Ludwig von Mises (1881-1973) fut l’un des économistes les plus remarquables du XXème siècle. Défenseur du libéralisme et du capitalisme, il fut l’un des ténors de ce que l’on appelle l’école autrichienne d’économie. A la fin de l’année dernière, l’Institut Coppet a publié plusieurs traductions, certaines inédites, de ses œuvres les plus remarquables. Pour bien débuter 2026, nous vous offrons un petit diaporama de certaines traductions, indispensables pour votre bibliothèque.
L’action humaine (1949)
Nous commençons cette revue par l’œuvre majeure de Ludwig von Mises, l’une des plus importantes en économie. L’action humaine : traité d’économie est un pavé : la version de l’institut Coppet fait 700 pages ; mais c’est un incontournable pour toute personne qui souhaite comprendre le fonctionnement économique. Jörg Guido Hülsmann, qui préface cette traduction, décrit l’action humaine comme le « pendant pro-capitaliste du Capital de Karl Marx ». Mises analyse le fonctionnement de l’économie capitaliste, qui est fondée sur la propriété privée, la division du travail et l’utilisation de la monnaie, et démontre que cette économie est dirigée par les consommateurs, les entrepreneurs n’étant que les pilotes qui obéissent aux ordres de ces derniers. Surtout, il dénonce la nuisance que provoque l’Etat quand il outrepasse son rôle qui est de protéger les personnes et d’assurer le respect des droits de propriété. M. Hülsmann qualifie, à raison, les idées de ce livre comme aux « antipodes des conceptions économiques et politiques prévalant en France de nos jours ».
Cet ouvrage étudie l’action humaine : c’est ce que Mises appelle la praxéologie. Une véritable bible pour celui qui souhaite comprendre les rouages économiques : de la coopération entre les individus à l’interventionnisme, en passant par la fiscalité, le crédit et la manipulation de la monnaie, tout y passe ! Au-delà de l’économie, c’est aussi un ouvrage de science sociale : peut-être le seul qui vaut la peine d’être lu ! Si vous devez choisir qu’un seul livre parmi tous ceux que nous vous présentons ici, c’est celui-là que nous vous conseillons.
La bureaucratie (1946)
La bureaucratie est un mal dans toute social-démocratie, en France notamment où les excès de l’administration étouffent les citoyens et les entrepreneurs. Dans ce livre, Ludwig von Mises estime d’abord que le terme bureaucratie est injurieux : en effet, personne ne se nomme bureaucrate ou présente le fonctionnement de son organisation comme bureaucratique. S’il dénonce le système bureaucratique étatique, il écrit que l’Etat, via son interventionnisme, conduit les entreprises à la bureaucratisation. En effet, ce dernier restreint les profits et peut intervenir dans le choix du personnel : tout cela provoque une paralysie de l’initiative. Dans certains cas mêmes, l’entreprise privée est subordonnée à l’administration : « l’Etat a le pouvoir de ruiner une entreprise ou de lui prodiguer ses faveurs ».
Parcourant ce qu’il appelle la philosophie de la bureaucratie, Mises parle de la « suffisance » des bureaucrates, qui se pensent utiles à la société même si les lois qu’ils exécutent nuisent au bien public. Pour lui, en Europe, l’attrait pour la fonction publique était dû à la facilité du travail et la sécurité » d’un emploi à vie. En démocratie, le bureaucrate est aussi électeur, et dans son vote, il participe au maintien de « la souveraineté de l’Etat qui l’emploie ».
L’interventionnisme (1940)
Dans l’interventionnisme, Mises entend dissiper les espoirs que certains portent dans ce qu’on appelle toujours « la troisième voie », c’est-à -dire un système à mis chemin entre capitalisme et socialisme, où l’Etat interviendrait ponctuellement pour « corriger les excès » du marché libre. Cette troisième voie, clairement interventionniste, n’est pour Mises « pas un ordre stable : c’est une pente glissante qui mène, pas à pas, vers le socialisme intégral ». Il évoque dans son ouvrage les divers méfaits des politiques interventionnistes dans l’économie et il y dénonce notamment le contrôle des prix, les salaires minimums, le contrôle des changes, les subventions ou encore le corporatisme et le syndicalisme (dans l’idée que ce dernier postule que la propriété des moyens de production devrait être donnée aux travailleurs ». Dans un chapitre sur l’économie de guerre, Mises explique que « lorsque les nations capitalistes abandonnent en temps de guerre la supériorité technique qui leur est fournie par leur système économique, leur pouvoir de résistance et leur chance de l’emporter se réduisent considérablement ».
