Journal d'actualité libéral
|
mercredi 21 octobre 2026

Candidats et retraites : le vrai courage serait de parler du régime des fonctionnaires

Temps de lecture : 4 minutes

Pour la première fois, le budget indique ministère par ministère ce que coûtent les retraites des agents de l’État : à l’Éducation nationale, elles absorbent près d’un tiers des crédits. Les candidats à la présidentielle de 2027, eux, promettent presque tous de supprimer les régimes spéciaux des entreprises publiques, qui sont déjà fermés. Mais aucun n’évoque le régime des fonctionnaires d’État, qui a coûté en 2025 plus de 65 milliards d’euros.

Annexé au projet de loi de finances pour 2027, un document détaille ministère par ministère le poids des contributions que l’État verse au compte d’affectation spéciale Pensions pour la retraite de ses agents. À l’Éducation nationale, 32 % des crédits, soit 28,5 milliards d’euros, partent dans ces pensions. Au ministère de l’Intérieur, ce sont 30 %, et 35 % pour la seule mission Sécurités. Viennent ensuite la Justice à 21 %, l’administration générale et territoriale à 17 %, la Défense à 12 %. Toutes missions confondues, la moyenne s’établit autour de 13 %, et la dépense totale du compte Pensions est prévue à 69,8 milliards pour 2027. Autrement dit, quand un gouvernement annonce des milliards pour l’école, ils ne vont pas tous, loin s’en faut, à l’amélioration du système, des conditions d’enseignement, de la rénovation des bâtiments ou autres urgences : près d’un tiers financent les pensions des agents à la retraite.

Cette nouvelle transparence n’a  rien de spontané, c’est l’article 75 du projet de loi de finances qui l’impose. Nous écrivions il y a peu que les retraites des fonctionnaires n’avaient pas de tableau dans le budget. Elles en ont maintenant un.

Tous promettent de supprimer… des régimes déjà fermés

Qu’en disent les candidats ? Passez en revue leurs positions sur les retraites : dans les débats, le curseur se déplace entre l’âge et la durée, les plus audacieux le poussant jusqu’à une unique promesse, celle d’en finir vraiment avec les régimes spéciaux. Gabriel Attal y tient,  insiste, Édouard Philippe aussi, Bruno Retailleau annonce la suppression des « régimes spéciaux restants », Marine Le Pen et Jordan Bardella parlent d’harmonisation, Raphaël Glucksmann de convergence progressive. Seule la gauche de Jean-Luc Mélenchon et de Fabien Roussel assume de les maintenir.

Le consensus est confortable, car ces régimes sont déjà condamnés. Seuls les nouveaux embauchés relèvent, depuis le 1er janvier 2020 à la SNCF et le 1er septembre 2023 à la RATP, du régime général, la clause dite « du grand-père » préservant le régime et les avantages des anciens.  Le Conseil d’orientation des retraites en constate la conséquence : les derniers cotisants de la SNCF disparaîtront à la fin de la décennie 2060, mais le régime comptera encore 63 000 retraités en 2070, la subvention publique couvrant alors plus de 94 % de ses ressources. Promettre de supprimer ce qui est fermé depuis six ans et s’éteindra dans un demi-siècle ne coûte rien, et c’est précisément la raison pour laquelle tout le monde le fait.

Les sommes en jeu sont d’ailleurs modestes au regard du reste : le budget 2026 consacre 3,22 milliards d’euros à la SNCF et 885 millions à la RATP. Cherchez en revanche, dans l’inventaire des programmes, une phrase sur le régime des fonctionnaires d’État, sur les catégories actives, sur les bonifications ou sur l’alignement des règles entre public et privé : vous ne la trouverez pas.

Une exception, et une seule. David Lisnard s’attaque à l’architecture plutôt qu’au curseur : il qualifie le système actuel de « pyramide de Ponzi » et défend, lui, un modèle hybride associant répartition et capitalisation, ainsi que bien sûr, sans ambigüité,  la fin des régimes spéciaux. C’est à ce jour l’approche la plus ferme du vrai sujet.

Le régime dont personne n’ose dire ce qu’il est vraiment

Car le vrai régime spécial, c’est celui des fonctionnaires d’État, et il n’a même pas de caisse. L’État employeur verse une contribution assise sur le traitement indiciaire, portée de 78,28 à 82,28 % par un décret du 26 décembre 2025. C’est 126,07 % pour les militaires (qui sont aussi des agents de l’Etat mais avec un statut propre), 37,65 % dans les fonctions publiques territoriale et hospitalière contre 16,67 % dans le secteur privé.

Le régime a versé 65,1 milliards d’euros de pensions en 2025, dont 54,9 milliards (soit 85,9 % de ses ressources) sont venus de la contribution de l’État, comme le montre la Cour des comptes. Quelle part relève d’une vraie cotisation ? Amélie de Montchalin, aujourd’hui Première présidente de la Cour, l’a dit à l’Assemblée en octobre 2025 : sur 52,4 milliards de contributions versées, 11 milliards seulement correspondent à une cotisation calculée au taux du privé. Les 41,5 milliards restants sont une subvention d’équilibre payée par les contribuables, et la Cour a repris ce calcul en septembre 2026.

La dette implicite, elle, est vertigineuse : fin 2025, les engagements de retraite de l’État atteignaient 1 366 milliards d’euros, environ 46 % du PIB. Ils ont reculé de 207 milliards en un an, non par une réforme, mais parce que le taux d’actualisation est passé de 1,38 à 2,21 %. Le montant des pensions que l’Etat paiera aux fonctionnaires retraités n’a, lui, pas été modifié !

D’un côté, un consensus politique pour supprimer des régimes qui coûtent quatre milliards et s’éteignent d’eux-mêmes. De l’autre, un régime qui en coûte soixante-cinq, dont quarante et un de pure subvention, et que pas un programme ne mentionne explicitement. Au même moment, les textes déposés le 1er octobre réclament près de cinq milliards aux retraités du privé.

Le silence n’est donc pas un oubli, c’est un calcul : promettre la fin des régimes spéciaux ne fâche personne, toucher au régime des agents de l’État fâcherait beaucoup de monde. Bercy a fait la moitié du chemin en publiant les chiffres. Le courage consisterait à aller jusqu’au bout : des règles identiques pour tous, l’extinction du régime des fonctionnaires et la création d’une vraie caisse de retraite pour les agents de l’État.

Recevez Contrepoints, le journal d'actualité libéral

Abonnez-vous gratuitement à notre journal d’actualité libéral. Recevez tous les matins une analyse libérale de l’actualité que vous ne trouverez nulle part ailleurs.


Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *


Soutenez Contrepoints – Le média libéral de l’IREF

L’IREF (Institut de Recherches Économiques et Fiscales) est une association indépendante, sans but lucratif, financée uniquement par des dons privés.

Faites un don et soutenez un journal 100 % libre, libéral et sans subvention publique.