Malgré l’argent dépensé dans les politiques de l’emploi (193 Md€ en 2024) et les réformes menées ces dernières années, le chômage ne baisse pas en France. Et cela dure depuis 40 ans.
Au second semestre 2026, le taux de chômage (au sens du BIT) était de 8,3%. Après un point bas à 7,2% au quatrième trimestre 2022, il remonte depuis maintenant six semestres consécutifs. Il n’atteint pas encore son niveau haut du deuxième trimestre 2015 (10,5%), mais il est désormais égal à la moyenne des quarante dernières années (8,3%) et se rapproche de celle des deux dernières décennies (8,8%).
Bref, depuis quarante ans, le chômage ne baisse pas vraiment en France, malgré le secours de milliards d’euros et malgré les réformes de ces dernières années, menées souvent à grand-peine.
Les dépenses en faveur de l’emploi : 6,6% du PIB
Nous passerons rapidement sur les sommes colossales englouties en vain. Le sujet a été largement traité dans nos colonnes à plusieurs reprises. Les données de 2024, les dernières à avoir été publiées, révèlent que les dépenses en faveur de l’emploi et du marché du travail ont atteint 193,4 milliards d’euros (Md€) en 2024, soit l’équivalent de 6,6% du PIB.
Cet argent est distribué de la manière suivante : 49% (95 Md€) pour les incitations à l’embauche (allègements de charges sur les bas salaires principalement) ; 26% (50 Md€) pour le soutien au revenu (allocations d’aide au retour à l’emploi pour l’essentiel) ; 15% (29 Md€) pour la formation ; 6% (12 Md€) pour les incitations à l’activité (primes d’activité, aides à la création d’entreprise…) ; 4% (7 Md€) pour l’accompagnement des demandeurs d’emploi.
Le plus extraordinaire est sûrement que ces montants ont été multipliés par près de 20 – ou par plus de 5 en tenant compte de l’inflation – depuis 1980, année où ils atteignaient tout juste l’équivalent de 10 Md€. Pour le dire autrement, il a donc fallu débourser chaque année, pendant quarante ans, des dizaines de milliards d’euros pour, non pas baisser le taux de chômage, mais le maintenir au même niveau. Cela tendrait à montrer que le chômage structurel est très élevé en France.
Les réformes du marché du travail ont probablement fait reculer le chômage
C’est ce que confirme une note de la Banque de France qui étudie l’effet des réformes du marché du travail entre 2015 et 2025. Défini comme le taux de chômage corrigé des fluctuations du cycle économique, le chômage structurel est estimé (fin 2025) à 7,8%, presque au niveau de la moyenne du taux de chômage des quarante dernières années.
Néanmoins, comme le montre le graphique ci-dessus, ce taux a baissé depuis le milieu des années 2010 sous l’effet, analyse la Banque de France, des réformes du marché du travail. Depuis 2015, la baisse est estimée à 1,3 point de pourcentage et les réformes en seraient à l’origine pour plus de 80%, soit 1,1 point.
Les réformes de l’assurance chômage – renforcement des contrôles de la recherche effective d’emploi par les chômeurs indemnisés et application plus fréquente des sanctions en cas de manquement ; modification des règles et de la durée d’indemnisation ; bonus-malus sur les contrats de courte durée… – compteraient pour 0,6 point.
L’influence des mesures dites « pro‑emploi » de 2017 et 2018 – renforcement de la primauté des accords d’entreprise sur les accords de branche ; élargissement des modalités de conclusion d’accords collectifs dans les entreprises dépourvues de délégués syndicaux ; modification des modalités d’accès et de financement de la formation professionnelle… – aurait été de 0,4 point.
Enfin, le développement de l’apprentissage aurait permis une baisse du chômage structurel de 0,1 point. Il convient cependant de noter que celui-ci a coûté très cher aux finances publiques : presque 15 Md€ en 2023, soit 14.700 € par apprenti. C’est, reconnaissons-le, une dépense énorme pour un si petit gain.
Vers des réformes plus ambitieuses
A supposer que ces chiffres soient exacts – comme l’écrivent les auteurs de la note de la Banque de France, « Même si elles s’appuient sur des hypothèses plausibles, ces estimations restent entourées d’incertitude » – il est particulièrement frappant de constater qu’il aura fallu dix ans pour faire baisser le chômage d’un gros point de pourcentage. Et que les réformes successives, pourtant bénéfiques, ont généré un nombre élevé de grèves. On estime ainsi que les seules grandes mobilisations nationales et interprofessionnelles contre la loi El Khomri de 2016 ont fait perdre environ 1,2 million de jours de travail. Pour les ordonnances de 2017, le chiffre avoisine les 300.000. En ce qui concerne ces dernières, c’est la lenteur du processus qui laisse perplexe : il s’est passé plus d’un an entre le lancement de la réforme (23 mai 2017) et le rejet par le Conseil d’État des recours exercés par les syndicats (1er juin 2018).
A ce rythme-là, combien de décennies faudra-t-il pour que la France rejoigne les pays européens les plus performants en la matière, tels l’Allemagne (3,4% de chômage structurel), les Pays-Bas (3,4%), le Royaume-Uni (4,3%), le Danemark (4,6%) ? Même la Belgique, qui nous ressemble à bien des égards, est à 5,7%, sous la moyenne de l’Union européenne (6,1%). Nous nous consolerons en constatant que l’Italie (7,7%) ne fait pas mieux que nous, et que l’Espagne est très mauvaise (12,1%).
Si des pays ont un chômage structurel historiquement bas, comme les Pays-Bas et le Danemark, d’autres ont réussi à le réduire très nettement au cours des 25 dernières années. C’est en particulier le cas de l’Allemagne qui l’a diminué de plus de 5 points entre 2000 et 2025 (passant de 8,6% à 3,4%), quand la France ne gagnait qu’à peine 1,5 point.
Même si le vieillissement de sa population explique une partie de la baisse, c’est surtout les réformes Hartz de 2003-2005 qui ont permis à l’Allemagne de rejoindre les pays les plus vertueux. Il faut dire que le ministre du gouvernement Schröder a pris le sujet à bras-le-corps : diminution des charges sociales, facilitation de l’embauche à temps partiel et du travail temporaire, encouragement à l’embauche de jeunes dans les TPE (avec un contrat moins « protecteur »), baisse de l’impôt sur le revenu, encouragement à la création d’entreprise, réduction de la période d’indemnisation des chômeurs, baisse de l’allocation chômage, diminution des possibilités de refuser un emploi, etc. A côté, les réformettes à la française font bien pâle figure.
Une réforme d’ampleur est la seule solution pour réduire drastiquement ce chômage structurel qui nous coûte tant. Mais pour cela, il faut cesser de trembler devant des syndicats qui ne représentent plus qu’eux-mêmes et nuisent aux travailleurs.
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