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samedi 14 février 2026

De l’Iran au Venezuela : l’éviction des totalitarismes par la force ?

Temps de lecture : 4 minutes

La révolte iranienne contre le régime des mollahs prend de l’ampleur. Elle s’élève contre un régime qui pratique l’amalgame du spirituel et du temporel à la source de tous les totalitarismes, du communisme au nazisme et aux frontières de l’Islam. Trump a employé la manière forte contre le Venezuela. Est-ce la bonne, alors que l’Occident libéral lui-même n’est pas à l’abri de cette confusion ?

Les Iraniens qui descendent dans la rue face aux milices islamistes et au risque d’y perdre la vie contestent la vie chère, l’arrogance et l’hypocrisie de la caste dirigeante et la chape de plomb qui pèse sur leur vie quotidienne. Mais ils ont compris aussi, malgré la propagande et la répression qui s’abat, que le régime était la cause de leur malheur plus que les sanctions occidentales. Jusque dans les villes éloignées de Téhéran, la foule scande « Longue vie au chah ! » et « Mort à Khamenei », « A bas le dictateur ! », « Iranien ! Crie haut et fort pour tes droits ! ».  Ils ne veulent plus de réformes, ils veulent abattre la République islamique. Les étudiants réclament la « fin du tyran ».

Cette fois sera-t-elle la bonne en Iran ?

L’issue de cette énième rébellion demeure très incertaine. Le pays y a cru plusieurs fois sans succès : révolte des étudiants en 1999, réaction en 2009 contre la fraude électorale, manifestations contre la vie chère (2017-2019), mouvement Femme, Vie, Liberté (2022). La violence a toujours été la réponse aux revendications de la rue iranienne. Mais le régime semble à bout de souffle. Un jour, il craquera.

« Si l’Iran tire sur des manifestants pacifiques et les tue de manière violente – ce qui est leur habitude – les Etats-Unis d’Amérique viendront à leur secours. Nous sommes prêts et armés, prêts à intervenir », a écrit Donald Trump. Son soutien public et menaçant aux contestataires est peut-être contreproductif. L’appui en sous-main des Israéliens est sans doute plus habile.

Le sursaut iranien exprime l’aspiration naturelle de l’homme à la liberté, surtout chez les jeunes que la lassitude n’a pas encore conduit à accepter la vie sous les fourches caudines du régime. Le libre arbitre ne saurait jamais être éradiqué par les totalitarismes parce qu’il habite la nature humaine. Tout au plus peut-il être mis sous le boisseau, en sourdine, prêt à se réveiller à une prochaine grande occasion. Comme ce fut le cas avec l’assassinat de César ou la chute du mur de Berlin.

Maduro prisonnier

Dans la nuit du 2 au 3 janvier 2026, la Delta Force de l’armée américaine a réussi une opération spectaculaire : elle a immobilisé les forces aériennes vénézuéliennes, arrêté le président ainsi que son épouse et les a emprisonnés  aux Etats-Unis afin qu’ils y soient jugés pour narcotrafic.

Cette première intervention militaire directe des États-Unis en Amérique latine depuis l’invasion de Panama en 1989 contre le dictateur Noriega, est un succès politique et militaire exceptionnel. Au Panama il avait fallu deux semaines pour aller chercher Noriega. En 2026 une nuit a suffi.

Est-opportun pour autant ? On ne peut pas ne pas se réjouir de l’anéantissement d’une tyrannie communiste, encore à parfaire. La réussite de l’opération démontre d’ailleurs aussi que très vraisemblablement nombre de Vénézuéliens  y compris parmi les militaires, souhaitaient mettre fin à ce régime et l’ont favorisée car elle ne pouvait pas aboutir sans appuis  de l’intérieur.

Les guerres justes

Bien entendu, les pays totalitaires, de la Corée à la Chine en passant par l’Iran et la Russie, s’offusquent de cette intrusion américaine dans la politique vénézuélienne.  Comme si Poutine n’avait pas fait la même chose en Ukraine et si Xi ne menaçait pas Taïwan ! Mais beaucoup d’autres nations et commentateurs la condamnent au nom du droit international et de la Charte de l’ONU. La réalité est que le droit international est toujours bafoué par les plus forts et qu’on aurait aimé entendre le même concert de lamentations contre Poutine et Xi précisément.

Surtout, il paraît souhaitable de s’interroger sur le caractère juste ou non de ces interventions de l’Amérique, indépendamment des lois onusiennes qui ne sont que des chiffons de papier.

Thomas d’Aquin considérait que la guerre pouvait être juste  à trois conditions :

  • elle doit être décidée par l’autorité légitime d’un État,
  • la cause doit tendre à rendre justice d’une faute,
  • l’intention du Prince doit être droite, orientée à promouvoir le bien ou faire cesser le mal.

Près de quatre siècles plus tard, la notion fut laïcisée par Hugo Grotius pour lequel la guerre peut être juste si elle est faite pour se défendre, pour recouvrer ses biens ou plus généralement son « dû », et pour punir des exactions.

