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mardi 28 juillet 2026

Incendies de forêt : au-delà du débat climatique, les enseignements de Fontainebleau et de l’Aquitaine

Temps de lecture : 5 minutes

Les incendies de Fontainebleau, puis ceux de Gironde et des Landes en 2026, ont ravivé le débat sur le rôle du réchauffement climatique. Si celui-ci peut favoriser la propagation des feux en période de sécheresse, expliquer ces catastrophes par cette seule cause conduit à négliger d’autres facteurs essentiels sur lesquels il est possible d’agir.

Un incendie est un phénomène multifactoriel. Il résulte toujours de la rencontre entre une source d’ignition, un combustible, des conditions météorologiques favorables et un contexte de prévention plus ou moins efficace.

Fontainebleau : une vulnérabilité ancienne

L’incendie de juillet 2026 a souvent été présenté comme une conséquence directe du réchauffement climatique. Pourtant, les archives montrent que la forêt de Fontainebleau a connu de grands incendies bien avant que cette question n’occupe le débat public.

Le massif présente naturellement plusieurs facteurs de vulnérabilité : sols sableux très filtrants, peuplements importants de pins sylvestres particulièrement combustibles, sous-bois inflammables et fréquentation parmi les plus élevées des forêts françaises.

Les départs de feu y sont essentiellement d’origine humaine : imprudences, travaux, feux de loisirs, actes volontaires, sans oublier les départs observés à proximité des routes, voies ferrées ou lignes électriques. Des moyens spécifiques ont été engagés afin d’améliorer la surveillance préventive. Le climat ne crée pas le feu ; il peut seulement favoriser sa propagation lorsque la végétation est desséchée et que le vent souffle.

Les enseignements de l’Aquitaine

Les incendies de Gironde en 2022 puis ceux de l’été 2026 montrent que les mêmes mécanismes se retrouvent dans la forêt landaise. On y retrouve une essence très combustible, le pin maritime, des sols sableux et une forte fréquentation touristique.

De même, le Sud est régulièrement soumis à des feux, et là encore, le réchauffement climatique est mis en avant, comme ce fut le cas en 2017 ou bien en 2020 en Australie, sans parler des incendies de Los Angeles de 2025, dont la similarité avec ceux d’Aquitaine en 2026 concerne hélas la destruction de zones urbanisées (billet n° 34 sur mon site, les autres articles s’y trouvent également). Les contextes sont certes différents, mais les causes réelles restent les mêmes et pas uniquement recentrées autour du réchauffement atmosphérique.

Les épisodes de sécheresse et de vent expliquent la rapidité de propagation des flammes, mais ils ne suffisent pas à justifier l’ampleur des sinistres. L’organisation de la prévention et de la lutte joue un rôle tout aussi déterminant.

L’expérience acquise depuis plusieurs décennies dans les Landes montre qu’une stratégie efficace repose sur un ensemble cohérent d’aménagements :

Voies de circulation : elles devraient être encadrées par des pare-feu (au moins 20 m de part et d’autre), puis d’une gestion différenciée des peuplements sur une cinquantaine de mètres afin de réduire la combustibilité (débroussaillements, priorisation des feuillus, réduction de la densité des pins, etc.). Dans le cas des incendies de Biscarrosse (2026) et de La Teste (2022) causés par l’inflammation de véhicules, cette mesure aurait probablement limité l’ampleur des incendies.

Pare-feu, coupures de combustible : En milieu forestier, un maillage plus important de pare-feu significatifs, associé aux pistes de la Défense française contre les incendies (DFCI), constituerait une zone d’appui pour les pompiers, qui pourraient ainsi plus aisément guider ou contrer le feu. Cela permet aussi aux moyens aériens d’optimiser l’effet des largages d’eau ou de retardant. Il s’agit également de dispositifs indispensables pour la mise en œuvre des feux tactiques (contre-feux), sachant que pour les engager, il est important que les pompiers puissent se retirer en sécurité en cas de changement de vent.

Ces mesures de coupes de bois sécuritaires (coupes rases) sont de plus en plus contestées par des mouvements ou associations, comme on a pu le voir à La Teste, la coupe d’arbres étant par certains décriée comme étant un « écocide » (voir article supra).

