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samedi 18 avril 2026

Au secours, Bayrou de secours en sortie de route

Temps de lecture : 3 minutes

bayrou 8 septembre

Ce lundi 8 septembre 2025, le Premier ministre François Bayrou prononcera un discours de politique générale sur les orientations budgétaires de la France devant l’Assemblée nationale réunie en session extraordinaire, avant de se soumettre à un vote de confiance. Incapable de faire voter un budget, il sollicite la confiance des députés sur la nécessité de réduire la dette publique, sujet sur lequel il espérait réunir une majorité de principe.

Car, sur le principe, M. Bayrou a raison de vouloir réduire la dette publique. Depuis 50 ans, la France accumule des déficits pour multiplier des dépenses publiques qui sont autant d’entraves à la liberté des Français et à leur capacité d’initiative.
L’intrusion généralisée de la puissance publique dans l’économie grippe les rouages du marché et fait disparaître les bonnes incitations au profit de mauvaises. Comme le dit le prix Nobel d’économie Edmund Phelps, « lorsque la dette publique est très élevée, elle entraîne fortement le capital et les salaires vers des sentiers de croissance plus lente »[1].

Les élus sont responsables, pas les « boomers »

Mais après avoir passé sa vie politique à demander toujours plus de dépenses sociales, et de déficit public, son sursaut de raison aujourd’hui déguise une manœuvre et un reniement qui ne trompent plus.
Accusé, à juste titre, d’avoir participé activement à l’accroissement de la dette publique pendant ses cinquante années de vie politique, M. Bayrou s’est défaussé en soutenant que ce ne sont pas « les gouvernements qui dépensent l’argent »,  « non, ce sont les Français à qui on a mis à disposition pour les retraites (…) pour la sécu (…) pour aider les entreprises. »

Les boomers, que Bayrou accuse de cet endettement, n’en sont pas plus responsables que tous ceux qui ont voté jusqu’à ce jour pour des élus incompétents et incapables de comprendre qu’on ne peut pas longtemps payer ses dépenses courantes à crédit.

Bien sûr, il est commode de désigner un bouc émissaire. Mais une telle attitude est un signe de faiblesse malhonnête plus que de courage. Si les retraites coûtent si cher à la nation, c’est parce le système de répartition, aujourd’hui ruineux, a été institutionnalisé à la Libération dans l’esprit du Conseil national de la Résistance et des communistes qui s’y imposaient. Il en va de même pour notre régime d’assurances sociales si dispendieux.

Les méfaits de la dette sont ceux du socialisme

Selon l’Insee, la dette de la France était de 3 345 Md€ au 31 mars 2025. Elle représentait 60 % du PIB au début des années 2000, elle est désormais proche de 114 % du PIB. Elle a considérablement augmenté, plus de mille milliards d’euros, sous la présidence Macron, élu grâce à la trahison en sa faveur de M. Bayrou en 2017.

Mais les dépenses sociales publiques des pays qui ont largement adopté la capitalisation pour leurs retraites et qui ont mis en place des modèles d’assurance sociale plus décentralisés et plus flexibles, ont des coûts sociaux plus modestes et n’ont pas besoin de s’endetter. Les dépenses sociales représentaient, en 2022, 32% du PIB en France contre 26,2% au Danemark, 23,7 % en, Suède, 17,6% aux Pays-Bas et 17% en Suisse. La dette publique était respectivement début 2025, en pourcentage du PIB, de 29,9% au Danemark, 33,5% en Suède, 43,2% aux Pays-Bas et 37,6% en Suisse.

En France, la dette pèse sur la croissance et donc indirectement sur les salaires et sur le pouvoir d’achat des ménages que grèvent trop d’impôts, taxes et cotisations. En allégeant ce fardeau par une réduction des dépenses publiques, les salariés y retrouveraient leur compte à terme dans la rémunération de leur travail et nombre d’entre eux pourraient se libérer des aides sociales : au Danemark, le PIB par habitant (en $ PPA internationaux courant) est de 30% supérieur à celui de la France, et de 50% en Suisse.