Contre les potentats iraniens et vénézuéliens, ces conditions semblent réunies à tous égards.

Les faiblesses de l’Occident

Trump devrait pourtant se méfier de lui-même. La guerre ne peut pas être juste si elle est faite par prédation (dans le seul but de mettre la main sur le pétrole ?), ni si elle est engagée par ceux qui succombent eux-mêmes aux tentations du pouvoir absolu.

La nature humaine reste ambiguë. Elle accepte volontiers la confusion du politique et du religieux dont le monde occidental a été peu ou prou préservé par le christianisme. Celui-ci a prôné dès le départ la séparation du temporel et du spirituel selon la formule qu’il faut rendre à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu (Matthieu 22,15-22, Luc 20,20-26, Marc 12,13-17). Cette confusion fut à la source de toutes les monarchies orientales gouvernées par des souverains souvent déifiés, jusque chez César et son fils adoptif Octave devenu Auguste, Imperator Caesar Divi Filius Augustus. Elle a accompagné la conquête arabe motivée par l’appât des fruits de la victoire tout autant que par le Coran qui commande son expansion et impose son droit au politique et au militaire. Le monde moderne l’a renouvelée en adoptant comme religions les idéologies séculières du communisme au nazisme. La Russie héritière de l’Union soviétique en est toujours tentée en utilisant la mauvaise part de l’orthodoxie traditionnellement liée à l’empire.

On peut s’inquiéter légitimement des professions de foi identitaires de JD Vance, l’idéologue de Trump et peut-être son successeur, qui voudrait faire du gouvernement de l’Amérique un gouvernement chrétien. Mais un gouvernement ne peut être chrétien, le cas échéant, qu’au travers des hommes qui le dirige. Il ne peut pas l’être en tant que tel sauf à emprunter les habits du césarisme, en reniement du christianisme. La laïcité est une invention chrétienne.

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19 réponses

  1. Prudence indispensable
    En consultant l’histoire politique et économique du Venezuela au siècle dernier (comme d’autres pays d’Amérique latine), faite de rares alternances , de révoltes pour cause de misere populaire, de dirigeants corrompus, des enjeux énergétiques, des menaces d’intervention militaire américaine et d’échecs répétés,
    il paraît logique d’être circonspect sur la suite des évènements à venir après l’arrestation de monsieur Nicolas Maduro auquel il avait été offert dit-on une grosse somme d’argent pour qu’il quitte le pays.
    Que le nombre de victimes du raid et des missiles soit passé sous silence est une chose.
    La fable des fameuses frappes chirurgicales du temps de la guerre du Golfe ne peut plus être racontée et ne sera plus entendue par l’opinion publique internationale.
    Est ce que la presse internationale ( de complaisance ) pourra maintenir l’omerta ‘en cas de bombardements sur les quartiers de grandes villes vénézuéliennes dans un pays de trente millions d’habitants ?
    Les dirigeants des Etats frontaliers , dont certains peuvent se sentir visés, ont déjà protesté contre cette action militaire aux contours imprécis.
    L’organisation d’élections libres pour departager les partis en présence semble devoir être organisée en 2026 afin que la spirale antiliberale de luttes intestines armées ne prenne le pas dans un pays deja classé parmi les plus violents du monde.
    Marcher sur des oeufs !!

    1. les frappes chirurgicales ne sont pas une fable ! Il n’y a que la Russie de Poutine pour bombarder des villes entières

  2. De Jules Torres dans le JDD, très bel article, en voici un extrait :

    « Aucune grande libération n’a été propre, consensuelle ou juridiquement irréprochable au moment où elle s’est produite. Jamais un empire n’a reculé parce qu’un texte l’y contraignait. Jamais un tyran n’a quitté le pouvoir parce qu’il était déclaré « hors-la-loi ». Jamais un peuple n’a été libéré parce qu’il avait juridiquement raison. Le droit vient toujours après. Il ne précède pas l’Histoire : il entérine ce que le réel a déjà imposé. »

    Réjouissons-nous de voir un dictateur (illégitime qui plus est) tomber. Et rejouissons-nous de voir que le POTUS applique avec science et conscience cette maxime de Thucydide :
    – Tout homme tend à aller jusqu’au bout de son pouvoir.

  3. Merci M. Delsol pour cette analyse profonde et circonstanciée, renouant avec les sources thomistes du droit naturel… c’est exactement le renouveau de cet esprit dont l’Occident a besoin pour que la restauration politique soit authentiquement libérale et fidèle à nos traditions. Je me demande QUAND les médias libéraux (Le Figaro, Les Echos, L’Opinion, etc.) renoueront avec cette rigueur intellectuelle qui SEULE peut nous protéger des affres du totalitarisme. La complaisance avec la social-démocratie rend inaudibles les libéraux.

