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vendredi 15 mai 2026

La France n’a pas besoin d’un « référendum sur l’industrie », elle a besoin de liberté

Temps de lecture : 4 minutes

La longue tribune collective « Pour un référendum sur l’industrie française » parue dans Le Figaro le 15 avril ne saurait rester sans réponse de la part des défenseurs de la liberté. Certes, elle part d’un constat difficilement contestable : l’accélération de la désindustrialisation de notre pays et la croissance du nombre des défaillances d’entreprises. Mais elle n’en comprend pas les causes et elle apporte par voie de conséquence des solutions erronées.

La tribune part de l’idée que la France devrait se réindustrialiser. Or, rien n’est moins sûr. La prospérité d’un pays ne se mesure pas de manière stricte à la part de l’industrie dans le PIB. Nous ne sommes plus au XIXe siècle ou même à la fin du XXe. Certains pays se sont largement désindustrialisés, tel le Royaume-Uni ; d’autres ont vu la part du secteur secondaire dans leur PIB largement décroître sans pour autant cesser de s’enrichir. C’est que le secteur des services a pris une importance essentielle dans les pays les plus développés.

Mais parlons du fond de la tribune : la France se désindustrialise. La faute en incomberait non plus à Voltaire ou à Rousseau, mais à un certain nombre de boucs émissaires : pêle-mêle la Chine, les Etats-Unis, l’Europe… et surtout le « libre-échange dogmatique ». Très étonnamment, la tribune ne met en cause aucun de ces faits : notre pays est celui où l’État providence est le plus pesant de l’univers, celui où par conséquent les dépenses publiques sont les plus élevées, ni celui où le poids de la fiscalité est l’un des plus lourd. Pas plus qu’elle ne mentionne le coût de la réglementation abusive et du normativisme exacerbé. Elle s’en tient à des facteurs externes, sans se soucier le moins du monde du principal : les causes franco-françaises. Or, si nous nous désindustrialisons, ce n’est pas tant la faute de la concurrence étrangère, inévitablement présentée comme déloyale, c’est surtout parce que nous ne cessons de nous tirer depuis les années 1970 des balles dans le pied.

La tribune se situe exactement dans la ligne du souverainisme. Elle veut une « politique volontariste », une « vision » et un « patriotisme » de la part de nos dirigeants. Ce faisant, elle traduit une présomption fatale : celle selon laquelle les hommes politiques au pouvoir auraient des capacités exceptionnelles leur permettant de savoir, mieux, bien mieux que les industriels et plus largement les entrepreneurs, ce qui serait bon pour l’économie.

La tribune croit ainsi dans les vertus de l’interventionnisme. Il s’agirait de « redonner à la puissance publique les moyens de protéger les intérêts des citoyens », de peser pour un « volontarisme » et un étatisme accrus.  Dans la tradition française  d’extension du domaine de l’État au détriment de celui de la société civile, elle attend du gouvernement une protection tous azimuts des Français et de leur « modèle social ». Elle prône le protectionnisme en défendant une « préférence française » dans la lignée des populismes de droite comme de gauche. Affublé de divers qualificatifs, intelligent ou patriote, ce protectionnisme est pourtant un non-sens.

D’abord, le protectionnisme constitue une violation des droits de l’homme. Il empêche les hommes d’échanger, d’importer ou d’exporter des biens, des services et des capitaux, ou du moins il les entrave à cet effet. Être un élu de la nation, ne confère aucun droit à un homme politique de porter atteinte aux libertés des individus.  Et alors que l’économie fait de manière impersonnelle des ennemis des amis par le truchement de l’échange, les protectionnistes laissent les ennemis dans leur position conflictuelle. De manière piquante d’ailleurs, ils veulent mettre des barrières à l’entrée , mais ils se réjouissent des succès nationaux à l’exportation…

Par ailleurs, le protectionnisme favorise le détestable « capitalisme de connivence », où les entrepreneurs pèsent sur les hommes politiques afin d’obtenir privilèges et autres passe-droits. Il ne représente pas tant une arme économique qu’une arme politique et fiscale dont la victime est le consommateur qui va payer plus cher des produits susceptibles par surcroît d’être de moindre qualité. Ajoutons que le protectionnisme est totalement irréaliste dans le monde contemporain, où les produits finaux peuvent avoir été conçus dans un pays et être constitués de composants issus d’une multitude d’autres.

