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lundi 15 juin 2026

Bien que nommé par Trump, Kevin Warsh peut restaurer l’indépendance de la Fed

Temps de lecture : 4 minutes

Il arrive à Donald Trump de prendre de bonnes décisions. La nomination de Kevin Warsh à la tête de la Réserve fédérale des Etats-Unis en est une.

Il est devenu difficile d’admettre que Donald Trump puisse surprendre positivement, tant l’homme est grossier. Il n’est hélas pas nécessaire d’être « progressiste » pour déplorer que nombre de ses actes politiques, diplomatiques et militaires soient hasardeux, irréfléchis et contre-productifs. Son acharnement à combattre l’indépendance de la Réserve fédérale en persécutant son patron sortant, Jerome Powell, est un bon exemple de ses pulsions irresponsables.

Une personnalité forte et indépendante

Malgré tout cela, l’imprévisible président des États-Unis a choisi en Kevin Warsh une personnalité crédible, compétente et expérimentée pour succéder à Jerome Powell. Désormais responsable de la politique monétaire des États-Unis, Warsh sera pendant au moins quatre ans l’homme le plus écouté du monde de la finance. Les marchés, dont l’Amérique très endettée est dépendante, n’auraient pas toléré l’arrivée d’une « marionnette » de Donald Trump à la tête de la Fed.

L’évolution inattendue de la conjoncture américaine depuis quelques semaines donne à Kevin Warsh l’occasion d’affirmer à nouveau l’indépendance de la Banque centrale. Le rebond de l’embauche au printemps 2026, la résilience de la consommation en dépit d’un choc pétrolier qui dure plus longtemps que prévu, et l’accélération de l’inflation, confèrent à la Fed une marge de manœuvre suffisante pour résister aux appels persistants de Donald Trump à abaisser le taux directeur de la Banque centrale.

Baisser les taux maintenant serait une erreur, et Trump ne l’exige plus

Les plus indulgents à l’égard du président américain croient même déceler une nuance toute récente dans la position de principe de la Maison-Blanche : depuis que Jerome Powell, remplacé par Kevin Warsh, n’est plus le président du Conseil des gouverneurs, on constate effectivement que Donald Trump n’exige plus de baisse immédiate du taux directeur de la Fed. « Warsh peut faire ce qu’il veut. Je ne veux pas avoir une grande influence sur lui », a-t-il par exemple déclaré à la chaîne NBC.

À quelques jours de la première réunion du comité monétaire de la Banque centrale, on apprend en effet que l’inflation aux États-Unis est remontée à 4, 2%, son plus haut niveau depuis 3 ans. Même en ne tenant pas compte des prix de l’énergie et de l’alimentation, l’inflation sur 12 mois est encore de 2, 9%. Et le doublement du prix de l’essence depuis janvier aux États-Unis va continuer de se répercuter dans les prix de multiples biens et services. La pression pour augmenter les salaires va grandir et même s’aggraver en raison de la tension sur le marché du travail.

Baisser aujourd’hui les taux donnerait un signal catastrophique. On en conclurait que la Fed n’entend pas sérieusement ramener l’inflation à 2% comme elle le prétend vouloir le faire, vainement du reste, depuis des années. Une baisse de taux aujourd’hui déclencherait une envolée immédiate des rendements obligataires, ce qui est exactement le type de défiance que la Fed doit éviter.

Warsh a joué un rôle clé dans la crise mondiale de 2008

Kevin Warsh (56 ans), excellent pédagogue à la Hoover Institution et à l’université Stanford au cours des dernières années, a été un banquier reconnu à Wall Street de 1996 à 2002, lors de son passage chez Morgan Stanley. Puis, sage conseiller de George W. Bush à la Maison-Blanche de 2002 à 2006, il a appris à connaître Washington.

Il a par la suite œuvré à la Fed, dont il a été l’un des gouverneurs de 2006 à 2011. Aux côtés de Ben Bernanke, alors patron de la Banque centrale, il a joué un rôle clé dans la gestion de la grande crise financière de 2007-2008.

Durant ces mois dramatiques qui ont fait chanceler l’économie mondiale, contre tous ses instincts, Kevin Warsh a conçu les sauvetages ou les absorptions d’institutions bancaires gangrenées par des créances douteuses, comme Lehman Brothers, Wachovia, Merrill Lynch et Bear Stearns. En bon libéral, il aurait préféré que les erreurs de jugement précipitent leur disparition méritée. Toutefois, en facilitant leur liquidation ou leur reprise par des banques saines, comme JP Morgan Chase, Morgan Stanley et Bank of America, Kevin Warsh a contribué à sauver le système financier mondial.

Comme ami et associé de Stanley Druckenmiller, légendaire spéculateur, il s’est frotté aussi de 2011 à 2025 à l’art de gérer des milliards de dollars en surfant sur les remous des marchés. Multimillionnaire en grande partie du fait de son mariage avec Jane Lauder, l’héritière de la fortune de Joseph Lauder, fondateur du géant des cosmétiques Estée Lauder, Kevin Warsh est à l’aise dans les cercles de la haute-finance. C’est ce que la gauche démocrate lui reproche. Cette aisance et son expérience devraient au contraire le servir.

Resserrer le champ d’action de la Fed

Depuis des années, il prêche pour que la Fed se limite à une politique strictement monétaire. Il plaide pour qu’elle réduise son bilan où se sont accumulés des centaines de milliards de créances immobilières et de titres du Trésor. Il a même démissionné de son poste de gouverneur de la Fed en 2011, en désaccord avec cette politique interventionniste. Elle revenait effectivement à faciliter l’endettement irresponsable de l’oncle Sam. Il juge que la tendance ne s’est pas suffisamment inversée depuis, en dépit de la disparition du danger déflationniste. Malheureusement, revendre sur le marché une partie de ces créances pourrait accélérer une remontée déjà dommageable des taux d’intérêt à long terme. Kevin Warsh ne pourra donc pas aller vite dans ce domaine.

En revanche, il devrait pouvoir changer plus rapidement la politique de communication de la Fed. Il considère, non sans raison, que les membres du comité monétaire parlent trop et s’engagent trop dans des prédictions censées « éclairer » les marchés sur leurs intentions. Or, loin de clarifier la politique monétaire, ces pratiques aboutissent à restreindre l’agilité de la Fed et à limiter sa capacité à réagir aux changements inattendus de conjoncture. On voit bien que depuis 2007, les crises bancaires, les chocs pétroliers, les guerres, qu’elles soient commerciales ou armées, ainsi que les confinements, ont pris en défaut les modèles keynésiens du contingent de plus de 1000 docteurs en économie employés par la Fed.

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