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dimanche 10 mai 2026

Trump / Léon XIV : la guerre du sabre et du goupillon

Temps de lecture : 4 minutes

La passe d’armes entre Donald Trump et le pape Léon XIV constitue l’un des affrontements les plus singuliers de notre époque entre pouvoir politique et autorité morale. À travers leurs déclarations, c’est une question ancienne qui ressurgit : celle des limites de la guerre et de la légitimité de la violence.

Tout part d’un appel du pape, à Rome, dans lequel il dénonce sans détour l’escalade militaire au Moyen-Orient : « Assez de l’idolâtrie de soi et de l’argent ! Assez de la démonstration de force ! Assez de la guerre ! » Il insiste : « La véritable force se manifeste dans le service de la vie. » Ce discours, qui s’inscrit dans la tradition pacifiste de l’Église, vise explicitement l’intervention menée par les États-Unis et Israël contre l’Iran.

La guerre des mots

La réaction de Donald Trump ne se fait pas attendre. Sur son réseau social, il accuse le pape d’être « FAIBLE face à la criminalité » et « désastreux en politique étrangère ». Il ajoute : « Je ne veux pas d’un pape qui trouve acceptable que l’Iran possède l’arme nucléaire », avant de conclure qu’il ne veut pas « d’un pape qui se permette de critiquer le président des États-Unis ». L’affrontement devient alors personnel, presque théâtral, lorsqu’il diffuse une image de lui-même sous les traits du Christ, suscitant l’indignation jusque dans son propre camp.

Face à cette virulence, Léon XIV choisit une posture de retenue mais de fermeté : « Je n’ai aucune crainte […] et je continuerai de proclamer le message de l’Évangile. » Refusant de s’engager dans un duel politique, il recentre le débat sur une exigence morale universelle : « Dieu ne bénit aucun conflit. »

La querelle des investitures

Cet échange rappelle, par sa nature, la querelle des investitures qui opposa au XIe siècle l’Empereur Henri IV et le pape Grégoire VII. Déjà, il s’agissait de savoir qui détenait la légitimité ultime : le pouvoir temporel ou l’autorité spirituelle. L’empereur revendiquait son autonomie politique, tandis que le pape affirmait un droit de regard moral sur les décisions des souverains. L’humiliation de Canossa, en 1077, symbolise ce moment où le politique dut, au moins symboliquement, plier devant le spirituel.

Aujourd’hui, la scène est différente mais la tension demeure. Donald Trump revendique une souveraineté démocratique : il agit « pour ce pour quoi [il a] été élu ». Le pape, lui, ne dispose ni d’armée ni de pouvoir économique, mais d’une autorité morale qui prétend s’adresser à tous, au-delà des frontières.

Au cœur de leur désaccord se trouve la question de la « guerre juste ». Cette notion, élaborée notamment par saint Augustin puis Thomas d’Aquin, admet qu’un conflit puisse être moralement légitime s’il répond à certains critères : une cause juste, une intention droite, un dernier recours et une proportionnalité des moyens.

Les partisans de l’intervention contre l’Iran avancent précisément ces arguments. L’Iran a, depuis des années, multiplié les menaces contre Israël, allant jusqu’à évoquer sa destruction. La perspective d’un Iran doté de l’arme nucléaire est perçue comme une menace existentielle. Dans cette optique, frapper préventivement pourrait apparaître comme un acte de légitime défense, voire comme un mal nécessaire pour éviter une catastrophe plus grande.

Mais Léon XIV rejette cette logique. Pour lui, la guerre moderne, avec ses destructions massives et ses conséquences humanitaires, ne peut plus satisfaire les critères traditionnels de la guerre juste. Lorsqu’il dénonce « l’illusion de toute-puissance », il vise cette croyance selon laquelle la force militaire pourrait résoudre durablement les conflits. Il appelle au contraire au dialogue, à la médiation et au multilatéralisme.

La guerre n’est-elle pas de ce monde ?

La question demeure alors ouverte : peut-on encore parler de guerre juste à l’ère nucléaire et des conflits asymétriques ? Ou bien toute guerre est-elle devenue, par nature, injustifiable ?