Mais surtout, le protectionnisme oublie que le libre-échange a permis une croissance et un enrichissement sans précédents dans l’histoire de l’humanité, des pays les plus avancés comme des nations les moins développées depuis plusieurs décennies maintenant. Le marché n’est pas parfait, mais il est le meilleur indicateur des besoins humains et son meilleur régulateur au travers, notamment, des prix. Quand l’Etat intervient, il perturbe le marché et nuit à la production comme à la consommation. Ainsi, quand la Sécurité sociale fixe les prix des médicaments elle conduit les industries françaises d’une part à délocaliser leurs productions au risque de pénuries et d’autre part à réduire leurs activités de recherches. Quand dans les années 2000, la majorité démocrate américaine a favorisé des prêts immobiliers artificiellement bon marché, via Fannie Mae et Freddie Mac, elle a généré la crise des subprimes et la chute de Lehman Brothers.

Au surplus, la protection excessive des produits et des marchés français les priverait du sain aiguillon de la concurrence. Elle favoriserait l’inopportune survie d’entreprises zombies au détriment des entreprises viables. Enfin, cette politique aurait un coût qui pèserait sur les producteurs comme sur les consommateurs, et pénaliserait rapidement notre souveraineté. L’histoire s’en est fait l’écho.

Il faut au contraire comme déjà le plan Armand-Rueff l’avait conseillé utilement au général de Gaulle, libérer les énergies de tous par une fiscalité abaissée, des normes plus restreintes, des assurés sociaux responsabilisés… Certaines entreprises failliront, d’autres trouveront les ressources pour faire face à la concurrence étrangère. Les exemples de la Nouvelle Zélande de Douglas, de l’Angleterre de Thatcher, de la libération suédoise des années 1990, des réformes Hartz de l’Allemagne, de l’Argentine de Milei… témoignent que ces politiques sont le meilleur ressort du redressement.

Nous ne saurions conclure sans nous étonner du fondement constitutionnel et conventionnel de la tribune. Non seulement il n’est pas évident de pouvoir utiliser le référendum sur ces sujets, mais il apparaît que les traités européens nous empêcheraient d’introduire dans notre législation une « préférence française » qu’autrefois le Front national voulait instituer sous les huées de ceux qui aujourd’hui s’en revendiquent ! Revenons sur terre.

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42 réponses

  1. il est grand temps que les grands journaux et médias promeuvent le libéralisme populaire… le libéralisme rejoint un certain côté « gaulois réfractaire » qui plaît aux Français… le libéralisme propose une authentique autonomie populaire… Il faut cesser de faire du libéralisme un truc de vieux capitalistes-de-connivence, qui parlent d’un côté de liberté et de l’autre vont quémander des aides et des prébendes. Le libéralisme n’a d’ailleurs pas pour but premier « d’équilibrer les comptes » (libéralisme ennuyeux à la sauce centriste) mais de « libérer le peuple » (libéralisme joyeux à la sauce libertarienne).

    1. Ce que vous appelez le « libéralisme populaire » est en fait le poujadisme des années 50 qui était un combat d’arrière garde de commerçants en train de perdre leur petits monopoles locaux…

  2. Et on les met où les industries. Déjà que l’installation d’un poulailler ou d’un entrepôt provoquent pétitions, protestations et manifestations, alors une usine…

  3. Jacques RUEFF, reviens ! Ou De Gaulle, mais là, ne rêvons pas… Mon pauvre pays ! Quelle idée saugrenue de vouloir recourir à un referendum sur un tel sujet. Notre déclin intellectuel semble vraiment irréversible !!!