L’accès à l’eau : des mesures ont été engagées, mais restent insuffisantes, l’objectif étant de réduire la distance pour faire rapidement le plein d’eau des camions de pompiers. Ici encore, les agriculteurs travaillent de concert avec les pompiers, apportant leurs tonnes à eau pour arroser les zones critiques. Ce point mérite d’être souligné, à l’heure où les agriculteurs sont pointés du doigt par la réglementation et par certaines idéologies.

Les moyens : L’insuffisance des moyens aériens a été évoquée : aéronefs en maintenance, flotte réduite, difficulté à obtenir d’autres moyens de l’Europe… Si l’on met en regard les moyens déployés sur certains évènements actuels à l’étranger, voire sur certains volets environnementaux parmi lesquels la lutte pour le climat, on ne peut que constater que la guerre du feu est l’enfant pauvre du système !

De même, la réglementation environnementale affecte le coût et le fonctionnement des camions de lutte : ils sont soumis à la taxe carbone, ce qui est aberrant pour des engins qui justement sont destinés à limiter les émissions de carbone ! Le système Ad Blue, que la règlementation environnementale rend également obligatoire sur les engins forestiers, induit par ailleurs des problèmes de fonctionnement et d’approvisionnement.

La politique, l’économie : Chaque kilomètre de piste DFCI ou chaque hectare de coupure de combustible représente un investissement modeste au regard du coût humain, écologique et économique de plusieurs dizaines de milliers d’hectares détruits, des habitations perdues et des moyens exceptionnels engagés pour combattre les flammes.

Un arrêté préfectoral impose aux propriétaires riverains des forêts le débroussaillement à leur frais, sur 50 m autour des habitations et le long des voies d’accès. Cette mesure, souvent mal acceptée et donc imparfaitement appliquée, peut s’avérer insuffisante lors d’incendies majeurs, notamment par vent fort. Elle présente en outre des difficultés de mise en œuvre, les travaux reposant sur des propriétaires aux intérêts parfois divergents. Il serait temps que la stratégie de prévention des incendies soit étudiée avec plus de sérieux. Ainsi que je l’ai déjà écrit dans d’autres articles, le débroussaillement règlementaire de 50 mètres est inefficace et seul un pare-feu en bordure des zones urbaines peut contribuer à les sauver.

Le maillage des pistes DFCI et des coupures de combustible apparaît, dans certains secteurs, insuffisant pour permettre une attaque rapide et offrir les conditions de sécurité nécessaires aux interventions ou à la réalisation de feux tactiques.

L’exemple des incendies de La Teste (2022) ou de Biscarrosse (2026), déclenchés à proximité d’axes de circulation, montre également l’intérêt que pourraient présenter des pare-feu plus larges et une gestion différenciée de la végétation le long des voies de communication afin de limiter la propagation initiale.

Au-delà des aspects techniques, une politique de prévention suppose aussi d’accepter certains aménagements forestiers. L’ouverture de pistes, la création de coupures de combustible ou la réduction locale de la densité des peuplements peuvent susciter des oppositions, alors qu’ils constituent des éléments essentiels de la sécurité des populations, des biens et des massifs forestiers.

Une approche globale du risque

Le réchauffement de l’atmosphère contribue probablement à accroître la combustibilité de la végétation lors des périodes sèches. Mais c’est la météorologie qui induit les situations de sécheresses. De plus, l’ampleur d’un incendie dépend également de la nature des peuplements, de la topographie, de la rapidité de détection, de l’accessibilité des secours, des moyens disponibles et surtout de la qualité de la prévention.

L’enjeu n’est donc pas d’opposer le climat aux autres facteurs, mais de construire une politique cohérente de gestion du risque. Chaque kilomètre de piste DFCI, chaque coupure de combustible, chaque réserve d’eau ou dispositif de surveillance représente un investissement modeste au regard du coût humain, écologique et économique d’un incendie majeur.

 

Une version plus détaillée de cet article est accessible sur mon site : https://www.affaireclimatique.fr/page5.html

Les points de vue exprimés dans les articles d’opinion sont strictement ceux de l’auteur et ne reflètent pas forcément ceux de la rédaction.

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