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vendredi 25 septembre 2026

La haine des riches est devenue un programme

Temps de lecture : 2 minutes

« Il ne faudra pas seulement taxer les riches, mais interdire les milliardaires. » La formule est de Manon Aubry, aux universités d’été de La France insoumise, où elle a également assumé de comparer les milliardaires à des « nuisibles ». Quelques jours plus tard, Mathilde Panot renchérissait : « Les riches ont décidé de faire sécession », il faut donc les « interdire ». On ne demande plus qu’ils paient davantage, on demande qu’ils disparaissent. Le procédé est rodé. On commence par déshumaniser : nuisibles, parasites, sécessionnistes. Les milliardaires ne seraient que des héritiers, on ne peut donc leur attribuer aucun mérite, donc la confiscation est légitime. Confisquer leur fortune est une évidence morale.

Le hasard veut que le cabinet Altrata vienne de publier son Billionaire Census 2026, le recensement mondial de référence. Lisons-le. Le monde comptait 3 795 milliardaires en 2025, un record, après une progression de 8,2 % en un an, la plus forte depuis cinq ans. Leur patrimoine cumulé a bondi de 12,8 % pour atteindre 15 100 milliards de dollars, soit près du quart de la capitalisation totale du S&P 500. Ces fortunes sont surtout récentes. Les vingt-neuf personnes les plus riches de la planète, détenant chacune plus de 50 milliards de dollars, concentrent à elles seules 27 % de toute la richesse des milliardaires. Or elles n’étaient que dix à franchir ce seuil en 2017, et leur part n’était alors que de 7,2 %. En huit ans, un quart de la richesse mondiale des milliardaires s’est donc constituée dans une poignée de portefeuilles qui n’existaient pas. Le moteur est identifié : parmi les 150 sociétés cotées qui pèsent le plus dans ces fortunes, celles qui ont investi sérieusement dans l’intelligence artificielle ont dépassé les autres de 23 % en capitalisation sur deux ans. Une fortune bâtie en vingt-quatre mois sur un pari technologique n’a rien d’un héritage, et elle peut se défaire aussi vite, Altrata prévenant que la volatilité des valeurs exposées à l’IA restera la règle.

Reste à savoir ce qu’on a dans la tête quand on parle de milliardaires. Pour beaucoup, ce sont d’abord des images d’Epinal. Des yachts par exemple : mais ils  ne sont que 5 % à en posséder un. Des jets privés ? Certes, mais ils servent surtout pour leurs affaires. Les biens immobiliers, les biens de luxe ? C’est moins de 2 % de leur patrimoine. En revanche, 73 % de ce patrimoine est constitué de participations dans des sociétés, dont 38 % en actions cotées. Ce que l’on propose de supprimer, ce sont donc des parts d’entreprises qui emploient, investissent et innovent.

Quant à l’héritage, seuls 8 % des milliardaires ont intégralement reçu leur fortune, contre 11 % en 2020 : la part recule. Ils ont en majorité bâti leur patrimoine eux-mêmes. Et lorsque transmission il y a, elle n’est pas obligatoirement synonyme d’oisiveté : sur les quelque 5 000 conjoints et enfants appelés à hériter des 6 600 milliards de dollars qui se transmettront dans la décennie, 23 % travaillent déjà aux côtés de leurs parents dans l’entreprise familiale.

S’acharner contre les milliardaires c’est donc s’acharner contre l’économie, au risque de la détruire elle aussi. Mmes Aubry et Panot seraient peut-être satisfaites de vivre dans une France débarrassée de ces prétendus parasites mais s’apercevraient vite – un peu tard peut-être, cependant – que les pauvres n’en seraient pas devenus plus riches pour autant.

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