  4. Plusieurs points préalables :

    1)il n’y a jamais eu de « libre échange » à l’échelle mondiale. Le libre échange est un précepte du libéralisme classique (et non du libéralisme tout court, certaines formes de libéralisme acceptent des degrés de protectionnisme) qui dans la réalité n’a jamais existé. Concrètement, toutes les zones douanières, qu’elles fussent étatiques ou supra-étatiques (associations de libre-échange entre états) imposent des droits de douane à l’entrée, et parfois, au départ, des zones concernées.
    2)Ces droits de douane (une forme de protectionnisme donc) ont toujours été adossés à une législation commune à la zone concernée, qu’elle fusse étatique ou supra-étatique.
    3)Dire que « le libre échange a permis une croissance et un enrichissement sans précédent » est factuellement faux. La période d’enrichissement et de croissance la plus forte de l’histoire de l’Occident couvre le XIXème siècle et le début du XXème siècle (jusqu’à la première guerre mondiale). C’est une période où, hormis l’Angleterre victorienne pendant quelques décennies, aucun « libre-échange » au sens où les libéraux classiques l’entendent, n’existe. Bastiat est très clair à ce sujet.
    4)Je ne dis pas qu’un libre-échange pur et parfait, une philosophie qui deviendrait réalité, ne pourrait pas engendrer de résultats meilleurs encore, je dis simplement qu’historiquement, factuellement, la doctrine libéral-classique n’a jamais été appliquée, par aucun état, par aucune instance supra-nationale.

    Et une conclusion, sur le fond du sujet, la « réindustrialisation » : oui, c’est un non-sujet, car la réindustrialisation ne peut se décréter que s’agissant d’industries définies comme stratégiques d’un point de vue régalien (défense, sûreté). Toute la difficulté (qu’éludent bien trop de libéraux classiques) est de définir à l’échelle du produit, voire de la pièce détachée, quelles sont les industries stratégiques. Une difficulté qui dépasse la question de l’optimum économique puisqu’elle peut mettre une nation en grand danger si on laisse le Marché choisir pour elle.

    Mais pour tout le reste c’est à l’entrepreneur de décider en son âme et conscience quelle est la meilleure manière de créer de la valeur. Que ça suppose d’importer une marchandise pour la transformer ou que ça suppose de la produire sur place, c’est son affaire, car lui seul est en responsabilité de juger (et de supporter) les conséquences de telle ou telle option.

    1. Tous vos quatre points sont incorrects. Nous avons déjà écrit là-dessus plusieurs fois. Et votre dernier paragraphe montre encore que vous n’avez pas compris. Ce n’est pas à l’entrepreneur de décider ce qu’on importe ou pas. C’est au consommateur de choisir les produits qu’il préfère !

      1. Je ne vois pas comment le consommateur peut choisir des produits qui n’existent juste pas si à un moment donné l’entrepreneur ne prend pas le risque de choisir tel ou tel modèle économique (importation ou production sur place)
        Je suis très étonné de voir un libéral (classique ?) partir du principe que la demande précède l’offre 🙂
        Pour le reste j’attends les contre-arguments. Avoir « écrit là dessus plusieurs fois » ne suffit pas 🙂

        1. C’est le marché libre qui fait profiter le consommateur qui a la possibilité de choisir. Ce n’est pas à l’entrepreneur de réguler les importations ou les exportations.

          1. Où avez vous lu dans mon propos que l’entrepreneur « doit réguler les importations et les exportations »
            Lisez plus attentivement.

            1. alors j’ai mal compris ! Pour les autre points il suffit de voir les chiffres : entre 1950 et auj. les échanges commerciaux multipliés par 46. Sur la même période, PIB/hab dans le monde multiplié par 47. En 1190 et la chute du communisme, forte explosion des échanges, forte hausse du PIB/hab et forte baisse d ela pauvreté dans le monde

              1. Vous n’avez donc pas non plus compris mon point 4 qui reconnaît implicitement un lien entre degré d’ouverture et croissance…
                Ce que je vous dit est factuel, il n’y a jamais eu de « libre-échange » au sens où la doctrine libérale l’entend. Pas même dans l’Argentine de Milei.
                Il y a eu dans certains pays des périodes de moindre ouverture et de plus forte ouverture.
                Ce que je cherche à mettre en évidence c’est que décréter que le libre échange enrichit les deux co-contractants n’est pas une grande nouvelle. La question que se pose le politique n’est pas celle là. La question que se pose le politique, c’est de savoir où bouger le curseur dans un environnement qui, contrairement à la doctrine, est contingenté : guerres, secteurs stratégiques, crises économiques et sociales, asymétries normatives, démocratie représentative sont autant de facteurs qui viennent fortement limiter la portée d’une politique qui se bornerait à réciter son catéchisme.

