Les livreurs des plateformes (Uber Eats, Deliveroo, Stuart, etc.) sont les nouveaux damnés de la Terre. Une étude de l’Institut de recherche pour le développement (IRD) et de l’Institut national d’études démographiques (Ined) montre qu’ils travaillent, en moyenne, 63 heures par semaine pour gagner 1480 euros bruts par mois, soit 6€ de l’heure. Alors que le smic horaire dépasse les 12€.
Depuis longtemps, des voix s’élèvent pour demander une revalorisation des rémunérations. C’est ce qu’a fait la ville de Seattle aux Etats-Unis. Dirigée par des démocrates très à gauche depuis des décennies, elle a décidé la mise en place d’une rémunération minimale pour les livreurs qui combine un tarif minimum par minute et par mile avec un plancher de 5 dollars par livraison.
Les économistes Andrew Garin, Brian Kovak et Yuan An ont voulu savoir ce que cette mesure avait concrètement changé pour les livreurs. La réponse est : rien !
Certes leur salaire de base a plus que doublé – passant d’environ 5 dollars à plus de 12 dollars par livraison – mais leur revenu mensuel est resté presque identique à ce qu’il était avant la réforme. Pourquoi ?
Premièrement, les plateformes ont répercuté la hausse sur les consommateurs. Deliveroo, par exemple, a jouté 5 dollars à la commande. Cela a fait baisser le nombre de commandes passées par les clients. Les livreurs ont donc effectué moins de livraisons.
Deuxièmement, les clients, du fait du coût accru de la commande, ont donné moins de pourboires. Or, ceux-ci pouvaient laisser aux livreurs entre 10 % et 20 % du prix de leur repas. La baisse des pourboires aurait annulé plus d’un tiers de l’augmentation du salaire de base.
Troisièmement, alléchés par une rémunération a priori plus élevée, de nouveaux livreurs sont apparus, réduisant la part de marché de chacun.
Comme l’écrivent les trois chercheurs, « ces effets combinés ont annulé presque tous les gains attendus ».
En Europe, on voudrait faire des livreurs indépendants des salariés. Des plateformes ont déjà été condamnées pour travail dissimulé. Une directive européenne, qui devrait bientôt entrer en vigueur, entend lutter contre « le faux travail indépendant ».
Mais comme le disait Bastiat, il y a ce qu’on voit et ce qu’on ne voit pas. Cette mesure risque de mettre à mal le modèle économique des plateformes, augmenter le prix des livraisons, réduire la concurrence, restreindre la liberté des livreurs et en faire baisser le nombre. Les perdants ne pourraient-ils pas être finalement plus nombreux que les gagnants ?
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8 réponses
Un exemple de Lumpenproletariat qui rapproche les économies occidentales en quasi récession de celles des nations en voie de développement ?
Ah la gauche et ses idées magiques pour le bien du peuple qui se révèlent toujours avec un résultat inverse de ce qui est attendu…. On expérimente ça depuis 1981 en France et on continue de s’enfoncer …
Bonjour,
L’article ne dit pas si leur temps de travail hebdomadaire a diminué.
Ne serait-ce pas déjà un gain si en travaillant moins ils gagnaient la même chose ?
63 h par semaine, ce chiffre est effrayant.
Très bonne remarque, il manque un chiffre clé ! Toutefois beaucoup aimeraient travailler plus pour gagner plus, ne serait-ce que pour envoyer de l’argent à la famille.
Exactement ! Accumuler du stress et des heures et des heures pour un même salaire qu’un job certes fatiguant mais « vivable », qui ne choisirait pas la deuxième option ?
De toutes façons, ces livraisons de repas sont un éloge de la paresse et du repli sur soi, quand je pense à ces générations de nos aînés qui ne veulent pas entendre parler des livraisons de repas à domicile offerts par les mairies, ils ont leur fierté, eux !
Merci beaucoup pour ce parfait exemple réel, chiffres à l’appui, de l’inanité des interventions étatiques décidées « pour le bien » d’autrui à la place d’autrui.
Très bonne remarque, il manque un chiffre clé ! Toutefois beaucoup aimeraient travailler plus pour gagner plus, ne serait-ce que pour envoyer de l’argent à la famille.
Très bonne remarque, il manque un chiffre clé ! Toutefois beaucoup aimeraient travailler plus pour gagner plus, ne serait-ce que pour envoyer de l’argent à la famille.
Autre remarque : ce métier, même mal payé, est un puissant facteur d’intégration