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mercredi 10 juin 2026

Toujours plus de créations d’entreprises… et toujours plus de défaillances

Temps de lecture : 4 minutes

Il est de bon ton de vanter la dynamique entrepreneuriale française qui se traduit notamment par une hausse de plus de 35% des créations d’’entreprises depuis 2019. Il faut cependant regarder les chiffres dans le détail pour se rendre compte que notre tissu entrepreneurial ne se porte pas aussi bien qu’on le prétend.

La France, terre d’entrepreneurs ? En 2025, ont surgi plus d’un million de nouvelles entreprises contre environ 330 000 en 2008 (+230%). Une explosion due au régime de l’auto-entrepreneur.

 La création d’entreprises a la cote… grâce à l’auto-entrepreneuriat

En 2009, année où le statut a vu le jour, il s’est créé 75% d’entreprises de plus que l’année précédente. C’est dire si l’auto-entrepreneuriat répondait à un besoin criant. Depuis, le succès de l’auto-entreprise – devenue micro-entreprise – ne se dément pas, avec des hauts et des bas.

Actuellement, nous sommes plutôt en période haute. Selon les derniers chiffres de l’Insee, 758 600 micro-entreprises ont été créées en 2025. C’est 130% de plus qu’en 2009 lors de la promulgation du statut (328 000 unités), et près de 180% de plus qu’en 2013, année où les créations d’auto-entreprises ont connu leur point bas (avec moins 272 000 unités).

Nombre de créations d’entreprises depuis 2012

Entre 2009 et 2012, les auto-entreprises ont représenté la majorité des créations : entre 53% et 58% selon les années. Entre 2013 et 2017, ce sont les entreprises dites « classiques » (sociétés et entreprises individuelles) qui ont repris le dessus. Puis, en 2018, les micro-entreprises sont redevenues majoritaires jusqu’à représenter 65% du total des créations en 2025.

Les sociétés sont aussi plus nombreuses

Le graphique ci-dessus montre nettement que, si les entreprises individuelles sont maintenant plutôt en perte de vitesse (144 000 créations en 2018 ; 106 000 en 2025), la création de sociétés (SARL, SA, SAS, etc.) augmente de manière continue (163 000 en 2012 ; 206 000 en 2018 ; 301 000 en 2025).

Certes, la courbe est moins pentue que pour les micro-entreprises, mais elle est bien nettement ascendante depuis la fin de la pandémie de covid-19. En 2025, les créations de sociétés ont ainsi progressé dans la même proportion que celles de micro-entreprises (+5,9% par rapport à 2024).

Comme le note Bpifrance, alors que le « climat des affaires [s’est] détérioré depuis l’été 2023 – solde d’opinion inférieur à 100 – la dynamique entrepreneuriale s’est maintenue à un niveau élevé » en France. Elle a même connu une accélération en fin d’année 2025, « vraisemblablement en lien avec la réforme de l’aide à la création ou à la reprise d’une entreprise (Acre) qui restreint le périmètre d’éligibilité et diminue le taux d’exonération de cotisations sociales sur certains revenus à compter du 1er janvier 2026 ».

Toujours est-il que la France se classe parmi les pays européens où le taux de création d’entreprises (rapport du nombre de créations d’entreprises d’une année n au stock d’entreprises au 31 décembre de l’année n-1) est le plus élevé. Avec un taux de 14% (en 2023), elle est nettement au-dessus de la moyenne de l’Union européenne (UE) qui est de 10,5%. Elle est aussi loin devant des pays réputés plus propices au développement d’une entreprise comme le Danemark (avant dernier de l’UE avec un taux de 7,3%), la Suède (8,2%), la Finlande (9%) ou encore l’Allemagne (8,4%), tous largement devant la France dans le classement Doing Bussiness de la Banque mondiale qui mesure la facilité à faire des affaires.

La mortalité des entreprises est en hausse

En ce qui concerne le taux de mortalité des entreprises, celui de la France (11%) est supérieur à la moyenne de l’UE (8,5%), et à ceux des pays cités plus haut : Danemark (9,8%), Suède (7%), la Finlande (8,8%), Allemagne (8,9%). On se réjouira cependant que le taux de création lui reste supérieur, ce qui n’était pas le cas, comme chacun a pu le remarquer, pour des pays comme le Danemark et l’Allemagne en 2023.

La Banque de France fournit des chiffres plus récents sur les défaillances d’entreprises. Ils ne sont guère rassurants : 68.564 cas ont été enregistrés en 2025. Un peu plus de 63.000 concernaient les micro-entreprises, soit presque 92%. Cela signifie que les « autres entreprises » n’ont été que 5521 à connaître un redressement ou une liquidation judiciaires. En revanche, il est inquiétant de constater que le nombre a été multiplié par 2,3 depuis 2019 (2373 défaillances).

De son côté, Infogreffe, qui a un champ d’investigation différent de la Banque de France, a enregistré 457.459 radiations, soit une hausse de 51,5% en un an. Ce que l’organisme considère comme une « augmentation d’ampleur exceptionnelle ».

Par ailleurs, nous noterons que s’il y avait 3,186 millions d’auto-entrepreneurs administrativement actifs à fin juin 2025, selon le réseau des Urssaf, moins de la moitié d’entre eux (49,8%) étaient économiquement actifs, soit 1,588 million. Il y aurait donc plus d’1,6 million d’auto-entreprises « fantômes ».

Supprimer les aides à la création d’entreprises

Bref, il se crée beaucoup d’entreprises en France, quel que soit le statut, mais il en disparaît aussi énormément. Et parmi celles qui existent toujours sur le papier, un nombre important n’a aucune activité réelle.

La création d’entreprises serait-elle aussi « dynamique » sans les aides publiques ? Celles-ci avoisinent les 200 milliards d’euros (Md€) comme le montre une note récente de l’IREF. S’il n’est pas possible de distinguer précisément ce que représentent les aides à la création d’entreprises dans ce maquis, nous savons cependant qu’elles sont nombreuses. Dès lors, nous pouvons nous demander s’il ne serait pas pertinent de supprimer ces aides et de réduire les impôts. Sans doute aurions-nous moins de créations d’entreprises, mais aussi moins de défaillances. Bref, un tissu entrepreneurial moins fragile, mieux à même de résister aux crises.

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