                1. La réponse est dans les faits. Il n’y a jamais eu de guerre entre deux pays avec un traité de libre-échange entre eux.

                  1. Votre point illustre le mien : il n’existe pas d’exemple de traité de libre-échange au sens où la doctrine libéral-classique entend le libre-échange.
                    Il faut tout d’abord distinguer deux choses : la zone de libre-échange (comme l’UE) et le traité de libre-échange entre deux états, deux zones douanières, ou une zone douanière et un état.
                    Le cas de l’UE est intéressant : il est totalement contraire à la doctrine libéral-classique qui considère que le libre-échange est toujours mutuellement bénéfique, convergence normative ou pas. En effet, l’UE impose un cycle de convergence normative préalable à toute adhésion de prospect.
                    Mais si on s’intéresse à un véritable traité bilatéral entre deux zones douanières comme CETA ou Mercosur, ou comme l’accord entre L’UE et le UK post brexit, alors c’est différent : comme il n’y a pas de convergence normative possible, alors, le traité est truffé d’exceptions et de quotas. Il ressemble plus à une négociation commerciale où chacun cherche à obtenir le « maximum » du point de vue de la doctrine mercantiliste qu’à la conception libéral-classique du libre-échange.
                    La doctrine libéral-classique est une doctrine. Elle n’est pas une réalité, n’a jamais été une réalité et ne sera jamais une réalité.

                  2. Et sur votre point plus spécifiquement, voici plusieurs exemples de pays s’étant fait la guerre malgré des traités de libre échange, ou l’appartenance à une zone douanière commune :
                    -Inde et Pakistan malgré leur appartenance à la SAARC
                    -Arménie et Azerbaïdjan malgré leur appartenance à la CEI
                    -plusieurs conflits au sein de la COMESA (Afrique)
                    Dans la réalité, la géopolitique s’impose très largement face à la rationalité économique

                    1. Je vous laisse la responsabilité de votre commentaire qui faux. Juste une petite remarque : la CEI n’est pas une zone de libre-échange, c’est une organisation politique bâtie sur le cadavre de l’URSS. La Russie espérait garder les pays membres dans son giron…La Moldavie vient d’ailleurs de la quitter…

        2. C’est bien ce qu’il a dit. C’est bien le consommateur qui décide si l’offre d’un entrepreneur lui satisfait ou non

      2. D’accord le consommateur choisit, mais quoi ? Faut il encore qu’il puisse faire un choix entre un produit X et un produit Y, donc il faut bien un industriel, pour produire le dit produit au choix. D’autre part importer un produit c’est le commencement de la fin de l’industrie. Un exemple actuel : voiture tout électrique chinoise, peu importe la marque, prix inférieur à celui de la même voiture française, qu’achète le français, la voiture chinoise. Tout cela pour dire que si voulez que le français moyen achète français il faut impérativement que le produit français soit au minimum au prix chinois. Comment faire ? Demandez à la CGT, elle a toujours eu la bonne réponse pour casser l’industrie en France. Soyons sérieux tout de même : Trop de charges, coût horaire trop élevé, trop de taxes etc… Donc inutile de faire un référendum qui coûte bien trop cher. JML

    2. En complément des réponses apportées par mon ami Nicolas Lecaussin, je précise que le libéralisme est consubstantiellement attaché au libre-échange. Il n’y a donc pas de libéraux qui ne soient pas libre-échangistes. En revanche, il a pu exister des libre-échangistes qui n’étaient pas libéraux, par exemple Michel Chevalier.
      Il est totalement faux de prétendre que le XIXe siècle serait le siècle de la croissance la plus élevée, même si la croissance à partir de la fin du XVIIIe siècle a marqué une rupture avec les périodes précédentes. Voir la célèbre courbe en crosse de hockey.

