Journal d'actualité libéral
|
dimanche 13 septembre 2026

Édouard Philippe veut instaurer un « état d’urgence narcotrafic »

Temps de lecture : 2 minutes

À Alès, le 7 septembre, Édouard Philippe a proposé la création d’un « état d’urgence narcotrafic », inspiré du régime d’exception mis en place après les attentats de 2015. L’ancien Premier ministre souhaite pouvoir autoriser, dans certaines zones et pour une durée limitée, des mesures qui ne sont normalement pas permises : mesures administratives, perquisitions, reconnaissance faciale… La proposition intervient alors que le maire d’Alès, Christophe Rivenq, menacé par la « DZ Mafia », a dû être exfiltré de son domicile par le Raid. Pour Édouard Philippe, l’état d’urgence antiterroriste a donné des « résultats intéressants »… sans développer davantage.

Comme tout état d’urgence, l’état d’urgence antiterroriste répondait à une situation par définition nationale. Après les attentats du 13 novembre 2015, la menace terroriste djihadiste concernait l’ensemble du territoire. Le projet du candidat à l’élection présidentielle de 2027 est différent : un régime d’exception pourrait être déclenché dans une agglomération, voire dans une zone déterminée. On passerait ainsi à une sorte de géographie variable de l’État de droit.

En outre, le bilan de l’état d’urgence antiterroriste n’est pas si évident. Entre novembre 2015 et juillet 2017, l’état d’urgence a connu cinq phases différentes. Si les mesures ont été « particulièrement nombreuses » au cours des semaines qui ont suivi les attentats du 13 novembre 2015, leur nombre a « fortement décru » lors des phases suivantes, d’après un rapport du Sénat. En matière de perquisitions administratives par exemple, 3 594 ont été réalisées lors de la première phrase ; 161 lors de la dernière. Combien ont été prises avec ou sans l’accord d’un Juge ? Le Sénat ne le précise pas. La tendance est la même pour les assignations à résidence : de 350 lors de la première phase, à 89 lors de la dernière. Comme le Sénat le fait remarquer, « il serait réducteur de résumer l’utilité et l’efficacité de ce dispositif exceptionnel au nombre de mesures ordonnées ». Alors, de quels « résultats intéressants » M. Philippe parle-t-il ? C’est un mystère.

Mais la question fondamentale n’est pas là : veut-on vraiment créer des territoires dans lesquels les citoyens n’auraient plus les mêmes garanties juridiques que leurs voisins, au prétexte de vouloir lutter contre le narcotrafic ? D’autant plus que le gouvernement dispose déjà d’un arsenal particulièrement étoffé : la loi « visant à sortir la France du piège du narcotrafic », promulguée le 13 juin 2025, a renforcé les moyens de lutte contre la criminalité organisée et conduit notamment à la création d’un parquet spécialisé (Pnaco).

Un État de droit ne devrait pas avoir besoin de suspendre ses propres règles dès qu’il rencontre une menace sérieuse.

Recevez Contrepoints, le journal d'actualité libéral

Abonnez-vous gratuitement à notre journal d’actualité libéral. Recevez tous les matins une analyse libérale de l’actualité que vous ne trouverez nulle part ailleurs.


Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *


Soutenez Contrepoints – Le média libéral de l’IREF

L’IREF (Institut de Recherches Économiques et Fiscales) est une association indépendante, sans but lucratif, financée uniquement par des dons privés.

Faites un don et soutenez un journal 100 % libre, libéral et sans subvention publique.