L’art du deal pratiqué par Donald Trump ne consisterait-il pas parfois à tout céder à l’ennemi tout en multipliant les proclamations victorieuses ? La question peut se poser au vu de ce qui transpire de l’accord signé à distance, lundi soir, par la Maison-Blanche et le régime des mollahs.
Le texte de ce « protocole d’accord », ou memorandum of understanding (MOU) — un document en 14 points qui devrait déboucher sur une prolongation de deux mois du cessez-le-feu et le lancement de négociations complexes sur le programme nucléaire iranien — n’a pas encore été publié. Il devrait l’être avant la cérémonie de signature à Genève, vendredi. Toutefois, ce qui fuite des déclarations officielles correspond à une déroute pour les Etats-Unis, sous réserve que des engagements sérieux sur le stock d’uranium enrichi de Téhéran ne soient révélés vendredi. D’abord, le dossier nucléaire, le plus sensible, serait à peine évoqué dans le MOU, hormis l’évocation de négociations de deux mois.
Téhéran affirme aussi que le MOU se traduirait par un dégel immédiat de dizaines de milliards de dollars de fonds gelés détenus notamment au Qatar. La Maison-Blanche a déclaré qu’un dégel se ferait par étapes, sous réserve que Téhéran respecte les termes de l’accord. Surtout, Téhéran affirme pouvoir bénéficier de « dommages de guerre » de 300 milliards de dollars. Washington a confirmé le chiffre tout en prétendant qu’il proviendrait d’un fonds financé par les alliés des Etats-Unis dans la région… lesquels ont pu constater qu’être sous protection américaine leur avait surtout valu de constituer une cible pour les missiles balistiques iraniens. Missiles qui ne seraient pas évoqués dans le MOU.
Le Brent a reculé de 2,1 % mardi, à 81,40 dollars, enregistrant ainsi une quatrième journée consécutive de baisse.
Malgré tout, de nombreux gouvernements européens, investisseurs du secteur de l’énergie et compagnies maritimes doutent de l’affirmation de Trump selon laquelle le détroit d’Ormuz sera entièrement ouvert vendredi. Téhéran a laissé entendre qu’il facturerait des droits de navigation aux navires à l’issue de la période de 60 jours prévue pour les nouvelles négociations entre les États-Unis et l’Iran.
La guerre menée par Israël contre les militants du Hezbollah soutenus par l’Iran au Liban constitue un autre obstacle potentiel à la conclusion d’un accord fructueux. Le protocole d’accord devrait stipuler qu’un cessez-le-feu doit être instauré sur « tous les fronts », y compris au Liban. Les responsables politiques israéliens s’y sont opposés, estimant nécessaire de poursuivre la lutte contre un groupe qui a tiré des missiles et lancé des drones sur leur territoire pour soutenir l’Iran. L’opposition reproche au Premier ministre Benjamin Netanyahu de ne rien avoir obtenu de Washington dans ces négociations…
Et évidemment, le peuple iranien, abandonné et trahi par Washington dans cet accord, qui ne prévoit rien pour lui et va le laisser seul face à un régime renforcé et revanchard. Des Iraniens avaient cru Trump quand, lors de leur révolte en janvier, il avait déclaré que « l’aide arrive »..
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