      1. Plusieurs exemples de libéraux modernes (et même classiques !) ayant accepté des atteintes au libre-échange soit doctrinalement, soit dans des contextes particuliers :
        -Keynes, libéral de l’école de Cambridge : dans un contexte de chômage massif et de dépression (comme les années 1930), priorisation de l’emploi national et acceptation des tarifs douaniers ou du contrôle des changes pour relancer l’économie intérieure
        -Hamilton, libéral constitutionnaliste américain est lui carrément un protectionniste assumé : il influence les Républicains tout au long du XIXème siècle (Amérique protectionniste et isolationniste) et jusqu’à aujourd’hui.
        -certains ordolibéraux
        -et même le saint Milton Friedman, dans plusieurs cas de figure : sécurité nationale, industries naissantes

          1. Autre exemple de libéral ayant accepté et défendu la nécessité d’entorses au libre échange pur et parfait : le grand Raymond Aron himself 🙂
            Mais sans doute n’est-il pas assez pur et parfait pour vous lui aussi 🙂
            N’hésitez pas à me demander des exemples, j’ai toute la bibliographie en bonne place dans ma bibliothèque, même si j’avoue qu’en tant qu’Hayékien pur jus, c’est loin d’être ma tasse de thé.

        1. Où avez-vous vu que Keynes ait été libéral? Il s’est lui-même qualifié de « liberal »au sens anglo-saxon, autrement dit d’interventionniste.
          Quant à Hamilton, c’était un nationaliste patenté.
          Vous feriez mieux de vous intéresser à Turgot, Jean-Baptiste Say, Benjamin Constant, Frédéric Bastiat, Gustave de Molinari, Jules Simon, Yves Guyot, etc. J’ai bien peur que vous ne trouviez guère de protectionnistes parmi eux ! Pas plus que chez Mises ou Hayek !

          1. Je crois vous avoir répondu dans un article précédent.
            Vous avez comme bien trop d’auteurs ici (arbitrairement) décidé que le libéralisme se résumait au libéralisme classique, alors que le libéralisme a engendré des dizaines d’écoles aux conclusions très différentes.

            Que vous jugiez qu’untel ou untel relève du (vrai) libéralisme (sous entendu le classique) ou pas n’a pas vraiment d’importance. C’est un avis parmi d’autres. Une définition parmi des centaines d’autres. Une goutte d’eau dans l’océan des analyses sur la nature du libéralisme.
            En vérité, ce qui compte c’est que Keynes comme les contemporains de Keynes le considéraient comme un libéral. Hayek lui même le reconnaît. Il fait précisément cette distinction entre « modernes » (dont fait partie Keynes) et « classiques » à plusieurs reprises lors des nombreux entretiens télévisés qu’il donne au milieu des années 70, à la télé américaine.
            Qualifier Keynes de « libéral au sens anglo-saxon » est à la fois un anachronisme et un non sens :
            -un anachronisme car cette distinction (anglo-saxon/fr) n’a de sens que lorsqu’on cherche à définir le sens du mot libéral en politique anglo-saxonne contemporaine par une prétendue opposition avec un libéralisme « à la française » qui serait tombé miraculeusement d’accord sur une définition, mais elle n’en a aucune lorsque Hayek parle du Keynes qu’il a très bien connu dans les années 20 et 30, et qu’il qualifie, je cite, de « grand libéral ». Keynes ne se situe certes pas dans la filiation de l’école autrichienne (qui n’est d’ailleurs pas si uniforme qu’on pourrait le croire au début du XXème) mais il n’est pas non plus Harold Laski ou un fabien…Et loin de là.
            -Un non-sens car lorsque Keynes se qualifie de libéral, c’est qu’il se pense libéral (ce qui n’est contesté par aucun de ses contemporains) et qu’il s’inscrit dans une tradition (en l’occurrence celle de l’école de Cambridge) qui est déjà utilitariste depuis deux générations au moins. Le libéralisme utilitariste dérivé des travaux de Mills et de la popularité de l’économétrie, qui dépasse largement le cadre « anglo-saxon », que vous le vouliez ou non, est une des directions prises par le libéralisme entre la deuxième moitié du XIXème siècle et la première moitié du XXème siècle. Il a produit une tradition philosophique qui a peu à peu dérivé jusqu’à ce libéralisme moderne tel que pratiqué dans les pays anglo-saxons, repris ici par la gauche mélenchoniste, que vous opposez maintenant au « vrai » libéralisme (sous entendu le classique). Elle a engendré la positive action, et toutes les dingueries que les wokes défendent aujourd’hui.
            D’ailleurs si il y avait eu à cette époque consensus sur UNE définition du libéralisme (la vôtre), il n’y aurait pas eu de colloque Walter Lippman, le libéralisme classique n’aurait pas quasiment disparu de la surface pendant 30 ans, et Hayek n’aurait pas été blacklisté jusqu’au début des années 60.
            Vous n’arrivez pas à accepter qu’hormis durant une courte période entre les années 70 et la fin des années 80, la tradition libérale classique, l’école autrichienne si vous préférez, a été impitoyablement et méthodiquement massacrée sémantiquement et idéologiquement par le libéralisme utilitariste, qui a pris sa place dans l’esprit des gens. Que vous ayez raison ou pas sur la nature du vrai ou du faux n’a aucune espèce d’importance, mais c’est ce qui vous fait croire qu’une candidature comme celle de David Lisnard peut faire mieux que celle d’Alain Madelin. Grotesque.