Selon les mots de Mises, on pourrait définir l’interventionnisme comme un système de procédures qui perturbent et (à l’occasion) détruisent l’économie de marché puisqu’il entrave la production et nuit à la satisfaction des besoins. Si l’interventionnisme peut profiter à un groupe de personnes ou à des minorités, c’est au détriment des autres : « la majorité, ou la nation dans son ensemble, ne peut que perdre du fait de l’interventionnisme ».
Le chaos du planisme (1956)
Il serait sans doute nécessaire d’envoyer une copie de cet ouvrage à M. Clément Beaune, Haut-commissaire au plan. Dans sa préface de cette traduction, Leonardo de Vio décrit cet ouvrage comme une « courte mais pénétrante analyse d’une des idées les plus persistantes de la pensée moderne : celle selon laquelle le gouvernement pourrait, par son action, concevoir une société à la fois plus juste, plus égalitaire et plus efficiente. » Dans ce livre, Ludwig von Mises tire à boulets rouges sur les tentatives gouvernementales de planifier le fonctionnement de l’économie et de la société. Il démonte les arguments et les politiques des grandes idéologies totalitaires du XXème siècle : le socialisme, le communisme, le fascisme et le nazisme. Regrettant que la « propagande socialiste n’a jamais rencontré d’opposition décidée », il explique qu’on ne doit pas combattre le socialisme « en critiquant seulement quelques traits accidentels de ses plans » et que « ce qu’il faut pour arrêter ce penchant pour le socialisme et le despotisme, c’est le bon sens et le courage moral ».
Mémoires ou souvenirs d’Europe (1978)
Nous allons terminer cette recension par les mémoires de Mises. Publiée après sa mort, cette autobiographie révèle au lecteur les motivations de Mises, « le contexte de formation de ses idées et sur les combats qu’il mena tout au long de sa vie ». Ce livre commence par une phrase de Mises datant de 1940, expliquée par son épouse (Margit) : « j’avais voulu être un réformateur mais n’étais devenu que l’historien du déclin… ». Dans son livre, Mises narre notamment ce qu’est l’école autrichienne, courant du libéralisme dont il est l’un des plus éminents penseurs.
Mais au-delà de l’économie, il évoque aussi le chaos de la seconde guerre mondiale, qui a bouleversé sa vie. Dans le dernier chapitre de ses mémoires, il parle de son pays, l’Autriche. Faisant référence à l’Anschluss, nous pouvons prétendre à faire une comparaison avec la situation ukrainienne et son invasion sanglante par la Russie de Poutine.
« Seule une nation du continent européen essayait de s’opposer sérieusement à Hitler : la nation autrichienne. Ce n’est qu’après cinq années de résistance victorieuse, et abandonnée par tous, que la petite Autriche dut se rendre. Le monde entier poussa un soupir de soulagement : Hitler avait enfin eu ce qu’il voulait, il allait désormais travailler pacifiquement avec les autres nations ! Mais vingt-sept mois plus tard, Hitler était le maître du continent européen ! »
Découvrir toutes les autres traductions de Ludwig von Mises sur le site de l’institut Coppet
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Une réponse
« L’Etat, via son interventionnisme, conduit les entreprises à la bureaucratisation. En effet, ce dernier restreint les profits et peut intervenir dans le choix du personnel : tout cela provoque une paralysie de l’initiative. Dans certains cas mêmes, l’entreprise privée est subordonnée à l’administration : « l’Etat a le pouvoir de ruiner une entreprise ou de lui prodiguer ses faveurs ». »… c’est exactement la situation actuelle en France ! C’est à se demander parfois s’il existe encore une secteur authentiquement privé ou simplement du capitalisme de connivence. —
« Regrettant que la « propagande socialiste n’a jamais rencontré d’opposition décidée », il explique qu’on ne doit pas combattre le socialisme « en critiquant seulement quelques traits accidentels de ses plans » et que « ce qu’il faut pour arrêter ce penchant pour le socialisme et le despotisme, c’est le bon sens et le courage moral ». »… tout à fait ! On peut songer à Bastiat avant lui, qui osa seul porter le combat au plan moral (voire métaphysique). — En conclusion, je dirais qu’il est urgent que la grande presse libérale reprenne le combat d’idée, sans quoi nous finirons avec un émirat marxiste. Et bravo à l’Institut Coppet pour son travail remarquable !