Je m’en méfie donc un peu.
D’autre part, et cela me déçoit beaucoup, le libéralisme prôné par l’IREF n’arrive pas à intégrer les thématiques liées à l’environnement et les thématiques sociales, ce qui à mon avis constitue une pierre d’achoppement et condamne d’avance l’acceptation du libéralisme par la société.
Je me demande (en fait j’imagine assez la réponse) ce qu’aurait été la position de l’IREF lorsque la déclaration des droits de l’homme a été adoptée ou encore quand sont parues les lois sur la liberté de la presse, la reconnaissance des syndicats, …
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9 réponses
Mais c’est le but !
Les écologistes ne veulent pas protéger l’environnement, ils veulent avant tout… détruire le capitalisme !
Écoutez Greta Thunberg, elle le répète sans cesse.
Les écologistes sont des « pastèques « , bien rouges à l’intérieur, qui n’utilisent l’écologie que comme un moyen de détruire le capitalisme.
plus c’est compliqué plus ils nous manipule aisément
Bonjour,
Je trouve votre démonstration peu convaincante.
Si j’ai bien compris, les estimations ex post montrent un bénéfice de 2.1Md € par an et un coût total qui dépasse 20Md€ sur onze an, soit un minimum de 1.8Md€ par an, ce qui tend à prouver que le bénéfice est de l’ordre du coût. Ceci va à l’encontre de ce que vous voulez démontrer.
Ceci dit, il serait intéressant de connaître les méthodes de calcul de ces chiffres. Nul doute qu’il s’agit de la trituration de données sur la base d’hypothèses opaques qui, à mon avis, ne leur donne guère plus de valeur aux chiffres avancés que des chiffres tirés d’un chapeau.
L’analyse du rapport coût/bénéfice de toute mesure ou action est une démarche utile -quoique difficile à conduire-, qui ne peut à elle seule déterminer une politique. Une politique doit aussi se fonder sur des valeurs : préserver l’environnement dans lequel on vit est l’une de ces valeurs.
Bien cordialement
Il ne s’agit pas de ma démonstration, mais de celle de Vincent Charlet de la Fabrique de l’industrie.
Ce que l’article dénonce ce sont les réglementations décidées à l’appui d’évaluations ex-ante fantaisistes, tirées d’un chapeau comme vous dites. Il en va d’ailleurs de même en matière de fiscalité : il est rare qu’un impôt ou une taxe rapporte autant qu’il était initialement prévu !
Bonjour,
Si votre intention était de montrer que les prévisions financières sont très souvent, voire toujours, déjouées par la réalité, je suis tout à fait d’accord avec vous.
Si votre intention était de dénoncer la réglementation environnementale, ce que laisse supposer le titre de votre article, alors je ne partage pas votre point de vue.
J’ai découvert les théories libérales grâce à l’IREF, et celles-ci m’ont séduites jusqu’à un certain point, donc sans susciter une adhésion totale.
En effet, le libéralisme est une idéologie et comme toute idéologie, il serait dangereux pour l’humanité si sa logique était poussée à l’extrême. Je m’en méfie donc un peu.
D’autre part, et cela me déçoit beaucoup, le libéralisme prôné par l’IREF n’arrive pas à intégrer les thématiques liées à l’environnement et les thématiques sociales, ce qui à mon avis constitue une pierre d’achoppement et condamne d’avance l’acceptation du libéralisme par la société.
Je me demande (en fait j’imagine assez la réponse) ce qu’aurait été la position de l’IREF lorsque la déclaration des droits de l’homme a été adoptée ou encore quand sont parues les lois sur la liberté de la presse, la reconnaissance des syndicats, …
Cordialement
Le libéralisme n’est pas une idéologie ! Il ne dicte pas aux individus ce qu’ils doivent faire ! C’est la liberté qui prône !
J’ai déjà remarqué que l’IREF considérait que le libéralisme n’est pas une idéologie.
Cela dépend sans doute de la définition que l’on donne au terme d’idéologie.
Lire Revel, La grande parade et aussi : https://contrepoints.org/le-liberalisme-jalons-pour-une-reconstruction/
Ecoutez un peu Clintel ou les climatoréalistes : Tous des scientifiques !