          2. Hayek, comme Milton Friedman acceptait par contre le maintien de mesures protectionnistes transitoires lors d’une ouverture des frontières, pour éviter des chocs sociaux trop violents. Une position qu’hormis Jules Simon, tous les autres auraient réfutée mais quelques noms ne font pas LE libéralisme. Le libéralisme compte des dizaines d’écoles…
            Quelques citations de Hayek :

            « Même ceux qui sont convaincus de la supériorité du libre-échange doivent admettre qu’une suppression immédiate et totale de toutes les protections existantes créerait des difficultés d’ajustement très sérieuses pour certaines industries et régions. Une période de transition est souvent inévitable. »
            — Article « The Case for Freedom » et divers essais dans Studies in Philosophy, Politics and Economics (1967)

            « Il est probablement sage, dans beaucoup de cas, de procéder par étapes plutôt que d’essayer d’atteindre l’idéal en une seule fois. Une libéralisation trop brutale peut provoquer des difficultés temporaires si grandes qu’elles risquent de compromettre l’ensemble du processus. »
            — Law, Legislation and Liberty, Vol. 3 (1979)

            « Si les changements sont trop rapides, ils peuvent causer des perturbations graves et même dangereuses. Il y a des cas où une transition graduelle est préférable à un changement soudain. »
            — The Constitution of Liberty (1960), chapitre 4

            Le problème de bien trop de libéraux classiques, c’est qu’ils croient pouvoir remporter des élections en récitant leur catéchisme. La politique ce n’est pas ça. La politique c’est d’atteindre un objectif dans un environnement contraint par une multitude de facteurs. C’est la doctrine à l’épreuve de la réalité. A un moment il serait bon d’en prendre compte aussi 🙂

            1. JP Feldman vous a déjà répondu. Il n’a jamais été question de protectionnisme et un libéral ne peut pas être protectionniste. Nous ne sommes plus dans les années 1960… depuis longtemps.

              1. Un libéral peut tout à fait être protectionniste, soit de manière transitoire (Friedman, Hayek) en vue d’un objectif (le libre-échange pur et parfait) soit de manière doctrinale.
                La preuve étant que les libéraux sont identifiés comme « leftists » dans de nombreux pays, et que la doctrine libérale US contemporaine est reprise par LFI ici. Cette doctrine libérale US n’apparaît pas de nulle part : elle est le fruit d’une tradition qui remonte à loin et que Hayek documente parfaitement lorsqu’il critique le concept de justice sociale, lui même dans la filiation du libéralisme utilitariste de Mills.
                Les libéraux classiques et pire encore, les anarcho-capitalistes sont devenus une espèce protégée. Vous devez l’accepter