Une autre politique est nécessaire

Pour y parvenir, il ne suffira pas de changer de premier ministre, il faudra changer de politique. Et ce n’est pas un nouveau premier ministre socialiste qui permettra ce changement.
Le projet de budget du parti socialiste ressemble à du Bayrou en pire. Et néanmoins, M. Wauquiez, le patron à l’Assemblée des députés Les Républicains, accepterait, dit-il, que soit confié le gouvernement à M. Faure, président du parti socialiste, ou à l’un de ses acolytes.

Une nouvelle fois, la droite se divise à défaut de convictions solides. M. Wauquiez espère peut-être que la pourpre qu’il propose à M. Faure de revêtir sera sa tunique de Nessus, cadeau empoisonné le faisant courir à sa perte. Mais derrière cette ruse, il veut plus probablement préserver ses propres intérêts et reprendre l’initiative à M. Retailleau.
Quoiqu’il en soit, cette main tendue à ceux qui se sont ralliés sans sourciller aux Insoumis est une fâcheuse démonstration de faiblesse… et de bêtise.

M. Bayrou finira sa vie politique sur cet aveu de pusillanimité qui permettra peut-être, avec les petites cuisines d’une droite déconfite, de redonner la main aux socialistes. Partout où il est passé, il a mis le désordre et la confusion. Il a toujours servi de marchepied à la gauche, comme il avait joué le Bayrou de secours de Hollande en 2012. C’est la seule fidélité qu’il conservera jusqu’au bout.

Il est urgent qu’une politique libérale rassemble les partisans d’une autre politique.


[1] Edmund Phelps, Mon voyage dans les théories économiques, Odile Jacob, mai 2023, p. 60.

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7 réponses

  1. Bayrou s’est pour le coup comporté en bon boomer, profitant du système pendant des décennies et maintenant qu’il arrive au terme de sa carrière politique nationale, il crache dans la soupe, comme bien des boomers généralement socialistes pendant leur vie active et devenant libéraux une fois en retraite ou bien après avoir touché un héritage suffisant pour vivre sans travailler…

  2. Votre excellent papier masque l’essentiel : Mr Bayrou va quitter Matignon dans la joie avec 15000 euros de retraite mensuelle pour 6 mois de travail. Et là est l’essentiel pour Mr Bayrou. Point barre.

    1. Ce n’est rien comparé à ce qu’on peut gagner en pantouflant discrètement dans le privé. Donc non, ce n’est pas tant l’argent qui motive Bayrou que sa vanité, son attaque finale contre les boomers visant à se mettre à dos son propre électorat et de finir en martyr d’opérette une carrière politique sans grand éclat.

  3. Si Wauquiez s’intéressait au sort de la France et des Français, il censurerait un gouvernement socialiste qui va s’allier avec les écolos et continuer cette délirante transition énergétique.
    J’aimerais que le parti LR ait une position claire et nette sur ce sujet : soit on continue d’engraisser les copains avec les ENR subventionnés soit on défend une véritable politique libérale. La récente position des sénateurs LR sur la PPE3 ne laisse rien augurer de bon.
    Pourquoi la France devrait elle s’endetter pour de nouvelles éoliennes alors que la consommation électrique est stable depuis 15 ans ?
    Y aurait il des sénateurs exploitants agricoles qui augmentent considérablement leurs revenus en cultivant des éoliennes ou en se faisant payer des hangars couverts de panneaux photovoltaïques, ces hangars étant parfois vides de tout matériel ?

    1. Les agriculteurs sont une population traditionnellement surreprésentée dans le cortège des grands électeurs au Sénat et c’était historiquement la clientèle électorale du RPR de Chirac…

  4. les uns ou les autres ils sont déconnectés de la réalité des citoyens modeste .les ouvriers .tout nos dirigeants et ministres qui ont piller les caisses de l’ état ..la ménagère ..elle connait ses dépenses ..le loyer 50% EDF ET GDF 35% ainsi que toutes les charges ( seule ) 44 année d’ activités dans le privé !!!!!!!!!!!!!!!!!!à découvert tout les mois

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