Journal d'actualité libéral
|
lundi 31 août 2026

Bruxelles veut « réveiller » l’épargne des Européens

Temps de lecture : 2 minutes

La douce odeur de la ponction de l’épargne privée s’est discrètement répandue dans le débat public ces derniers jours. Après la députée Olivia Grégoire (Renaissance) qui veut réorienter « une épargne privée existante », c’est au tour d’Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne, de qualifier d’épargne « endormie » l’épargne thésaurisée par les ménages européens. Le 27 août, à la Rencontre des Entrepreneurs de France (REF), elle a présenté l’un de ses grands chantiers pour l’Europe : « le financement de notre économie ». Son constat est simple : près de 10 000 milliards d’euros restent aujourd’hui sur des dépôts bancaires (soit 70 % de l’épargne des ménages dans l’UE), et une importante part de l’épargne européenne est investie hors du continent européen. « L’Europe doit la mettre au service de ses entreprises » a-t-elle affirmé, avant de mentionner l’Union de l’épargne et des investissements (UEI), un projet de l’UE qui pourrait orienter jusqu’à 470 milliards d’euros d’investissements.

L’UEI n’est autre que l’ancêtre de l’Union des marchés des capitaux (UME), lancé en 2014 pour créer un marché unique des capitaux en Europe. Ses résultats sont particulièrement mitigés : environ 20 % de l’épargne en Europe s’exporte chaque année vers des placements jugés plus attractifs à l’étranger, notamment aux États-Unis.

Encore faut-il se demander pourquoi les Européens préfèrent conserver leur épargne sur des comptes bancaires ou investir ailleurs. Ce n’est pas nécessairement parce qu’ils sont incapables de comprendre les vertus du financement des entreprises. C’est en partie aussi parce que les entreprises européennes offrent moins d’opportunités d’investissement, dans un environnement réglementaire et fiscal qui les pénalise. L’UE semble d’ailleurs avoir identifié ce problème : au début de son discours, Mme von der Leyen a affirmé vouloir réduire de 25 % les charges administratives qui pèsent sur les entreprises et de 35 % pour les PME d’ici 2029, notamment en simplifiant les obligations déclaratives et en accélérant certaines procédures d’autorisation. Il aura donc fallu des années d’inflation législative et de sur-réglementation pour que la technocratie européenne découvre que ses normes empêchent les entreprises de se développer.

Mais l’environnement fiscal n’est évidemment pas la seule explication. Un rapport d’information de l’Assemblée nationale, présenté en juillet 2025, a souligné que l’abondante épargne européenne s’explique aussi par des facteurs culturels (aversion au risque, manque de culture économique et financière…) et par la prédominance des systèmes de retraite par répartition, « là où la profondeur des marchés financiers américains repose sur d’importants fonds de pension ».

Plus fondamentalement, la présidente de la Commission européenne semble oublier que ce qu’elle nomme péjorativement épargne « endormie » reste la propriété des ménages, le fruit de leur travail – déjà lourdement taxé dans des pays comme la France – et que la manière dont il est utilisé relève de la seule décision des épargnants eux-mêmes.

Recevez Contrepoints, le journal d'actualité libéral

Abonnez-vous gratuitement à notre journal d’actualité libéral. Recevez tous les matins une analyse libérale de l’actualité que vous ne trouverez nulle part ailleurs.


Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *


Soutenez Contrepoints – Le média libéral de l’IREF

L’IREF (Institut de Recherches Économiques et Fiscales) est une association indépendante, sans but lucratif, financée uniquement par des dons privés.

Faites un don et soutenez un journal 100 % libre, libéral et sans subvention publique.