Les anciens appelaient barbares ce qui n’était ni grec ni romain. La civilisation naquit, de fait, quand le christianisme admit que toute personne avait une dignité. Les Iraniens n’en ont pas moins que les Américains. Ce judaïsme accompli et ouvert par le Christ conquit le cœur des peuples méditerranéens par la paix durant les cinq premiers siècles de notre ère avant d’en perdre la moitié en un ou deux siècles par la guerre que lui fit l’Islam. Des croisades, prêchées par le pape Urbain II en 1095, à Lépante (1571) et aux accords Sykes-Picot découpant en 1916 le Proche-Orient entre Anglais et Français, l’équilibre qui s’ensuivit dut plus à la guerre qu’à la paix sans que la papauté s’y oppose quand elle n’en était pas l’instigatrice.

Car la question reste toujours celle de savoir quand il est possible, voire quand il faut utiliser la guerre pour arrêter la guerre. Les martyrs de l’Islam que sont les Houris de Kamel Daoud et les étudiants iraniens tombés sous les balles des pasdarans méritent-ils notre secours ? La question reste ouverte. Israël pouvait-il laisser son voisin, qui ne cesse de clamer sa volonté de l’anéantir, obtenir sans tarder la bombe atomique ? Et les alliés d’Israël devraient-ils attendre d’assister, silencieux et impassibles, au spectacle de la disparition de ce petit Etat juif dont ils ont favorisé la création et qui continue de représenter l’Occident en Orient ? Trump est sans doute moins erratique qu’on le dit, rappelle un petit ouvrage fort érudit d’Eric Fauquet à lire par tous ceux qui veulent remonter à l’origine. Trump est odieux, détestable dans ses manières stupides et vaniteuses, mais il est peut-être moins inconséquent qu’il n’y paraît. « Son hégémon, nous dit Eric Fauquet, a voulu que soient signés les accords dits d’Abraham comme un contre-feu qui a son prix, mais est nécessaire pour que ne dévale pas depuis Téhéran, comme naguère depuis le salafisme déviant de Ryad stoppé à Mossoul et Raqa, cet Islam de guerre sainte, du djihad » (p. 23). Mais à la veille d’avoir la bombe, la paix d’Abraham était toujours refusée par l’Iran !

Trump devait peut-être engager la guerre. Mais il n’aura raison que s’il la gagne. Léon XIV a moralement raison de vouloir la paix, mais faut-il ainsi inciter des peuples à risquer d’être exterminés ? Comme à Canossa, aucun des deux camps ne semble prêt à céder. Et c’est peut-être là le signe que, mille ans plus tard, le conflit entre puissance et conscience reste irrésolu parce qu’il est au cœur de notre humanité imparfaite.

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2 réponses

  1. Ah tous ces intellos qui n ont qu un mot à la bouche la paix mais ne disent absolument rien du comment on y parvient comme d ailleurs tous les apologistes occidentaux du cessez le feu
    Le catholique est bien seul sur son créneau car les orthodoxes comme les églises évangéliques préfèrent rester silencieuses

  2. Exiger que les défenseurs d’un camp se désarment, c’est militer pour la victoire du camp d’en-face… ce pape est exactement semblable à ses amis tiers-mondistes qui soutiennent de fait le régime totalitaire, génocidaire et impérialiste de Téhéran. Donc, personnellement je me passerai de ses leçons de morale et de guerre juste ! … En ce moment, il y a un très bon film sur le collabo Jean Luchaire : il illustre parfaitement ces gauchistes qui collaborèrent avec le nazisme au nom de « l’Europe » et du « pacifisme »… eh oui, comme les ayatollahs et les lìders maximòs, Adolf Hitler se présentait comme un partisan de la paix et de l’unité des peuples face aux « juifs fauteurs de guerre et à la finance de wall-street » ! … un discours qui en rappelle d’autres actuellement… ce pape et ses amis tiers-mondistes devraient donc prendre garde de ne pas finir du mauvais côté de l’histoire.

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