L’annonce a été faite il y a quelques jours : au 1er juin 2026, le SMIC sera revalorisé de 2,41 %. Cette hausse portera le salaire minimum mensuel brut à 1 867,02 euros, contre 1 823,03 euros depuis janvier 2026, un niveau déjà parmi les plus élevés d’Europe. Cette évolution s’explique par le mécanisme d’indexation sur l’inflation, cette dernière ayant atteint 2,2 % sur un an au mois d’avril 2026.
Pour les employeurs, déjà confrontés à des marges de manœuvre de plus en plus réduites sous le poids des charges, cette hausse représente évidemment un coût salarial supplémentaire. Si cette hausse augmente directement la rémunération de certains, elle n’est pas, pour l’économie française dans sa globalité, une bonne nouvelle, bien au contraire. Car cette nouvelle revalorisation engloutit le pays dans une « smicardisation » du marché du travail – compte-tenu de la progressivité des charges.
Comme nous le soulignions déjà, le SMIC net a progressé de 26,35 % en 10 ans (2014-2024), quand, sur la même période, le salaire médian net du secteur privé n’a augmenté que de 22,83 %. Cela montre bien que la revalorisation automatique du salaire minimum légal rapproche la base des salaires de la médiane, sans pour autant enrichir l’ensemble des salariés.
Par ailleurs, la part des salariés rémunérés au SMIC est passée de 10,8 % en 2014 à 14,6 % en 2024. En 2025, le SMIC représente environ 62 % du salaire médian et 50,4 % du salaire moyen, ce qui place la France parmi les pays les plus élevés de l’OCDE.
Mais pour comprendre les effets réels de cette dynamique, il faut se placer du côté de la relation employeur-employé. L’objectif naturel d’un salarié est de progresser au-delà du minimum légal. Encore faut-il que cette progression soit possible, et surtout soutenable pour l’entreprise. Or, selon une étude du « Groupe d’experts SMIC » publiée en décembre 2025, les employeurs sont pris en étau. Dans une zone de salaires comprise entre 1,2 et 2 SMIC, les taux marginaux peuvent atteindre 75 %, voire dépasser 80 %. Concrètement, cela signifie qu’une augmentation brute de 100 euros ne se traduit souvent que par 20 à 25 euros nets pour le salarié, le reste étant absorbé par les prélèvements sociaux et la réduction de certaines aides.
De ce fait, le SMIC va devenir mécaniquement plus cher, tandis que les incitations à augmenter les rémunérations au-dessus du minimum restent limitées par l’architecture étouffante des prélèvements.
Ainsi, le SMIC est une trappe à bas salaires que l’on ne peut négliger. Si nous voulons retrouver une dynamique de prospérité et de mobilité des revenus, il est nécessaire de réduire drastiquement les charges sur les employeurs afin qu’ils puissent augmenter sans prendre de risques le salaire de leurs employés. La suppression du SMIC, une solution plus radicale, est aussi envisageable.
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