« L’inflation n’est ni une malédiction ni une fatalité, mais toujours le produit d’une politique imprudente, parfois criminelle », disait Ludwig Erhard, l’artisan du « miracle économique » ouest-allemand. Or l’inflation redevient un phénomène mondial. Plus étrange encore, les banques centrales tiennent depuis des décennies un taux de 2 % non seulement pour acceptable, mais pour souhaitable. Or, c’est absurde de présenter l’érosion lente et permanente du pouvoir d’achat comme un bien public, doctrine pourtant toujours défendue par nombre d’économistes.
La mort de la stabilité des prix. Le mandat de la BCE est clair : assurer la stabilité des prix dans la zone euro. Viser délibérément 2 % d’inflation constitue déjà, en bonne logique, une entorse à ce mandat. Celui de la Fed est plus ambigu, car il associe stabilité des prix et emploi, deux objectifs qui peuvent entrer en conflit. Mais en pratique, les banquiers centraux ne visent plus la stabilité des prix : ils pilotent l’inflation. Résultat : une confiscation lente de la prospérité des citoyens, au terme d’un jeu technocratique cynique.
L’argument courant selon lequel « l’inflation vaut mieux que la déflation » ne tient pas. Une baisse des prix peut certes annoncer une récession lorsqu’elle résulte de surcapacités, mais il s’agit parfois d’une correction nécessaire ; et lorsqu’elle découle de gains de productivité, cette « déflation » est bénéfique.
Dépenses publiques et création monétaire. Les dépenses publiques excessives sont elles-mêmes inflationnistes, et l’achat d’obligations d’État par les banques centrales — l’assouplissement quantitatif — accélère la création de monnaie ; dans le cas de la BCE, ce fut une violation flagrante des règles. Les banques centrales relèvent désormais leurs taux pour tenter de reprendre le contrôle, ce qui révèle la contradiction de fond : afficher une cible de 2 % revient à admettre qu’on ne croit pas à la stabilité des prix. Car la vraie stabilité, c’est zéro inflation ; tout le reste n’est qu’un déclin organisé de la valeur de la monnaie.
Des conséquences graves. Les effets seront lourds, surtout pour les retraités et les revenus fixes, dont les versements ne suivent pas la hausse des prix. Les engagements futurs sont déjà sous-financés, et l’inflation rendra ce défaut impossible à masquer. Les nouveaux instruments n’y changeront rien : ni l’euro numérique décidé par la BCE, ni les stablecoins adossés aux bons du Trésor envisagés aux États-Unis ne protégeront de l’inflation ou ne régleront le problème de la dette ; tant que durera la dérive des dépenses, ils ne feront que camoufler la crise à court terme.
Un espoir prudent. La BCE devra bientôt remplacer Christine Lagarde, une « pure politique », en espérant un successeur fidèle au mandat de l’institution. Aux États-Unis, l’administration Trump a nommé Kevin Warsh à la tête de la Fed : réputé ferme face à l’inflation, il promet un nouveau style et veut cesser d’acheter de la dette publique. Après sa première réunion, il a rappelé une évidence largement oubliée de ses pairs : le comité assurera la stabilité des prix. Qu’il ait fallu le déclarer est le plus accablant réquisitoire contre la politique monétaire actuelle. La BCE devrait s’en inspirer.
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