                1. Non, vous racontez n’importe quoi. Aux Etats-Unis, les « liberals » sont les gens de gauche, les démocrates…

            2. Merci pour vos commentaires nourris.
              Vous considérez qu’il faut tenir compte de ceux qui se qualifient eux-mêmes de libéraux. Georges Marchais dans les années 1970 se qualifiait à un moment de libéral, anecdote rappelée par mon regretté Maître Jacques Garello. Le Secrétaire national du PCF doit-il être compris dans la tradition du libéralisme? je ne parle pas des partis se qualifiant ou s’étant qualifiés de libéraux en Russie ou en Autriche…
              Je ne partage pas votre point de vue. Un concept ne peut être arbitraire, sinon les mots ne veulent plus rien dire. Il y a effectivement différentes écoles pour chaque doctrine, mais à tout confondre, les doctrines ne se distinguent plus.

              1. Non, il ne suffit qu’untel ou untel se revendique de telle ou telle école. Il faut aussi qu’à cette époque, cette revendication ne soit pas contestée.
                Ce qui est le cas pour Keynes, qui s’inscrit alors dans une tradition bien identifiée et qui deviendra dominante après lui : un libéralisme constructiviste, rationaliste, utilitariste.
                L’analogie (extrême) avec les revendications d’un communiste joueur ne peut pas opérer car Keynes, dans les années 20 et 30, est incontestablement reconnu et admis comme libéral malgré son affection pour un capitalisme régulé, c’est parfaitement documenté.
                Ce que je regrette c’est votre approche purement doctrinale, qui est incompatible avec l’atteinte d’objectifs politiques.
                Le fait est que le libéralisme classique est incompris, extrêmement minoritaire y compris au sein des libéraux, et qu’en donner la « bonne » définition ne suffira pas pour atteindre vos objectifs.
                Rien qu’entre Mises et Hayek, entre la praxéologie et la catallaxie, il y a des postulats qui rendent une collaboration politique entre marginalistes et anarcho-capitalistes impossible tant l’outcome à anticiper est radicalement différent.
                L’économie comme la politique sont des sciences sociales.

              2. Et non les mots ne veulent pas « plus rien dire ».
                La sémantique est une guerre. Cette guerre, les libéraux-classiques l’ont perdu. C’est un fait.

  5. Quelle pourrait être la formulation de la question à laquelle le citoyen devrait répondre?
    Suggestion:
    « Estes vous d’accord pour que l’on supprime toutes les charges qui pèsent sur l’industrie, qu’on les diminue, et qu’on les transfère sur la TVA ? »
    OUI -NON

    1. Un référendum n’a pas pour objet une question mais un projet de loi. Ce projet de loi est alors présenté au peuple au lieu d’être présenté à la représentation nationale et le peuple vote pour ou contre.

  6. Complètement d’accord. La France a surtout besoin de référendums comme les Suisse. Il faut modifier la constitution dans ce sens !
    Et un autre référendum pour nous permettre de remercier nos dirigeants incompétents !

  7. Il est absolument inutile, ce projet de referendum. Je souscris à tout ce que l’auteur et M. Lecaussin avancent en faveur du libre échange, qui en tant que doctrine, n’a évidemment pas pu être appliquée dans sa « totale pureté » (Guillaume a raison sur ce point).
    Le libre échange trouve évidemment ses limites dans la géopolitique et la logique de blocs de pays dont les économies convergent plus ou moins s’impose pour « faire avec » ses inconvénients et élaborer des traités les uns avec les autres dans le souci premier de la prospérité de leurs habitants (ce qui était le cas de l’UE des origines, qui s’est malheureusement égarée dans un écologisme imbécile, collectiviste et décliniste souvent maquillé de prétendue « exemplarité »).
    Il faut par conséquent éteindre rapidement cette nouvelle ânerie qui est la foi absolue dans le miracle des referendums.
    Vive la liberté !

  8. La grande différence entre le libéralisme et l’actuel collectivisme moralisateur écologisme qui règne en UE, c’est que le libéralisme n’a pas besoin d’une application pure et complète. Au contraire du communisme, le libéralisme n’est pas totalitaire et ne prétend pas au grand soir purificateur, il « fait avec » en préservant le maximum de liberté et de responsabilité individuelle.

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