  4. Contrairement à ce que vous écrivez le catholicisme a toujours voulu que le spirituel domine le temporel. Le Pape n’était il pas chef d’un grand état? Et s’il est chef d’un petit état ce n’est pas parce qu’il a abandonné : les territoires lui ont été confisqués. Qu’est ce que les princes/évêques du Saint empire romain germanique? Évêques parceque princes! Quant a l’orthodoxie russe, n’oubliez pas que ses hiérarques ont été nommés du temps du communisme, donc avec l’aval du kgb. Ce n’est pas encore la vraie orthodoxie russe.

    1. Concernant les états pontificaux et les princes-évêques, je pense que vous commettez une erreur d’analyse. Ces prélats étaient princes au temporel et gouvernaient ces fiefs selon des lois temporelles, exactement comme n’importe quel seigneur laïc. Ce n’était pas des théocraties. De même que les cardinaux-ministres Richelieu et Mazarin ont gouverné au temporel selon des lois temporelles. Dans l’économie féodale, les fiefs sont l’équivalent moderne des entreprises. Posséder des fiefs, c’est comme posséder des actifs boursiers. Un prélat peut posséder des actifs boursiers : il les gèrera selon de strictes lois temporelles.

  5. Personne ne regrettera le dictateur venezuelien……on peut gloser a l infini sur les conditions de son éviction……car nos democrates occidentales sont tellement molles et incapables d agir qu elles s en remettent à l ONU tout aussi impuissant….quasiment tous les venezueliens saluent cette action libératrice!!!!!

    1. Ces pétro_monarchies sont des colosses en dollars au pieds d argiles
      Dans ce cadre, elles ont besoin de la sécurité des bases américaines implantées sur leur sol

  6. La force prévaut donc désormais comme REGLE pas même de condamnation de réserve? Pour raison de quoi? totalitarisme? socialisme? corruption? ou juste l’interet? Pays qui laisse faire des groupes terroristes ?
    Le terrorisme serait bel et bien pour moi un point à discuter..mais …le narcotrafic?
    Curieux le libéralisme est une doctrine du droit .. SI l’ennemi est partout à l’extérieur, je ne donne pas cher des secteurs qui échapperont à l’interet stratégique de la nation.. la liberté d’expression en premier.. et un état de « guerre » permanent.
    On recolonise?

    La Russie a donc eu raison..

    On garde l’ONU? on la réforme..

    Ok état souverain concept oublié.. Moi je veux bien envisager cela ..mais les conséquences aussi.. Moi qui n ai toujours pas différé l’annulation le l’élection roumaine..

    La russie est « légitime » alors à faire assassiner ou enlever les dirigeants européens. c’est de bonne guerre puisque la guerre est « normale ».

    Où situez vous la limite?

    1. La Russie est un dictature qui tue des opposants et des journalistes ou elle les enferme dans des colonies pénitentiaires.. Aucune légitimité

      1. c’est aussi mon avis.. donc votre critère va donner un « droit » aux non dictatures et un autre aux dictatures?? droit devant quoi alors??

        on est bien à un moment charnière…l’ europe insignifiante..à mon opinion..

  7. Il y a eu l’exception du dictateur Pinochet où la remise de son pouvoir à la société civile c’est faite de façon volontaire et sans violence.

  8. J’ai un problème majeur avec l’idée d’aller au Venezuela pour le pétrole. Ce qui est très majoritairement disponible là-bas est un brut bitumineux, qui est solide à température pièce et qui ne peut actuellement être traité que par trois pays, le Vénezuela, les États-Unis et le Canada. (C’est assez proche de l’asphalte que vous avez dans votre rue, cailloux en moins.)
    Il est possible de créer des instalations pour transformer ce bitume en brut synthétique qui lui, ressemblera aux bruts conventionnels. (Faites une recherche si vous souhaitez en savoir plus.) Cependant, il faudra que le Venezuela se stabilise et respecte le droit de propriété avant, parce que ce sera extrêmement coûteux (+100 milliards de dollars pour récupérer la capacité d’extraction pré Chavez.)
    Bien malin celui qui, aujourd’hui, peut prédire comment la situation évoluera même dans les prochains mois. Ayant vu ce qui s’est produit dans plusieurs pays depuis l’effondrement de l’ancien bloc de l’Est -j’étais alors adolescent- je doute fortement que la stabilisation, quel que soit son extension vers la (vraie) démocratie, vienne toute seule.
    De toute façon, nous n’avons pas vraiment besoin pour le moment de développer ces ressources, nous sommes plutôt en surcapacité de production. Et il reste en plus une certaine incertitude sur ce qui va arriver dans les prochaines années avec la décarbonisation.

    1. Si les Américains avaient voulu le pétrole, ils auraient soudoyer le bandit. Pas besoin de faire ce coup risqué..

  9. L’assassinat de César est le contraire de ce que croit l’auteur. C’était pour restaurer la dictature de l’Oligarchie sur Rome, que César modérait en l’empêchant de piller et de brimer le peuple!

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